septembre 27

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Le recyclage par et pour les binoclards

Chaque année en France, plusieurs millions de lunettes sont jetées ou abandonnées. Pour lutter contre le gaspillage et la surproduction, de nombreux organismes et entreprises proposent des collectes de vieilles paires de lunettes pour leurs donner une seconde vie.

Deux cent quatre-vingt-cinq millions de personnes souffrent de déficiences visuelles dans le monde.  Quatre-vingt-dix pourcents d’entre elles vivent dans des pays en voie de développement[1]. Et en parallèle, environ 100 millions de lunettes trainent au fond des tiroirs français.

Cette dernière statistique, récoltée par l’entreprise d’études marketing « Opinion Way » pour « Atol les Opticiens » en 2015, est sans équivoque : alerte au gaspillage. D’autant plus que la demande en lunettes est en hausse avec plus d’un demi-million vendues chaque année. Une des problématiques majeures pour les myopes, astigmates, hypermétropes et autres est le prix. En moyenne, le coût d’une paire de lunettes à foyer unique était de 297 euros en 2016, remboursé à 60 % du prix par la mutuelle (variable selon que le client soit majeur ou mineur).

Depuis les années 2000, l’Ordre de Malte français organise des récoltes de lunettes pour pallier la demande mondiale et le gaspillage. Le but est d’offrir une nouvelle vie aux montures pour venir en aide aux 76 % de personnes qui pourraient recouvrer la vue grâce à des lunettes ou des soins[1], mais qui n’en ont pas toujours les moyens. Une autre des alternatives à la surproduction est de ramener celles inutilisées chez son opticien. Beaucoup de marques les recyclent ou les transmettent à des organismes et associations comme Lunettes sans Frontières.

ZAC : une solution étudiante pour quatre mille lunettes récoltées

Avec ZAC, Ophélie Vanbremeersch met en place des boîtes de collectes de montures pour qu’autant de lunettes possibles soient reconditionnées et revendues à prix cassés. (Photo : DR)

ZAC est une jeune start-up de reconditionnement de lunettes. Seule à sa tête, Ophélie Vanbremeersch, 20 ans, vision à -4, étudiante en troisième année de licence à l’université catholique d’économie et de finances de Lille. « J’ai eu l’idée de ZAC à la fin d’un cours de philosophie de terminale, à 17 ans. Mais ce n’est qu’en première année d’études de commerce que j’en ai parlé. Je devais créer un business plan pour un cours, et à la fin de ma présentation, j’ai dit à mon professeur que j’avais une autre idée

ZAC compte trois missions : la collecte, le reconditionnement et la vente. Depuis sa création, elle « a touché trente lieux différents avec des boîtes de collecte déplacées tous les mois. »Parmi les endroits en question : l’université catholique de Lille, douze banques BNP Paribas à Paris, des Monoprix et Carrefour lillois – tous retrouvables sur la page Instagram @lunettesdezac. Le nouveau projet d’Ophélie est de s’implanter dans différentes écoles de Lyon, Paris et Lille au mois de novembre. Le résultat est là, ce qui permet à l’étudiante entrepreneuse d’annoncer fièrement : « on a déjà récolté quatre mille paires de lunettes. » Une fois récupérées, les montures partent au reconditionnement. Elles sont nettoyées, limées, remises à neuf entre les mains des employés en situation de handicap de l’entreprise adaptée AlterEos. La revente est prévue pour cet automne, directement auprès des opticiens dans la volonté d’être accessible au plus grand nombre. « Les paires de lunettes ZAC seront environ 40 % moins chères que les prix du marché. Les vendre à moindre coût aux opticiens leurs permettra de les revendre à prix réduit. Quoi qu’il en soit, on sera toujours sous les 100€ d’achat pour le consommateur. »

Enora Hillaireau


[1] Données de 2014, récoltées par l’Ordre de Malte