décembre 13

Rap contestataire au Maroc : une rébellion musicale qui date…

Condamné à un an de prison lundi 25 novembre, pour « outrage à fonctionnaire public », le rappeur marocain Gnawi a lancé pour sa défense « Je suis un artiste, mon boulot c’est de défendre mes droits et les droits du peuple. Ce n’est pas la première fois que je subis une humiliation de la police. Depuis que je suis né, je ne cesse de subir des humiliations » devant le tribunal de Salé. Car selon son avocat l’artiste de 31 ans est avant tout poursuivi pour sa dernière chanson « 3acha cha3b » (Vive le peuple en dialecte marocain)

En effet, le rappeur Gnawi est l’un des coauteurs avec les rappeurs Ould l’Griya et Lz3arde la désormais populaire chanson « 3acha cha3b », dont les paroles « sans filtres » dénoncent « l’injustice et l’accaparement des richesses dans la société marocaine » et attaquent directement le roi. Celle-ci cumule 16 millions de vues sur YouTube après avoir occupé pendant plusieurs jours la tête des tendances marocaines sur la plateforme Youtube. Mais Gnawi n’est pas le premier rappeur à revendiquer des messages de contestation politique et socialeet à en payer les frais au Maroc.

« L7a9ed » : trois condamnations en trois ans

Avant lui il y avait le rappeur « L7a9ed » (le rancunier en dialecte au Maroc) qui décrivait son rap comme « pénitencier » puisqu’il considérait le Maroc, et en particulier son quartier (al Wifak) comme une prison à ciel ouvert (le quartier en question est surnommé Oukacha,du nom de la prison qui porte le même nom).De 2011 à 2013, le rappeur est arrêté à trois reprises: coups et blessures à la suite d’une altercation avec un militant se revendiquant «monarchiste ». La deuxième fois à cause du titre d’une de ses chansons, « Kilab Al-Dawla » (les chiens de l’État), où il dénonce la corruption au sein de la police. Le rappeur est alors accusé d’« insultes à l’égard des autorités » et « outrage à un corps constitué ». Il est condamné, le 11 mai 2012, à un an de prison ferme. En réponse à sa condamnation le rappeur avait ironisé au micro de France 24 « si je devais m’excuser auprès de quelqu’un, ce serait les chiens. Eux au moins n’agressent personne ». Il est condamné une dernière fois à quatre mois de prison pour « ébriété sur la voie publique », « atteinte à agents des forces de l’ordre », « insultes » et « ventes de billets au marché noir » en 2014.

Don Bigg ou Lkhasser

Provocateur, Don Bigg est un Rappeur socialement engagé certes plus « soft » que Gnawi et l7a9ed mais ces paroles font son succès depuis ses débuts en 2006. Il exprime son opinion et s’attaque aux débats politiques tout en traitant des problèmes sociétaux…il chante « Welli bghaw y chafroliya bladi Ntiri fdinmhoum » (ceux qui veulent voler mon pays, je flingue leur race), Ou encore « drari makhedamamaredama » (des jeunes sans boulot), de « bladelhegra » (le pays de l’humiliation), de « lferhfgloubnamameblassi » (pas de place pour la joie dans nos cœurs), « fhadlbladakhouyamakaynche kif tenssa » (dans ce pays mon frère, pas moyen d’oublier) de la chanson « misiriya » (la misère).

Lmoutchou, défenseur des libertés individuelles ?

Pour Lmoutchoualias Mobydick, le rap marocain est trop policé. Il l’ennuie tellement qu’il en a fait une chanson, « Ta9afet L’Hiphop » (« la culture hip-hop »), sur son album sorti en 2016. Ce n’est pas la première fois que le rappeur chante un morceau engagé, il avait sorti fin septembre « Bghinataghyir » (nous voulons le changement). Une chanson qui appelle au respect des libertés individuelles. Une chanson très critiquée par les internautes puisque celle-ci coïncidait avec la période des votes et que son message résonnait étrangement avec le slogan du Parti authenticité et modernité (PAM), « le changement maintenant ! ».

Il faut savoir que l’origine et l’essence même du rap est la contestation, le mot « rap » provient du verbe To rap qui signifie « bavarder, blâmer, baratiner » en slang (argot anglophone américain). Le Dictionary of American Slang de Wentworth et Flexner donne pour définition au verbe « parler ouvertement ou franchement, reconnaître, faire connaître à quelqu’un ». Il est donc tout à fait logique que le rappeur soit engagé.

Manal Zainabi