septembre 24

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« L’affaire Thuram » : le comeback du racisme antiblanc

Le racisme antiblanc ou racisme inversé, c’est le débat qui envahit les plateaux de télévision, les radios et les réseaux sociaux depuis les propos polémiques tenus par l’ancien footballeur, Lilian Thuram. Interviewé par le journal italien, Corriere dello sport pour parler du racisme dans les stades, le champion du monde a suscité un débat en France avec cette phrase : « Les blancs ont décidé qu’ils sont supérieurs aux noirs et qu’avec eux, ils peuvent tout faire. »

Le racisme antiblanc, « la forme de racisme la plus répandue en France »  

Si cette idée de discrimination blanche est revenue dans notre quotidien, c’est dû à l’association ORLA. L’Organisation de lutte contre le racisme antiblanc se décrit comme une association laïque et apolitique, qui lutte contre toutes les formes de racisme. Son fondateur, Laurent de Béchade, révolté par les paroles de Thuram, a fait le tour des médias pour déclarer que le racisme antiblanc est « le plus grand tabou de la société française » et « la forme de racisme la plus répandue en France ». Il a d’ailleurs affirmé sur Cnews « qu’une personne blanche sur sept est victime de discrimination ». Alors le racisme inversé, existe-t-il ?

Balance Ton Post a publié un sondage sur leur compte Twitter pour leur émission du 12 septembre. Résultat : 63% des internautes pensent que le racisme antiblanc existe.
Source : Twitter

L’étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined) sur lequel se base Laurent de Béchade, expose bien que « le racisme déclaré par les majoritaires, (c’est-à-dire les personnes nées en France métropolitaine dont les deux parents étaient Français à la naissance) est un phénomène minoritaire et surtout de nature différente. Non seulement, le racisme vécu par la population majoritaire est bien moins fréquent, mais il se produit essentiellement dans la rue et non dans les autres sphères de vie comme le travail, l’école ou les administrations. Et lorsque ces comportements se manifestent dans le cadre du travail, ils ne s’accompagnent ni de ralentissements dans la carrière ni de pertes de salaire. Ce racisme envers les majoritaires est donc sans comparaison avec le racisme qui vise les populations issues de l’immigration extra-européenne, envers qui il s’exprime de façon massive, répétée et préjudiciable puisqu’il dégrade leurs conditions de vie en limitant leurs ressources matérielles ».            

Cette étude de l’Ined sous-entend que le racisme envers les « majoritaires » existe bien mais est beaucoup moins fréquente et grave qu’envers les minorités. Mais Steve Garner, sociologue spécialisé dans les notions d’inégalités, de race et d’ethnicité affirme que ce racisme, n’existe tout simplement pas. Il confie : « Le racisme en sociologie est considéré comme un ensemble de relations de pouvoirs systémique et structurel qui produit un schéma de désavantage et d’avantage à travers le temps et l’espace. L’idée qu’un système de racisme antiblanc ait remplacé un autre n’est pas vérifié par des données quelconques ». Donc on ne peut pas prouver, que ce soit à travers des chiffres ou d’études sociales, que le racisme inversé existe car les personnes blanches ne sont pas désavantagées dans nos sociétés. Il continue : « Les éléments que les personnes blanches identifient comme du “ racisme inversé ” sont souvent des insultes. Mais traiter quelqu’un de “ blanc ” par exemple pour le décrire ou les confronter à traiter des sujets comme l’esclavage ne sont pas des actes de discriminations. D’ailleurs, en termes de logement, de richesse, de revenus, d’éducation, il n’y a pas de données qui puissent faire dire que les personnes blanches sont systématiquement désavantagées. C’est plus souvent le cas contraire. »

« Une tactique politique fructueuse »
Ce concept rejeté par les sociologues fait le bonheur des groupes d’extrême droite et les partis nationalistes, partout dans le monde. Selon le Dr. Garner, « ce type de stratégie arrive à survivre à travers le temps car c’est une tactique politique fructueuse. Le “racisme inversé ” est un terme qui existe depuis les années soixante environ. C’est une idée qui a surtout été établie en 1968 quand George Wallace s’est présenté en tant que candidat à la présidentielle aux États-Unis. Il a cherché à convaincre les électeurs blancs que les personnes noires allaient prendre le dessus sur eux si les droits civiques – notamment la discrimination positive – étaient appuyées par le gouvernement fédéral. »

En France, le terme apparaît en 1966 quand le Mouvement nationaliste du progrès s’est défendu de l’accusation de racisme – après avoir dit que le « régime ne fait aucune différence entre le bantou, le provençal et le chinois » – en déclarant que « son objectif est de défendre la civilisation occidentale contre le “racisme antiblanc” ». Puis en 1998, c’est Jean-Marie Le Pen qui revient sur cette théorie lors des universités d’été du Front National en déclarant que « l’antiracisme […] est un racisme inversé, un racisme anti-Français et antiblanc ». Marine Le Pen, Jean-François Coppé, Nicolas Dupont-Aignan et maintenant Pierre Ménès, rejoignent le groupe des antiracistes.

Le consultant sportif est allé jusqu’à dire sur CNews récemment que « le vrai problème, en France, dans le foot en tout cas, c’est le racisme antiblanc ». Il a ensuite partagé une histoire personnelle expliquant que son fils avait du mal à s’intégrer dans un club de football parce qu’il était blanc : « J’ai essayé de mettre mon fils au foot, il n’avait aucun talent. Mais au bout de deux fois, il a voulu arrêter. Il m’a dit ‘papa on ne me parle pas, on ne me dit pas bonjour, on ne joue pas avec moi, on ne prend pas la douche avec moi’… » Évidemment, les propos de Ménès ont choqué les Français autant que les propos de Thuram. Il s’est ensuite excusé sur Twitter pour dire qu’il « [s’était] très mal exprimé » ou que les gens ont « très mal compris ». Ses excuses n’ont pas empêché le site identitaire FdeSouche d’apporter son soutien, comme l’a fait Laurent de Béchade, président de l’association ORLFA et Damien Rieu, un des cadres du mouvement Génération Identitaire.

Le racisme antiblanc ou racisme inversé, n’existe pas. Évidemment que des personnes blanches se font insulter ou agresser, mais comme le démontre un grand nombre d’études et de sociologues, on ne peut pas dire que cette théorie soit corroborée. Steve Garner défend : « c’est un outil pour nier l’existence d’un privilège blanc et la complicité avec un véritable racisme. Très souvent, le racisme inversé est étroitement lié à d’autres théories de victimisation blanche comme le “grand remplacement” qui a inspiré des fusillades en Norvège, Nouvelle Zélande et tout récemment au Texas ». Les personnes blanches ne sont pas épargnées par la violence, les insultes ou les remarques sur leur couleur de peau. Mais dans nos sociétés, les personnes blanches – peu importe leur condition sociale – sont le plus souvent privilégiées par rapport aux minorités. Elles peuvent subir des agressions, mais ne sont pas victimes de racisme pour autant. 

Kimberley Lestieux