décembre 24

Liberté de la presse où es-tu?

Au départ dans les manifestations des gilets jaunes, et maintenant dans celles contre la réforme des retraites, les violences commises envers les journalistes ne cessent d’augmenter. Journalistes, pigistes et photographes s’expriment sur les réseaux sociaux pour montrer leur colère, mais également les failles d’un gouvernement qui ne protège pas ces « défenseurs de la liberté d’expression ».  Que se passe-t-il dans ces manifestations ? Comment les « grands » médias traitent-il ces informations ? Que deviennent ces journalistes qui osent prendre la parole ?

Une étude Dentsu Consulting et Netino by Webhelp pour l’ONG Respect Zone, révèle que 45 000 messages de commentaires cyber-violents sont recensés par mois à l’encontre des journalistes et de leur média.

Ces dernières semaines de manifestations, principalement celles contre la réforme des retraites, ont été marquées par des violences physiques et verbales à l’encontre des journalistes. « Au-delà de la manifestation des “gilets jaunes”, il y a de la part des forces de l’ordre un comportement identifié et similaire envers les journalistes, peu importe le lieu et le cadre » déclare Jérémie Assous au journal Le Monde, avocat en droit des affaires, droit pénal et droit social. Des confiscations de matériels journalistiques comme des appareils photos ou des caméras, des tirs de LBD, de flashball, des coups de matraque… des événements qui sont loin d’être rares pour de nombreux journalistes, photographes, et pigistes. Nombre d’entre eux témoignent à travers les réseaux sociaux, sur Twitter le plus fréquemment, à travers des vidéos ou des photos qui traduisent un climat de haine et de violence envers les médias et ceux qui y travaillent. Le vendredi 14 décembre 2019, l’avocat Jérémie Assous a envoyé un courrier au préfet de police de Paris, Michel Delpuech, au procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, et au ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, pour les avertir du dépôt de vingt-quatre plaintes de photographes et de journalistes pour des altercations avec les policiers. Huit de ces procédures, comme le rapporte le journal Le Monde, traitent de faits de violences avec arme, des plaintes concernant des événements antérieurs aux mouvements des « gilets jaunes », remontant même jusqu’aux manifestations contre « la loi travail » de 2016.

Une parole qui se libère sur les réseaux sociaux

Yann Foreix, journaliste au Parisien, dénonce sur Twitter à l’appui d’une photo son casque de moto endommagé par une munition de lanceur de balle de défense, LBD40, tirée par un CRS positionné à deux mètres derrière lui. Eric Dessons, photographe au Journal du dimanche, dénonce également sur le réseau social, avoir été violemment agressé à deux reprises par une matraque télescopique d’un policier, alors qu’il prenait des photos. Le premier s’en sortira avec un hématome sur la nuque, le deuxième avec une fracture de la main et quatre semaines d’arrêt de travail. Lors de la manifestation du 5 décembre à Paris, Mustafa Yalcin de l’Agence Anadolu, a été grièvement blessé par une grenade de désencerclement et très probablement perdu l’usage d’un œil, malgré le port d’un casque de protection. Trois exemples de journalistes et photographes attaqués volontairement dans le cadre de leur profession, et qui sont loin d’être des cas isolés. 

Plus récemment encore, une vidéo sur Twitter révèle des violences physiques à l’encontre de deux étudiants en journalisme à l’ESJ de Lille, alors qu’ils participaient à la manifestation contre la réforme des retraites à Lille le jeudi 12 décembre dans le cadre d’un travail journalistique. Baptiste a été « violemment arrêté et plaqué au sol » vers 16h40 alors qu’il faisait des photos d’une interpellation en cours. Quentin a été « arrêté et emmené à l’intérieur du commissariat », déclarent les étudiants de l’école présents sur place au moment des faits. « Choqués », ils condamnent ces arrestations et dénoncent une « tentative d’intimidation de la presse » et une « restriction à la liberté d’informer » indique le magazine Le Figaro. L’ESJ s’est alors exprimé par le biais d’un communiqué, et de nombreuses écoles de journalisme en France reconnues par la profession, ont emboitées le pas en soutenant les étudiants à travers des communiqués ou des photos, afin de s’opposer à ses violences et ses encontre à la liberté de la presse et à celles de la profession.

Reporters Sans Frontières lance un cri d’alarme

Un communiqué publié le 17 décembre 2019 sur la page officielle du site de Reporters Sans Frontières, dont le slogan est « Pour la liberté de l’information », dénonce les interpellations violentes et les conséquences sur la profession des journalistes. Il parle d’une « banalisation » des violences policières sur les journalistes « sous toutes les formes ». « On ne compte plus les témoignages de séquelles physiques –- hématomes causés par des coups de matraques, brûlures causées par l’explosion de grenades de désencerclement –- ou les récits d’entraves à l’exercice du journalisme après des destructions de matériel ou des placements en garde à vue » indique nettement l’organisation. On apprend également que Pauline Adès-Mével, responsable de la zone union européenne de RSF (Reporters Sans Frontières), invite le ministère de l’Intérieur « qui planche depuis des mois sur un schéma du maintien de l’ordre, adresse enfin des consignes fortes à l’attention des forces de l’ordre les enjoignant à respecter l’exercice du journalisme dans les manifestations ». Rappelons enfin, que la presse française se situe à la 32e place dans l’édition 2019 du classement mondial de la liberté de la presse.

Fanny Gallezot