octobre 05

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Toutes les 40 secondes, une personne se suicide dans le monde alarme l’OMS

Un jour avant la journée mondiale du suicide qui avait lieu ce mardi 10 septembre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport chiffré sur le phénomène. On y apprend que le nombre annuel de suicides s’élève à 800 000, soit un mort toutes les quarante secondes, un chiffre en baisse depuis 2010, mais qui reste tout de même important. 

Le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes filles entre 15 et 29 ans. Crédit photo : Pixabay.

Entre 2010 et 2016, le taux mondial de personnes qui se suicident a chuté de 9,8 %. « Malgré les progrès réalisés, on compte toujours un décès par suicide toutes les 40 secondes »,la même fréquence que celle indiquée en 2014, a relevé le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un communiqué. Pourtant, ce chiffre rentre quasiment dans les objectifs fixés par l’OMS en 2013 : un des objectifs du plan d’action global pour la santé mentale était de réduire le nombre de suicides de 10 % d’ici 2020. 

Une disparité entre les régions, les pays et les âges

Seul le continent américain voit son taux de suicide augmenté de 6 %. Ceci s’expliquerait, selon l’OMS, par un accès aux armes à feu, qui est une des méthodes les plus utilisées au monde (environ 25%) avec  l’auto-empoissonnement par les pesticides (20%) et la pendaison[CD1] (environ 40%), plus important que dans d’autres endroits de la planète.

Également, un pays se démarque dans ce classement. Le Guyana, une ancienne colonie britannique située entre le Venezuela et le Surinam, observe 30,2 suicides pour 100 000 habitants, le taux par habitant le plus élevé au monde. Il est suivi de peu par la Russie, où l’excès d’alcool est tenu pour responsable du taux de suicide élevé (26, 5 pour 100 000 habitants). À titre de comparaison, en France le taux est de 12,1 suicides pour 100 000 habitants. 

De manière plus globale, on remarque que 79 % des suicides se produisent dans des pays à revenu faible et intermédiaire. Pourtant tous les continents sont concernés par ce phénomène : l’Afrique, l’Europe et l’Asie du Sud-Est affichent des taux supérieurs à 10,5 pour 100 000 habitants, la moyenne mondiale. Au contraire, la région de la Méditerranée orientale dispose du taux le plus faible.

Cette étude permet aussi de révéler que la moitié des personnes qui se suicident ont moins de 45 ans. Il est d’ailleurs la deuxième cause de décès, après les traumatismes dus aux accidents de la route, chez les jeunes âgés de 15-29 ans. Les filles sont aussi plus souvent touchées que les garçons : le suicide est la deuxième cause de décès pour ces dernières (après les affections maternelles), et la troisième (après les accidents de la circulation et la violence interpersonnelle) pour leurs pendants masculins.

Peu de stratégies de prévention mises en place malgré leur efficacité

Si le taux du mondial a baissé, cela s’expliquerait notamment par le développement des stratégies de prévention. Parmi ces moyens, on trouve : la sensibilisation des médias, la mise en œuvre de programmes destinés aux jeunes, l’identification des signes alarmants, la prise en charge précoce et le suivi des personnes susceptibles de passer à l’acte. Autre piste suggérée : la limitation de l’accès aux moyens de se suicider, en réglementant par exemple l’accès aux pesticides, premier moyen utilisé pour se suicider. Cette mesure est celle qui, dans l’immédiat, permettrait de réduire de manière importante le nombre de victimes qui utilisent délibérément les pesticides pour s’empoisonner.  Le Sri Lanka fait cas d’école : le pays a enregistré une chute de 70 % de son nombre de suicides en votant une série d’interdictions sur certains pesticides[CD2] . Cette mesure n’aurait pas impacté les agriculteurs : seulement les pesticides les plus dangereux ont été remplacés par d’autres moins toxiques. Au total, 93 000 Sri Lankais auraient été sauvés grâce à cette décision. Même constat en Corée du Sud, qui, suite à l’interdiction d’un herbicide – le « Paraquat » – en 2011-2012 a vu réduire de moitié le nombre de décès suite à l’ingestion de pesticides.

Malgré ces chiffres positifs, seulement 38 pays ont établi une stratégie de prévention. Face à cela, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, appelle, dans un communiqué, « tous les pays à intégrer, de manière durable, les stratégies de prévention du suicide qui ont fait leurs preuves dans leurs programmes nationaux de santé et d’éducation ». Aussi, l’OMS a lancé depuis le 10 septembre  dernier  une campagne « actions de 40 secondes »  avec plusieurs organisations partenaires (la Fédération mondiale pour la santé mentale, l’Association internationale pour la prévention du suicide et United for Global Healt»). Une brochure avec des recommandations à destination des cinéastes et des créateurs de série télévisée sera également publiée à cette occasion. Elle se terminera le 10 octobre prochain, date de la journée mondiale de la santé qui aura cette année pour thème la prévention du suicide.

Jennifer Beghin