Le Petit cartable bleu, témoignage sur la maltraitance à l’école maternelle

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En 2018, Elsa Piel publie le livre Le Petit cartable bleu. Ce roman autobiographique raconte l’histoire de son troisième enfant, Oscar. À trois ans, le petit garçon effectue sa première rentrée à l’école maternelle. L’expérience tourne rapidement au cauchemar lorsque Oscar, au fil des jours, raconte le calvaire qu’il subit. Douches froides, scotch sur la bouche et humiliations deviennent son lot quotidien. S’ensuit alors un combat juridique entre les parents d’Oscar et l’institutrice à l’origine de ces sévices, combat retranscrit dans ce livre : Le Petit cartable bleu.

« Je voulais juste réhabiliter la parole des enfants, par prévention ». Par ce livre, l’auteur définit clairement ses intentions : elle ne tient pas à se venger. Son but est préventif : les parents doivent être vigilants envers la parole de leurs enfants, aussi jeunes soient-ils. Au fil des pages, Elsa Piel décrit fidèlement les étapes de la prise de conscience : le choc de l’annonce, le doute, l’hésitation entre la parole de l’institutrice et celle d’Oscar, puis, enfin, le long combat pour faire entendre leur voix et, du même coup, la vérité.    

Car c’est bien la recherche de la vérité qui est au cœur du livre. Face aux plaintes d’Oscar, l’institutrice, tout comme la directrice de l’établissement, nient en bloc. Une longue procédure juridique s’ensuit où s’entremêlent témoignages de membres du personnel, d’anciens élèves et de parents. Au bout du compte, le juge prononce un non-lieu, faute de preuves suffisantes. De peur d’être stigmatisée, la famille d’Oscar déménage à Madagascar. Aujourd’hui, le petit garçon de sept ans est en CE1.

« Le plus important a été la reconstruction de notre fils parce qu’il en est sorti très abîmé. C’était un petit guerrier, un enfant qui s’était mis en rébellion contre tout, contre l’adulte, qui pouvait avoir des actes de violence, ne pas écouter… alors qu’il était très doux avant. Là il y avait une réelle agressivité », explique sa maman. Elle confie par ailleurs qu’en dépit de cette reconstruction, le petit garçon conserve des séquelles de ce qui lui a été infligé. « On a fait un accompagnement psychologique, mais on a surtout fait un accompagnement avec les instituteurs qui ont suivi : on a toujours exposé son histoire, son vécu. On peut dire que maintenant, il va bien. Il lui reste un retard dans l’apprentissage de la lecture alors qu’il n’a pas de pathologie. Il est toujours suivi en orthophonie deux fois par semaine et ce suivi a montré qu’il a dû avoir un blocage au moment où il était en apprentissage, en petite section, par rapport à ce qu’il avait subi, et que ce serait donc plus long pour lui que pour les autres. »

Violence éducative ordinaire

« Les élèves doivent être préservés de tout propos ou comportement humiliant et respectés dans leur singularité. En outre, ils doivent bénéficier de garanties de protection contre toute violence physique ou morale » (Art. 2.1 circulaire n° 2014-088 du 9-7-2014). C’est ainsi que la protection de l’enfance est assurée d’un point de vue législatif en France. Pour autant, les témoignages émergent, timidement, pour dénoncer les brimades et sévices infligés par certains instituteurs ou assistants en maternelle. Des actes que l’OVEO[1] qualifie de violence éducative ordinaire institutionnelle. Sont désignés par cette appellation, entre autres, les coups, les gifles, les fessées, les cris et hurlements, l’isolement, les humiliations, les punitions à caractère traumatique (par exemple, enfermer dans un placard), les menaces… Des violences que les auteurs justifient aisément (agitation de l’enfant, troubles de l’attention, « caprices », etc.). Et si certaines affaires prennent un tournant juridique, telles qu’à Neuilly-sur-Marne en 2016[2], en Haute-Vienne cette même année[3] ou plus récemment à Thonon-les-Bains[4], il n’existe à ce jour aucun chiffre pour quantifier ces abus. 

Schéma du mécanisme d’anesthésie émotionnelle suite aux violences éducatives ordinaires chez l’enfant – apprendreaeduquer.fr

Malheureusement, les conséquences physiques et psychologiques de ces violences sont importantes. Selon le site internet apprendreaeduquer.fr, le cortex préfrontal (responsable notamment du langage, de la mémoire, du raisonnement ou de l’empathie) peut s’atrophier suite à une libération prolongée et fréquente de cortisol (l’hormone du stress). À long terme, l’enfant devenu adulte peut toujours souffrir de troubles de l’apprentissage. Bien entendu, l’enfant peut développer une phobie scolaire, ou même d’autres types de phobies selon les sévices infligés et son comportement à l’égard des autres enfants ou des adultes peut être affecté, comme ce fut le cas pour Oscar.

Les conséquences physiques et psychologiques de ces sévices sont donc nombreuses et peuvent nécessiter un suivi particulièrement long. Pour lutter contre cette violence, qui n’a d’éducative que le nom, des collectifs et associations, tels que l’OVEO, 119 Enfance en danger ou StopVEO existent et mènent leurs actions de prévention afin que les enfants qui subissent ces sévices, de la part de leurs parents ou des institutions, puissent libérer leur parole, dénoncer ce qu’ils ont vécu et, surtout, se reconstruire.

Camille Esteve


[1] Observatoire de la Violence Educative Ordinaire

[2] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/11/04/01016-20161104ARTFIG00185-une-directrice-et-une-enseignante-de-maternelle-suspendues-apres-des-plaintes-pour-violences.php

[3] https://www.20minutes.fr/societe/1853755-20160527-institutrice-condamnee-violences-11-eleves-maternelle

[4] https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/violences-en-maternelle-une-enseignante-de-thonon-condamnee-a-six-mois-de-prison-ferme-1567513325