décembre 01

« The King », le prince Hal devient le roi Henri V

« Le Roi », la nouvelle grosse production du géant Netflix, réalisée par David Michôd, est depuis le 1er novembre sortie sur la plateforme. Un biopic dramatique novateur (même si inspiré des livres de William Shakespeare) qui revient sur la prise de fonction d’Henri V, alors très peu préparé à ce qui l’attendait. 

https://lh4.googleusercontent.com/9j8msLJ_DRUAROqyx12TXQgOayZwIhC0Gh4MrbFnBLukJ1TOUREWJbVMp44r2vbLxeHCcsz0UaDEBm_KMf44_EWRs8ULm3Q-c2QapJFQ95grErneAe4p7lG2jHDtljXehNDW4h6V
« The King » est sorti sur la plateforme Netflix, un drame historique qui revient sur la prise de fonction de Henri V. ©DR

Au début, c’est un jeune homme du peuple, rebelle, encore insouciant et amateur des plaisirs que propose le XVe siècle : l’alcool et les compagnies légères, qu’on ne manque pas de nous montrer. La guerre intervient et les stratégies qu’elle implique tombent sur les frêles épaules du nouveau roi. À la fin, c’est un personnage endurci et prêt à endosser un rôle qu’il n’a jamais voulu, être un roi, celui d’Angleterre. Timothée Chalamet (Call me by your name, My Beautiful Boy et récemment A Rainy Day In New York) incarne Henri V dans Le Roi, disponible depuis le 1er novembre sur la plateforme Netflix. À ses côtés, Joel Edgerton, Robert Pattinson, Lily-Rose Depp ou encore Thibault de Montalembert y sont vraiment convaincants. 

C’est un concours de circonstances qui fait d’Hal (Timothée Chalamet), le nouveau roi d’Angleterre. Inexpérimenté, le jeune souverain est tout de même épaulé par l’alcoolique mais touchant John Falstaff (Joel Edgerton, co-scénariste et producteur du film), son ami de toujours aux allures aussi bien fraternelles que paternelles. L’un des premiers conseils que lui donne Falstaff, « Un roi n’a pas d’amis, il n’a que des sujets et des ennemis », il risque bien de l’appliquer toute sa vie. Pourtant, le roi en décide autrement et s’appuie sur son entourage. Il s’avère être un bien meilleur souverain que son père Henri IV. Alors que ce dernier n’avait fait que diviser son peuple par la guerre (notamment la guerre de Cent Ans) qu’il perdait, Hal fait de son pays, une nation soudée. Il parle même « d’un royaume uni » (en référence aux futurs accords entre l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande et le Pays de Galle signés quelques siècles plus tard). Parfois sans pitié avec ses serviteurs, parfois naïf, Hal apprend, l’expérience semble être la clé.

Du jeune Hal au roi Henri V

Un être humain comme un autre, pourvu de sentiments, de faiblesses et de désillusion, c’est ce que fait ressortir Chalamet du jeune Hal. Un roi qui peut être amené à faire des erreurs. Petit à petit, Hal l’inexpérimenté devient Henri, un roi qui tente de bien faire pour son peuple. Un peuple qu’il a longtemps fréquenté. Ses prises de décisions sont aussi validées par William (Sean Harris), fidèle conseiller d’Henri IV, qui se retrouve aux côtés du jeune Hal dès ses débuts. Henri apprend, malgré lui, à très vite choisir à qui il doit, ou ne doit pas, faire confiance, une tâche bien plus difficile qu’il ne le croyait. De nombreux spectateurs ont critiqué la représentation du jeune roi. Au cinéma, c’est un homme tout d’abord timide et hésitant qui en réalité était un tyran. À la prise de ses fonctions royales, il a immédiatement été intransigeant envers les français, derrière l’écran son apogée est progressive. Pourtant, il faut rappeler que le réalisateur a préféré s’appuyer sur les écrits de Shakespeare plutôt que sur la véritable histoire du souverain.  

La France n’est ici pas dépeinte de manière glorieuse, elle y est même retranscrite d’une façon détestable (certains parlent de Frenchbashing). Pour cause, le personnage de Robert Pattinson, lui confère une image péjorative. Beaucoup trop caricaturé, il incarne le Dauphin de France, un personnage complètement fou. Une guerre éclate entre l’Angleterre et la France. Les affrontements sont terribles et sanglants. Le réalisateur David Michôd dénonce la futilité et la violence des combats, dans une boue qui devient lourde au contact de l’armure des combattants. Une boue qui s’avérera bien plus utile que prévu. La scène est très longue, comme pour y retranscrire la lenteur et la dureté des affrontements entre soldats ennemis.

Brad Pitt à la production 

Ce film américano-australien est visuellement beau, les plans sont esthétiques et bien pensés. Adam Arkapaw (Macbeth, Assassin’s Creed) était aux commandes de la photographie. Les images ont une teinte sombre mais l’atmosphère n’y est pas triste. Nicholas Britell, c’est celui qui avait mis des touches musicales derrière les plans de Moonlight, de Si Beale Street pouvait parler ou encore de Tramps. Il s’est chargé de la musique du film Le Roi et ça s’entend. Côté production, on retiendra le très connu Brad Pitt qui avait déjà produit l’un des films avec Chalamet pour tête d’affiche (encore), My Beautiful Boy, l’histoire d’un accro à la drogue qui essaie de s’en sortir grâce à ses proches. Courte apparition de Dean-Charles Chapman au début du long-métrage qui interprète Thomas de Lancaster. Il reste dans le registre dramatique du Moyen-Âge qu’il a également joué en incarnant Tommen Baratheon dans la série événement Game of Thrones. Les Oscars ne semblent plus si lointains pour ce drame historique (annonce officielle le 13 janvier prochain) …

Le Roi, malgré un titre un peu simpliste et de réelles longueurs au début (presque trois quarts d’heure pour que le roi soit enfin couronné), retrace de manière plutôt convaincante l’histoire d’un  garçon qui devient souverain sans qu’on lui demande son avis. Un jeune qui cherche à plaire à son peuple comme son nouveau rang l’exige. Lors de la bataille d’Azincourt en 1415, Henri V mobilise toutes ses ressources (bien maigres, 15 000 Français contre seulement 8 000 Anglais) dans l’espoir d’un happy end. Un retournement de situation à la fin du long métrage vient pimenter l’intégralité du scénario. C’est un pari tenu et un abonnement Netflix (coûteux) rentabilisé. 

Romane Parrado