novembre 18

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Qui a peur des jeunes écolos ?

Pour défendre justice sociale et écologique, les uns organisent une semaine de blocages coordonnés en Europe et les autres prennent d’assaut le bureau de la Présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis. Coup de projecteur sur Extinction Rebellion et Sunrise, des jeunes écologistes bien plus turbulents que leurs homologues de Friday For Future.

En novembre 2018, les jeunes activistes de Sunrise ont organisé un sit-in à la Chambre des représentants pour dénoncer la création d’un comité modéré sur le Green New Deal. © Jim Lo Scalzo/EPA

 On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans, disait Rimbaud. Eux, sont bien souvent plus jeunes et sont très sérieux. Et, contrairement à ce que les médias peuvent laisser paraître, ils n’ont pas attendu Greta Thunberg et le mouvement Friday For Future (FFF) pour se mobiliser pour le climat.

Nés tous les deux entre octobre et novembre 2018, les mouvements Sunrise et Extinction Rebellion (XR) sont, comme FFF, des mouvements de désobéissance civile. Tous deux s’appuient sur des actions choc. Le 19 octobre dernier, une vingtaine d’activistes de XR, tous mineurs, ont tenté de bloqué l’Aéroport Heathrow en Angleterre avant d’être délogés par la police. Ceux de Sunrise ont annoncé qu’ils éliraient les trois candidats aux primaires démocrates les plus écoresponsables, symbole qu’ils pourraient être un acteur de premier plan dans les prochaines élections présidentielles américaines.

Responsables politiques, prenez garde, Sunrise arrive !

Avec leurs t-shirts noir et jaune et leurs opérations coup de poing, les jeunes de Sunrise sont en train de se faire une place dans le paysage politique américain. Le mouvement, qui se présente comme une « armée de jeunes gens décidés à faire du changement climatique une priorité partout aux Etats-Unis », milite sur le modèle de la « guérilla politique ». De petits groupes locaux indépendants mais unis autour de slogans, de chants et de mots d’ordre communs, qui se rassemblent pour des actions d’envergure. Comme lorsqu’en novembre 2018, ils ont envahi le Congrès pour un sit-in devant le bureau de Nancy Pelosi, Présidente démocrate de Chambre des représentants américains. 

Cette action avait pour but de défendre leur cheval de bataille : le « Green New Deal » (GND). Nommé ainsi en référence au New Deal de Franklin D. Roosevelt après la Crise de 1929, ce plan porté au Congrès par la représentante de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, comprend un objectif de zéro émission de gaz à effet de serre aux Etats-Unis d’ici 2030, des investissements et des emplois dans le secteur de la transition écologique et la protection des minorités, des pauvres, des handicapés et des jeunes. Une initiative qui a déjà reçu le soutien de nombreux candidats déclarés aux primaires démocrates tels que Bernie Sanders ou Elizabeth Warren.

Il faut dire que Sunrise excelle dans l’art de se faire des alliés comme des ennemis. Surfant sur leur âge (aucun membre n’est âgé de plus de 35 ans), ils n’hésitent pas à aller interpeler les élus américains pour qu’il adhère au GND ou pour dénoncer les politiques climato-sceptiques. Et malgré leur proximité avec le Parti démocrate, ils n’épargnent pas ses élus. En février 2019, Dianne Feinstein, sénatrice démocrate de Californie depuis 1992, l’a appris à ses dépens. Au cours d’une joute filmée de près d’un quart d’heure, l’élue octogénaire s’est trouvée contrainte de se justifier face à une dizaine de militants qui exigeaient qu’une partie des fonds alloués à l’armée américaine soit utilisé pour mettre en place le GND. 

« Are we the last generation ? »

Des questions qui fâchent, Extinction Rebellion en pose également. Le leitmotiv du mouvement né à Londres est d’ailleurs « Are we the last generation ? » (Sommes nous la dernière génération ?, NDLR). Toutefois, ils préfèrent s’allier à d’autres groupes associatifs écologistes ou sociaux plutôt qu’à des politiques. Du 5 au 12 octobre dernier, lors de leur « Rébellion internationale d’octobre », ils ont notamment reçu le soutien de Youth For Climate, de Désobéissance écolo Paris ou du Collectif Justice pour Adama. Pour XR, la convergence des luttes n’a pas besoin de l’échelon politique.

En France, le point culminant de la « Rébellion internationale d’octobre », vaste programme de blocages à l’échelle européenne, a été la création d’un ZAD (Zone A Défendre) le 7 octobre en plein cœur de Paris, entre le Pont au Change et la Place du Châtelet. « Bloquer le cœur de Paris, à deux pas de la Préfecture de police, c’est une manière d’établir un rapport de force, de montrer qu’on est nombreux et assez déterminés pour tenir tête au gouvernement », estimait Jeanne, l’une des bloqueuses. Pour établir ce rapport de force et apposer leur emblème, un sablier dans un cercle noir élevé au statut de symbole d’une génération par The Guardian, les militants de XR, dont les plus vieux ont faits leurs armes avec Sea Shepherd ou à Notre-Dame-des-Landes, sont prêts à enfreindre la loi.

Cette résolution semble nécessaire s’ils ne souhaitent pas que le combat pour la fin du mois porté par les Gilets Jaunes chaque week-end depuis un an n’éclipse pas le leur contre la fin du monde. Mais cela leur a attiré les foudres des politiques. Ségolène Royal, qui a pourtant été Ministre de l’Ecologie, a notamment demandé leur répression rapide lorsqu’ils ont pris possession du centre commercial Italie 2 le 5 septembre. Les jeunes écologistes devront peut-être payer le prix de leur excès d’engagement mais il y a fort à parier qu’ils ne cesseront pas de faire du bruit pour peser, comme leurs cousins d’Outre-Atlantique, sur leurs échéances électorales à venir.

Félix Paulet

L’Œil de Pierluca Leandri