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Ernest Pignon-Ernest et l’Homme au Palais des Papes

A Avignon, le Palais des Papes accueille depuis fin juin, l’exposition « Ecce Homo » consacrée à l’œuvre d’Ernest Pignon-Ernest. A travers plusieurs centaines de croquis, dessins préparatoires et clichés de ses travaux, le visiteur traverse cinquante ans de la carrière engagée du père du street art.

Défense de l’avortement, des immigrés ou des populations noires d’Afrique du Sud mais aussi hommages aux maîtres de la Renaissance ou à Pasolini, l’œuvre d’Ernest Pignon-Ernest s’expose au Palais des papes. ©F. Paulet

Avant Basquiat, Haring, Bansky et JR, il y avait Ernest Pignon-Ernest. Depuis le 29 juin 2019, le Palais des papes d’Avignon permet à ses visiteurs de découvrir ou redécouvrir plus 400 œuvres qui jalonnent les cinquante années de carrière de l’artiste dans le cadre exceptionnel de la grande chapelle du palais.

L’œuvre de cet artiste niçois prend la forme qui le fera connaitre en 1966, lorsqu’il rejoint le mouvement de Pablo Picasso et René Char contre l’implantation d’un site de lancement nucléaire sur le plateau d’Albion. Afin d’attirer l’attention du public sur les dangers de l’arme atomique, il appose une centaine des pochoirs d’une photographie de l’éclair nucléaire consécutif au bombardement d’Hiroshima.

Des cycles artistiques qui se nourrissent 

A partir des années 1970, il multiplie les œuvres défendant les valeurs civiques partout en France. Entre 1971 et 1975, il se fait tantôt l’écho des martyrs de la Commune, des femmes recourant à l’avortement ou des mal-logés à Paris, tantôt celui des immigrés à Avignon et des chômeurs à Calais. Mais c’est en 1974 qu’il se fait connaître du grand public. Pour s’opposer au jumelage entre Nice, sa ville natale, et Le Cap, capitale d’une Afrique du Sud rongée par l’apartheid, il colle sur le parcours de la délégation l’image grandeur nature d’une famille noire parquée derrière des barbelés.

Les années 1980 et 1990 sont italiennes et plus artistiques. Il prend possession des rues de Naples et s’inspire des œuvres des maîtres de la Renaissance comme des habitants napolitains contemporains. Durant ces années, sous l’inspiration des Pieta, il fait la part belle à des sujets féminins.

A partir des années 2000, Ernest Pignon-Ernest s’expatrie. Il se rend en Afrique du Sud, où il mêle dans une Pieta noire ses engagements des années 70 et ses œuvres napolitaines. Il honore également en 2009 la mémoire du poèteMahmoud Darwich en Palestine, en rééditant sa performance de 1974. Il colle des portraits du poète sur une cinquantaine de kilomètres, jusque sur la frontière avec Israël.

Un trait aussi fin que sombre

Ce qui marque lorsque l’on découvre les travaux d’Ernest Pignon-Ernest, c’est leur aspect sombre. Pour véhiculer ses idées, l’artiste a choisi de magnifier la misère et le désespoir. D’abord, en produisant uniquement des œuvres en noir et blanc. Mais surtout grâce à un coup de crayon extrêmement précis. Comme s’il ne fallait qu’il ne manque aucun détail des réalités qu’il dénonce. Depuis les drapés des linceuls des communards sur le parvis du Sacré Cœur et des prisonniers sur les murs de la Prison Saint-Paul de Lyon jusqu’à l’expression d’infini désespoir d’une femme avortée sur un trottoir parisien, chaque coup de crayon est comme une gifle au visiteur, qui pour l’artiste est bien trop souvent un spectateur passif de la misère.

Les œuvres d’Ernest Pignon-Ernest sont à découvrir jusqu’au 29 février 2020 dans la chapelle du Palais des papes à Avignon.

Félix PAULET