décembre 07

Luthier, vivre difficilement de son métier

Nicolas Chassaing est luthier depuis 1997 dans la Rue Saint-Sauveur, au Cannet. Il partage la passion de son métier avec sa femme, Hélène Chassaing.

À peine entré dans la boutique cannetane, une odeur de chaleur et de bois s’empare des narines. Les violons, les violoncelles : ce sont les spécialités de Nicolas et Hélène ! À 17 ans, Nicolas Chassaing part en Italie, à Crémone, pour y faire ses études de luthier. Durant 4 ans, il y apprend les différentes techniques propres à ce métier. Soit réparer et rénover les instruments à cordes pincées ou frottées. Pendant ses études, il rencontre Hélène, avec qui il travaille depuis. Ils s’envolent ensuite pour s’installer aux Etats-Unis afin de donner des cours. Puis c’est le Mexique qui appelle Nicolas. Il est assistant professeur dans une école, dans ce pays où la musique est fortement présente dans les traditions. Il rentre ensuite en France pour ouvrir sa boutique avec Hélène, au Cannet, en 1997.

Nicolas Chassaing s’est installé au Cannet en 1997. ©CharlotteChevallier

“On travaille 50 heures par semaine, on ne compte pas les heures, on aime ce qu’on fait”, souligne Hélène, avant d’ajouter en riant : “enfin surtout [Nicolas], il ferait ce métier jour et nuit si je ne l’arrêtais pas !” Pour ces deux amoureux de la lutherie, le travail du bois est une des choses les plus importantes de leur métier. Construire, rénover, réparer, régler ou encore reprogrammer des instruments, fait partie de leur quotidien. 

Dans la Rue Saint-Sauveur, où ils sont installés, beaucoup d’artisans ont la désignation “métiers d’art”. Pour le couple de luthiers, hors de question de l’avoir. “On revendique notre statut d’ouvrier, certes, mais on ne joue pas aux artistes. L’essentiel c’est notre métier”, explique Nicolas.

Vivre de son métier ?

Mais tout n’est pas rose pour le couple. De nombreux soucis s’amoncèlent au dessus de leur tête. “Pour la première fois de ma vie, j’ai eu faim l’année dernière”, s’attriste Hélène. La part de revenu que les luthiers doivent verser à l’Etat est, pour eux, excessive. “On a un très petit atelier, donc on est obligés de faire une partie du travail de chaudronnerie chez mes parents”, explique Nicolas. ”Ca nous fait encore plus de frais à débourser.” Sa partenaire ajoute: “c’était vraiment dur, on ne pouvait pas se permettre de prendre un salarié, ça coûte trop cher. Moi-même je ne suis pas déclarée depuis 23 ans.” Les revenus qu’ils parviennent  à garder à chaque fin de mois sont extrêmement maigres, par rapport au travail fourni. “On ne peut pas faire notre travail correctement”, déplore Nicolas.

Une rude concurrence

La concurrence d’Internet est ardue et complique le travail du luthier. ©CharlotteChevallier

En plus de leurs problèmes financiers, ce duo de luthiers fait face à la concurrence Internet. “Souvent, les gens ne savent pas ce qu’ils achètent sur Internet. Ils ne s’y connaissent pas assez. En général, c’est bien moins cher et aussi d’une plus mauvaise qualité”, précise Hélène. “De toute façon, on ne touche pas un instrument qui provient d’Internet, et sur lequel aucun travail de luthier n’a été effectué”, appuie son acolyte. Même les plus grands professeurs conseillent à leurs élèves d’acheter un instrument sur Internet. “Malheureusement, ils n’arriveront jamais à avoir de bonnes tonalités, ou à jouer correctement”, soupire Nicolas. Le couple regrette l’ancienne génération d’ouvriers, à l’époque où Internet ne piétinait pas le travail artisanal de chacun. 

Charlotte CHEVALLIER / Lauryne GUIGNARD