septembre 25

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Le mystérieux intérim d’Isabelle Balkany à la mairie de Levallois-Perret

La femme de Patrick Balkany n’a toujours pas eu le droit de rendre visite à son mari, incarcéré à la suite de son procès à la prison de la Santé. ©FranceInfo

Isabelle Balkany est-elle légitime et dans la légalité en devenant maire par intérim de la commune de Levallois-Perret ? Cette question est au cœur des débat depuis la condamnation du couple vendredi 13 septembre. La ministre de la justice Nicole Belloubet qui était l’invitée du Grand Jury sur RTL le 15 septembre, s’est elle-même dite « choquée » de la situation. Et pourtant, Isabelle Balkany assure les fonctions de maire en toute légalité.

L’affaire enfin jugée, le verdict déjà discuté 

Depuis des années, les époux Balkany sont dans le viseur de la justice française. Finalement jugés le vendredi 13 septembre, le maire de Levallois-Perret a écopé de 4 ans de prison ferme pour fraude fiscale. Quant à son épouse Isabelle, jugée pour les mêmes faits, elle a écopé de 3 ans de prison ferme. Néanmoins, sans mandat de dépôt et pour des raisons médicales, elle ne sera pas incarcérée. Elle devient alors la maire par intérim de la ville, comme le prévoit la loi : l’adjoint(e) succède au maire s’il ne peut plus assurer ses fonctions. Maintes fois interrogée, elle a déclaré sur la chaine d’information LCI ainsi que sur les réseaux sociaux dans un communiqué, qu’elleexercerait à la mairie « l’intérim le temps nécessaire »à son mari pour retrouver ses fonctions. Cette condamnation divise les partis politiques mais aussi les citoyens. Des rassemblements dans la ville se sont organisés le week-end suivant le procès. Pour une partie des habitants de Levallois-Perret qui se sont exprimés à la télévision, la décision est inappropriée et ils demandent une nouvelle justice pour leur maire qu’ils considèrent comme quelqu’un doté « d’une grande humanité ». Un avis partagé par sa compagne qui a déclaré « Nous avons toujours assumé, mais encore faut-il que la sanction soit proportionnée ». Du côté des politiques, plusieurs réactions : pour David Belliard, candidat Europe Écologie Les Verts à la mairie de Paris « c’est je l’espère un pas vers la fin de la démocratie de l’exception et de l’entre-soi ». Quant au député La France Insoumise Ugo Bernalicis « cette délinquance ne doit pas être minorée pour ce qu’elle a de criminel et d’antisocial. Il faut la combattre le plus efficacement possible ». Cette condamnation a donc été saluée par l’opposition.

Comment quelqu’un de condamné peut-il assurer des fonctions à haute responsabilité ? 

Dans le cadre d’une affaire aussi médiatique, on peut se demander pourquoi Isabelle Balkany continue d’assurer les fonctions de maire par intérim malgré les critiques et la gravité des faits qui lui sont reprochés, au même titre que son mari. Cela s’explique par le fait qu’elle a été condamnée sans mandat de dépôt. Un mandat de dépôt pour la justice française, c’est la décision donnée par un juge au directeur d’une prison d’accueillir et de maintenir, ou non un prévenu condamné à la prison ferme ou dans le cas de la détention provisoire. Dans leur ouvrage Comparutions immédiates : quelle justice ?, Daniel Welzer-Lang et Patrick Castex précise : « Lorsque qu’une peine de prison inférieure ou égale à vingt-quatre mois est prononcée sans mandat de dépôt, une fiche est remise à la personne condamnée pour qu’elle se mette en rapport avec le juge d’application des peines. Sa peine de prison peut alors être aménagée selon diverses modalités, comme par exemple la semi-liberté ou le port d’un bracelet électronique. » A cela, s’ajoute le fait qu’Isabelle Balkany ait fait appel, tout comme son mari et que faire appel annule la suspension des fonctions et l’inéligibilité. Les époux Balkany avaient pourtant été condamnés à dix ans d’inéligibilité lors de leur procès. Grâce à cet appel le maire de Levallois-Perret pourra donc se représenter aux municipales de 2020. En attendant leur nouveau jugement en appel, les époux Balkany seront de nouveau devant la justice le 18 octobre pour corruption et blanchiment d’argent.

Flavie Thivol