octobre 28

La face cachée du numérique

La numérisation de nos courriels, de nos déclarations d’impôts, de nos tickets de caisse ou encore de nos relevés bancaires, rendue possible par internet semble être la solution rêvée aux problèmes écologiques, liés au papier et à a déforestation. Toutes ces procédures envoyées par e-mail au lieu d’être imprimées semblent être inoffensives pour l’environnement. Pourtant, même l’immatériel a un coût. Dans un rapport de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) établi en 2011, l’on apprenait déjà que l’envoi d’un e-mail standard produisait l’équivalent de 4 grammes de CO². Entre les courriers professionnels, personnels, les newsletters et les publicités, ce ne sont pas moins de 281 milliards d’e-mails qui ont été envoyés dans le monde, chaque jour, en 2018. Le calcul est simple : 410 millions de tonnes de CO² sont générés simplement par l’envoi de nos e-mails.  

Comment le numérique est une source polluante @FuturaScience

Entre fabrication d’ordinateurs et data-centers

Le simple fait d’envoyer un e-mail ne pollue pas, à proprement parler, mais l’énergie consommée par les outils utilisés pour le faire demande beaucoup d’électricité. Les data-centers (ou centre de données) qui stockent des milliards de données nécessitent d’être constamment refroidi. Pour un centre de  10 000 m2, l’on estime que le réseau électrique consommerait 20MW, soit autant d’énergie que pour une ville de 50 000 habitants. D’après le Journal du CNRS: « Ordinateurs, data centers, réseaux… engloutissent près de 10 % de la consommation mondiale d’électricité. Et ce chiffre ne cesse d’augmenter. » Enfin, pour produire cette électricité, les techniques utilisées dans les centrales à charbon, à gaz ou nucléaires, émettent des polluants, dont le CO². Le coût environnemental réside aussi dans la fabrication des ordinateurs. Environ 800 kg de matières premières sont nécessaires à la fabrication d’un appareil de 2 kg. Processeurs, batteries et écrans sont fabriqués à partir de plusieurs matières et pas n’importe lesquelles : ce sont des métaux rares. Par exemple, il faut du néodyme pour confectionner les aimants présents dans nos smartphones. Un métal qui génère, notamment, des rejets acides et des déchets chargés en radioactivité.  

On compte aujourd’hui plus de 45 millions de serveurs allumés 24h/24h @GoogleImages

Autre métal rare indispensable à la composition de nos portables : le cobalt. D’après l’Unicef, si le cobalt permet à la batterie de stocker de l’énergie sans surchauffer, son extraction fait l’objet de l’exploitation de dizaines de milliers d’enfants et adultes en République démocratique du Congo (RDC).  Aussi appelés les « creuseurs », ces Congolais inhalent la poussière de cobalt du matin au soir et transportent des sacs de cobalt pouvant peser jusqu’à 40 kilos. Leur salaire n’excède pas l’euro par jour. Un coût social gigantesque ignoré, qui s’étend jusque dans le continent asiatique. Dans l’usine d’assemblage Apple à Shenzen en Chine, on apprend que des filets anti-suicide ont été installés à mi-hauteur des immeubles qui logent les travailleurs. La sociologue Jenny Chan a recueilli en 2015, les témoignages de salariés du groupe Foxconn, le plus grand fabricant du monde dans le domaine électronique. Elle y retranscrit notamment les dire de Yang, étudiant et ouvrier de fabrication : « J’ai souvent pensé que la machine était mon seigneur et maître, dont je devais peigner les cheveux, tel un esclave. »

Trier, vider et nettoyer

Notre quotidien ne saurait se détacher de l’utilisation d’internet. Des automatismes sont alors à prendre pour baisser nos émissions de CO². Par exemple, il est conseillé de trier aussi souvent que possible ses boites de réception. Des plateformes web, telle que Cleanfox, permettent de les nettoyer. Restreindre le nombre de destinataires de vos e-mails permet par ailleurs de diminuer jusqu’à trois fois l’empreinte carbone émise. Il est également possible de réduire la taille des messages envoyés. Cela passe, par exemple, par la compression des images et l’envoi d’un lien hypertexte au lieu d’un document entier. L’une des meilleures solutions est de privilégier les messages et appels par téléphone. Pour ce qui concerne vos recherches sur internet, l’utilisation de mots-clés précis est préconisée, ou tout du moins, l’inscription directe de l’adresse du lien dans la barre de recherche. Enfin, certains moteurs de recherches écoresponsables comme Ecosia tendent à compenser notre pollution numérique en faisant don de 80 % de ses profits à des organismes de reforestation, tout en proposant des résultats quasiment identiques à ceux de Google. Aujourd’hui, les technologies de l’information et de la communication contribuent à hauteur de 2 % aux émissions européennes de gaz à effet de serre. Ce chiffre devrait doubler d’ici 2020.

Jeanne Gandy et Camille Estève