décembre 06

Ces jeunes français qui s’expatrient à l’étranger

Chaque année, de nombreux jeunes décident de quitter leur terre natale pour aller à la découverte de nouveaux horizons. Améliorer leur niveau d’anglais, rechercher du travail, ou simplement s’ouvrir à de nouvelles cultures… leurs motivations restent multiples et souvent bien différentes. Pourquoi la France voit elle sa jeunesse partir de plus en plus ?

La destination la plus populaire auprès des expatriés français, toutes générations confondues, est le Canada. Suivi par le Portugal et l’Espagne. (Crédit : Google image)

Passionnés de voyages, soif de nouvelles aventures, enrichissement de nouvelles cultures, à la recherche de petits boulots, s’éloigner loin des siens pour mieux se retrouver… Selon une récente étude de l’institut Yougov comme le rapporte le magazine Les Echos, 72% des 18-24 ans envisagent leur vie à l’étranger. La durée s’apparente généralement à une période d’une année civile. Les profils des jeunes sont loin d’être similaires. Certains décident de partir sous un statut étudiant et prolonge leurs études dans des universités étrangères. Les démarches à effectuer au préalable sont longues et parfois coûteuses. Tous les pays ne sont pas accessibles, certaines universités anglo-saxonnes demandent un niveau minimum aux étudiants étrangers, comme l’obtention d’un Toefl (test visant à évaluer le niveau d’anglais, reconnu mondialement) ou d’un Toeic, pour pouvoir intégrer les écoles et être au niveau des programmes scolaires. Des tests souvent très coûteux et difficiles pour des jeunes n’ayant pas un bon niveau d’anglais à l’origine. Une constatation qui attriste ceux qui souhaitent partir à l’étranger dans l’objectif d’améliorer leur anglais, mais qui se retrouvent freiner par ses exigences et modalités universitaires. Pour d’autres jeunes, l’envie n’est plus de prolonger leur parcours scolaire, ils n’obtiennent donc pas un statut d’étudiant, mais celui d’expatrié. Pour rappel, 2 à 2,5 millions de Français étaient expatriés en 2017 dans le monde, selon le ministère des Affaires étrangères. Un chiffre en nette augmentation, puisqu’ils étaient 1 million en 2000 selon Les Echos.

« La soif de découvrir quelle vie m’attendait de l’autre côté de la manche ! »

Mais alors quel est le quotidien de ces jeunes français expatriés à l’étranger sans un statut d’étudiant ni aucune aide financière universitaire ? Margot est l’une d’entre eux. Après avoir passé son bac en 2018 à Nice, elle décide de s’envoler pour une destination bien prisée : Londres. Penchons-nous sur son histoire afin de mieux comprendre les motivations, les objectifs, mais également la réalité d’un quotidien parfois délicat, une fois installé à l’étranger.

Âgée alors d’à peine 18 ans, Margot a décidé de partir sans assurance d’un logement ou d’un travail juste après son obtention du baccalauréat.

Comment expliquer cette envie de vouloir quitter la France ? de vouloir aller vivre à l’étranger ? Quelles motivations et quels objectifs ? Pourquoi avoir choisi cette destination ?

L’envie de partir m’est venue assez naturellement, j’ai toujours aimé voyager, découvrir de nouveaux horizons. Quand j’étais au lycée, ma sœur, de deux ans mon aînée, est partie vivre pour une durée d’un an au Pays de Galles, et là je me suis dit : c’est ça que je veux faire moi aussi ! En classe de seconde, je savais déjà qu’après mon bac, je quitterai la France. La destination ? : Londres bien sûr ! Dingue de cette ville depuis toujours après plusieurs séjours touristiques, et a parfaite distance de la France pour quelques aller-retour occasionnels, et puis, il faut dire aussi que je voulais absolument partir dans un pays anglophone, puisque ma première motivation était de devenir bilingue ! L’Angleterre était donc pour moi une évidence ! Du coup j’ai passé mon bac littéraire en juin 2018, et trois mois plus tard, je m’envolais vers Londres, avec la soif de découvrir quelle vie m’attendait de l’autre côté de la manche ! Mon projet était simple : partir un an à Londres, pour revenir bilingue et enrichi d’un voyage qui me marquerait à jamais. 

Une fois sur place, quelles sont les difficultés (coût de la vie, habitudes culturelles, logements…) ? quelles impressions ? Connait-on une certaine nostalgie de notre pays ? l’envie de revenir est-elle présente ?

La réalité de ce qu’est vivre à Londres se fait vite ressentir ! Le coût de la vie est vraiment très élevé ! Avoir un appartement à soit c’est très ambitieux ; à deux c’est faisable, mais seul, c’est juste inenvisageable ! De toutes façons, ici, tout le monde habite en coloc, peu importe l’âge, le sexe ou la profession…c’est comme ça que ça marche ! Et les prix d’une chambre sont déjà assez exorbitants comme ça, alors ça reste de loin la meilleure option. Après, vu les heures de travail, la maison on ne la voit pas souvent, alors ce n’est pas bien grave si on n’a pas un palace ! Personnellement, je travaille dans la restauration, les heures sont crevantes… Alors c’est vrai que ce n’est pas toujours évident, entre les factures à payer, la fatigue d’un travail acharné et les petits coups de blues quand on se rend compte que la famille et les amis sont peut-être un peu trop loin… Mais honnêtement on se sent fier quand on regarde en arrière et qu’on voit qu’on a réussi. Il y en a pleins des moments durs, c’est une évidence, on peut vite se sentir seul quand on n’est pas dans son pays, on pourrait vite avoir envie de repartir en arrière, de sauter dans un avion et boum ! (rires) Retour maison ! Mais d’un autre côté c’est une ville tellement géniale ! Toujours un truc à faire, à découvrir, on n’en a jamais fait le tour ! Puis j’ai rencontré des gens formidables, venus des quatre coins du monde, qui jour après jour sont devenus des amis, puis ma famille. Et c’est à ça que je me suis accrochée. Cette multiculture et cette générosité abondante est juste incroyable ! Alors ça vaut le coup. Certes, parfois la France ça manque, ça fait du bien de rentrer de temps en temps, on en a besoin, puis on mange bien chez nous ! (rires), mais pour ma part, de petites vacances me suffisent ! Je suis heureuse et fière de dire que je rentre « chez moi » à Londres, à la fin de mon séjour. Maintenant j’ai une partie de ma vie ici, et puis mes plans ont changé ; malgré un rythme de vie très cadencé, j’ai décidé de ne pas rentrer en France après mon année de césure et de prolonger mon séjour en Angleterre pour une durée qui m’est encore inconnue. 

Comment est-on perçu en tant que jeune français à l’étranger ? L’intégration est-elle facile ?

C’est marrant parce que j’ai toujours entendu dire que les français étaient détestés de partout dans le monde, ça n’est pas du tout mon avis ! Déjà au niveau du travail, en Angleterre on ne demande ni âge, ni sexe, ni nationalité, ni photo sur les CV, alors le fait d’être française ne m’a jamais posé problème pour trouver un job. Au contraire, ça m’a même apporté des avantages par la suite, dès que les gens comprennent que je suis française, ils s’intéressent à moi, j’ai le droit à de grands sourires, à un palmarès de mots qu’ils ont appris à l’école avec un accent British, récité très fièrement, et puis rare sont ceux qui n’envient pas ma Côte d’azur natale, alors ça me fait encore gagner des points ! (sourit) Sérieusement, j’ai vraiment été très bien accueillie dès le début. Et on l’est tous je pense, aux vues du nombre de nationalités dont Londres regorge ! C’est très vite devenu ma ville de cœur, je m’y sens chez moi et comme on m’a dit un jour : « tout le monde a besoin d’une petite frenchie dans sa vie », si ça ce n’est pas une intégration réussie ! Ce qui est marrant, c’est que je me sens beaucoup plus fière de mon pays depuis que je suis partie. Je n’avais jamais eu l’occasion de ressentir ça avant. Dès que j’entends les touristes, de la musique, que je mange ou bois une spécialité de chez nous, ou que je me mets moi-même à parler de la France, peu importe le sujet, que ce soit la culture, l’histoire, la langue, la nourriture, le vin, je me sens fière de mes origines. J’apprécie beaucoup ma nouvelle vie à Londres, mais je n’oublie pas mon pays. J’aime en parler, et c’est à travers ça que je fais vivre la France en moi. Comme j’ai l’habitude de dire, mon cœur est un peu perdu au beau milieu de la manche, entre le pays qui m’a vu grandir, et celui qui m’a adopté. 

Fanny Gallezot