septembre 25

« Avocats en danger ! »

Lundi 16 septembre se déroulait un rassemblement contre la réforme des retraites pour la profession libérale Place de l’Opéra à Paris. Kinés, médecins, infirmiers libéraux, orthophonistes, pilotes de ligne étaient présents, mais les avocats ont occupé une place plus importante. Ils étaient appelés par le Conseil national des barreaux à faire grève et à manifester partout en France. Leur revendication est claire, ils s’opposent à une réforme qui mettrait en péril les avantages de la fonction.

Les organisateurs de la manifestation ont annoncé 20 000 participants, la Préfecture de police de Paris en a compté 10 500.

Les robes noires sont vent debout face à ce projet de loi, ils estiment que leurs cotisations pourraient doubler et leurs pensions de retraite diminuer. Une colère de plus en plus profonde de la part de la profession libérale, qui avait déjà dénoncé une justice « déshumanisée » lors de la loi sur la « justice du XXIe siècle ».

« Une mise à mort économique de notre profession »

La présidente du Conseil national des barreaux, Christiane Féral-Schuhl, s’oppose fermement à deux points de ce projet. Dans une interview au journal Le Point, la présidente rappelle que : « La réforme met sur le même plan les salariés, les fonctionnaires et les indépendants. Or, ces différents statuts ne sont pas égaux au départ ». En effet, les salariés et fonctionnaires ont 60 % de leurs cotisations prises en charge par l’employeur, alors que les professions libérales ont cette part à leur propre charge. « Nous gérons depuis des décennies, à la demande de l’État, des régimes autonomes, constitués et financés par et pour les avocats. Ce régime autonome de retraite des avocats reverse chaque année plus de 80 millions d’euros au régime général. Ce système a largement fait ses preuves, et au lieu de le pérenniser, on veut le supprimer ! » signale Christiane Féral-Schuhl. Une intégration dans le nouveau régime universel qui doublerait les cotisations retraite.

« Une mise à mort économique de notre profession » ajoute la présidente. En clair, Jean-Paul Delevoye, qui est à l’initiative de cette réforme, propose d’appliquer le même taux de 28 % de cotisation retraite pour tous, qu’ils soient salariés, fonctionnaires ou libéraux. Actuellement, la grande majorité des avocats cotiseraient à hauteur de 14 %. Une uniformité qui s’avérait-être sources d’injustices et d’inégalités.

« Une mise sur la paille des petits cabinets !»

Cette réforme risque également de mettre en danger les petits cabinets. Ils vont se trouver plus fragilisés économiquement et subir un manque d’aide juridictionnelle : « La réforme pourrait entraîner la fermeture de cabinets. Qui va assurer l’aide juridictionnelle et les commissions d’office ? Pas les gros cabinets. On va être contraint d’augmenter les tarifs, on ne pourra plus embaucher de secrétaire » déclare Hélène Thirion, bâtonnière au barreau de Melun. Beaucoup d’entre eux sont loin de l’image de l’avocat fortuné dans la capitale, ils débutent le plus souvent leur carrière en dessous du SMIC. Linda Teghbit, avocate parisienne travaillant à son compte, dénonce : « une spoliation, une mise sur la paille des petits cabinets. »

Fanny Gallezot