décembre 06

Notre Dame bouscule les mœurs et casse les codes

Affiche du film Notre Dame – Crédit photo : Allocine

Jusqu’où peut-on aller au nom de l’art ? C’est la question de fond que Valérie Donzelli, réalisatrice de Notre Dame, semble poser à travers son film. Avec une comédie décalée et hilarante, la jeune femme nous raconte l’histoire de Maud Crayon (interprétée par Valérie Donzelli elle-même), architecte douée mais méprisée par son patron et mère de famille divorcée et épuisée, dont la vie change du tout au tout.

C’est sur un hasard quelque peu mystérieux que s’ouvre le film. La maquette du parvis imaginée par Maud Crayon s’envole dans les airs et atterrit dans le bureau de la Maire de Paris. Cette dernière est conquise et Maud se voit brutalement projetée sous le feu des projecteurs, grande gagnante du concours d’architecture. Sa mission : refaire le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris à partir de sa maquette. Problème de taille : à mesure que les travaux avancent, la sculpture principale s’érige à l’image d’un pénis géant. La réaction ne se fait pas attendre : les fidèles de l’Église sont horrifiés et demandent l’arrêt du projet, tandis que les fervents défenseurs de Maud Crayon, la mairie de Paris en tête, soutiennent cette initiative.

Si le projet en lui-même peut paraître absurde, voire dérangeant et plutôt comique, les arguments avancés pour le défendre donnent tout de même matière à réflexion. La Tour Eiffel, par exemple, avait été décriée au moment de sa construction, y compris par des intellectuels de l’époque, tels qu’Alexandre Dumas ou Guy de Maupassant : « Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu’ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de tour de Babel. » De même, les célèbres colonnes de Buren dans la cour d’honneur du Palais-Royal avaient, elles aussi, suscité l’indignation. Devons-nous dès lors condamner les œuvres avant qu’elles ne voient le jour au nom de la morale et du « bon goût », et au détriment de la démarche créative ?

Casser les codes de la comédie française

Si le scénario est en lui-même original et décalé, le film se distingue également par sa forme. Présentée comme une « comédie française » aux Rencontres cinématographiques de Cannes, cette œuvre ne se cantonne pas aux standards du genre. Le traditionnel comique de situation, caricatures et jeux de mots sont au rendez-vous pour créer des dialogues drôles et crédibles. Mais au-delà de ces caractéristiques, s’ajoutent chorégraphies et chants aux allures de comédie musicale américaine, ainsi qu’une pointe de science-fiction.  Le tout offre un contenu léger et original qui évite aux gags d’être trop prévisibles.

Le jeu d’acteur porte le film : Valérie Donzelli interprète avec beaucoup de justesse une mère célibataire totalement dépassée par les événements, Pierre Deladonchamps campe un journaliste agacé de devoir travailler avec Maud, son ex petite amie mais dont il est toujours amoureux, et Thomas Scimeca endosse à merveille le rôle d’un ex-mari envahissant et complètement ahuri. La maire de Paris et l’avocate de Maud Crayon (respectivement jouées par Isabelle Candelier et Claude Perron) n’ont quant à elles aucun mal à présenter une allure excentrique, presque caricaturale des deux professions, mais qui reste crédible.

Ce film drôle et burlesque, dont la sortie nationale est prévue pour le 18 décembre prochain dans les salles obscures, est ainsi le dernier à avoir été tourné avant l’incendie qui a ravagé une partie de Notre-Dame de Paris. Un hommage involontaire, mais aussi une preuve que le cinéma français n’a pas fini de nous surprendre.

Camille ESTEVE