Discorde autour de la figure de Zwarte Piet aux Pays-Bas

Pour la première fois, la représentation de Zwarte Piet, l’acolyte de Saint Nicolas aux Pays-Bas, a été modifiée. Une modification qui a provoqué de violentes réactions des militants traditionnalistes et racistes.

Les 6 et 7 novembre, à Apeldoorn, les marques de charbon se sont substituées au masque noir intégral. © Paulo Amorim/AFP

Zwarte Piet est mort. Après plusieurs années de condamnations à corps et à cris par les militants antiracistes, la figure de l’acolyte de Saint-Nicolas a été réformée. L’homologue néerlandais du Père Fouettard était entièrement présenté le visage peint en noir. Mais pas cette année. 

Pour la première fois, Saint Nicolas n’était pas accompagné de ses serviteurs habituels, maquillage noir, grosses lèvres rouges et perruques afros. Lors du défilé national d’Apeldoorn (à 90 km d’Amsterdam), retransmis sur toutes les télévisions du pays, les visages des figurants n’étaient marqués que d’un peu de maquillage imitant la suie, comme c’est déjà le cas depuis des années lors des célébrations de Saint-Nicolas en France et en Allemagne.

Le personnage du Père Fouettard est, comme le culte de Saint-Nicolas, commun aux folklores allemand, belge, néerlandais et du nord-est de la France. Mais chez les populations néerlandophones, le saint serait venu du sud de l’Espagne durant la période où cette région était gouvernée par le califat de Cordoue et amenant leur version du Père Fouettard, Zwarte Piet, dans ses bagages. C’est de là que serait tiré la représentation caricaturale du personnage. Une représentation devenue de plus en plus polémique au fur et à mesure qu’il dérivait du statut de croquemitaine égal de Saint-Nicolas à celui de serviteur facétieux. Ce sont ces polémiques qui l’associait à des derniers reliquats de colonialisme et du « blackface » (fait pour une personne caucasienne de se maquiller selon des traits caricaturaux attribués aux populations noires, ndlr) qui ont motivé la télévision publique à agir..

Pegida s’immisce dans le débat

Dans nos sociétés bien plus cosmopolites que le seixième siècle où trouve son origine la traditio, cette décision semble aller dans le bon sens mais de nombreuses autres villes ont autorisé des Zwarte Piet traditionnels à défiler. En effet, la décision divise aux Pays et a provoqué de vives réactions. Le défilé d’Apeldoorn s’est déroulé sous haute surveillance. Ce qui n’a pas empêché onze manifestants du mouvement Pegida (Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes, « Les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident » en français, ndlr) de tenter de rallier le défilé, le visage peint comme à l’accoutumée.

Edwin Wagensveld, leader de Pegida aux Pays-Bas, figure parmi les onze personnes interpelées à Apeldoorn. ©ANL

Au début du mois de novembre, des violences avaient déjà eu lieu en marge d’un rassemblement de militants anti-Zwarte Piet à La Haye. Les vitres du bâtiment où avait lieu la réunion ont été brisé par des soutiens traditionnalistes de Zwarte Piet.

La semaine précédente, trois hommes ont été arrêtés à Utrecht et Leyde. Ils ont distribué des textes menaçants et incendiaires sur les médias sociaux au sujet de la l’entrée de Saint Nicolas dans Apeldoorn. Comme ceux interpelés à Apeldoorn, ils ont été libérés après la manifestation.

Félix Paulet