Oléiculture, transformée par le climat

L’oléiculture est un métier saisonnier qui demande passion et patience, un joyau du
patrimoine français. Mais cette année, l’ensemble des producteurs d’olives de Paca
ne récolteront que 15% de la quantité habituelle. Découverte d’une exploitation.

Clément ajoute une caisse d’olives récoltées la veille dans la calibreuse-effeuilleuse. © Charlotte Quéruel

Le Rouet, 10h du matin. Une forte pluie s’abat sur de beaux oliviers centenaires. Ces arbres majestueux sont bringuebalés par quelques rafale de vent. Puissants, ils ne plient pas. Seulement, ils oscillent, faisant tomber le peu d’olives qu’ils portent. « Cette année sera la pire cueillette de ma carrière » , souffle Jean-Philippe Frère, oléiculteur depuis une quarantaine d’années.
Dans son exploitation, ce mercredi 23 octobre, ce devait être jour de récolte. C’était sans
compter la pluie. Clément Faupin, employé saisonnier depuis 15 ans et Théo Disdier, stagiaire, courent se mettre à l’abris et s’engouffrent dans un bâtiment. Le patron, un petit peu bourru, mains sur les hanches, résigné, s’avance, prend une caisse rouge remplie d’olives et annonce : « Tant pis, on va effeuiller et calibrer en attendant que la pluie cesse.»

Trier et déguster !

Les minutes défilent au bruit de Sylvie, la calibreuse-effeuilleuse, ainsi nommée par les propriétaires. C’est une bête imposante. Elle se tient au milieu d’une petite pièce, un atelier de bricolage. Bruyante, elle rugit à mesure que des olives vertes et noires la traversent. Les feuilles sont expulsées dans une poubelle placée à une extrémité pendant que de l’autre les petites boules tombent sur des ressorts d’écarts variables. « De cette manière, les olives sont triées par calibres » , hurle Jean-Philippe, pour se faire entendre.
En moyenne, un arbre donne 30 à 50 kilos chaque année pourtant, la veille, les trois hommes n’ont récolté que 150 kilos sur dix arbres. « Ça représente 15 kilos par olivier, c’est affolant » , se désole Clément.
A droite de la machine, une petite porte mène sur trois autres pièces en enfilade. La première, sinistre au départ, devient intéressante quand l’odeur particulière des olives parvient au nez. Un trésor ! De gros bidons rouges, verts et bleus sont disposés, rangés par date. Clément ouvre l’un deux. Du grand récipient s’échappe une délicieuse effluve, plus forte que la première mais tout aussi délicate. Dégustation. Trempées dans la saumure, elles sont tout juste salées : « Rien à voir avec celles qu’on trouve dans les supermarchés», s’exclame-t-il, l’œil rieur.

La fin des olives azuréennes ?

Dehors la pluie s’est arrêtée, une odeur d’herbe mouillée ou de chaleur humide rappelle que l’orage n’est pas loin. Au milieu des 150 oliviers, le sol est jonché de fruits abîmés. « On a perdu une majeure partie de la production cet été à cause des fortes chaleurs et de la mouche, une espèce d’insecte mangeuse d’olives » , confie Clément. Pourtant toujours souriant, une petite moue se dessine sur son visage, l’homme ne cache pas son pessimisme quant aux collectes futures. « Il sera très difficile de continuer, on va devoir réinventer notre métier, les oliviers résisteront peut-être, mais pas les fruits. »

Lisa Noyal et Charlotte Quéruel