février 05

Chili : des manifestations jusque dans les stades

Des supporters chiliens ont envahi le terrain lors de la rencontre entre Coquimbo Unido et Audax Italiano ce samedi 31 janvier. © Lucarne Opposée

Le match entre les clubs chiliens de Coquimbo Unido et Audax Italiano a été interrompu ce samedi. Au quart d’heure de jeu, des supporters de l’équipe locale, Coquimbo, envahissent la pelouse pour exhiber leur message : « calles con sangre, canchas sin fútbol » , en français « rues ensanglantées, stades sans football ». Un message qui fait écho à la mort de Jorge Mera, l’un des spectateurs de la rencontre entre Colo Colo et Palestino ce 28 janvier, renversé par un policier.

Suite à l’envahissement du terrain par des supporters de Coquimbo, la rencontre face à l’Audax Italiano a été définitivement interrompue par l’arbitre Cristián Droguett.
© Twitter – Canal del Fútbol

Une situation qui dégénère

Depuis deux mois et demi, le Chili traverse une crise sociale qu’il n’avait plus connu depuis la chute d’Augusto Pinochet en 1990. Le président actuel, Sébastian Pinera, est pointé du doigt par les manifestants qui exigent une justice sociale dans leur pays. Le Chili souffre de graves inégalités, notamment à cause de la politique ultralibérale instaurée durant la dictature. Les manifestants ont investi la Plaza Italia de Santiago, devenue l’un des symboles de la révolte chilienne. Officiellement, plus de 20 personnes sont mortes dans les manifestations, dont au moins 5 ont été abattues par les forces de l’ordre. 350 personnes ont été blessées par des bombes lacrymogènes dans tout le pays. L’église San Francisco de Borja, utilisée par les membres de la police à des fins personnels, a été symboliquement incendiée.

La voix des supporters s’élève

Les barras bravas (ndlr : nom donné aux groupes de supporters en Amérique latine) s’impliquent eux aussi dans le conflit. Dans les stades, on entend des chants dans lesquels le président Pinera est accusé « d’assassiner comme Pinochet ». Alors que le policier responsable de la mort de Jorge Mera a été placée en liberté conditionnelle, les groupes de supporters s’unissent pour un même combat. Ils réclament la suspension du championnat jusqu’à ce que justice soit faite et menacent les autorités de nouveaux débordements lors des prochaines rencontres. Le président de la Fédération chilienne de football Sébastiàn Moreno ne semble pas s’en préoccuper. Il a publiquement qualifié les barras bravas responsables des débordements de « délinquants » : « le football n’est pas coupable de ce qu’il se passe ». La confrontation entre l’Universidad de Chile et Curico Unido a donc bel et bien eu lieu ce week-end.

Des mesures de sécurité suffisantes ?

Le conflit politique entre les supporters et la fédération a poussé Sébastiàn Moreno à renforcer la sécurité dans les stades. A la suite des incidents sur la pelouse du Francisco Sanchez Rumoroso de Coquimbo, des mesures fortes apparaissent comme nécessaires pour assurer la sécurité des joueurs, des barras bravas, mais aussi des policiers. Moreno assure, de son côté, avoir contacté les clubs concernés et pris les dispositions nécessaires. Des groupes de manifestants ont appelé à bloquer l’entrée des stades pour empêcher la tenue des matchs de championnat. Les autorités chiliennes ont décidé de mettre en place un dispositif exceptionnel, prévoyant notamment un déploiement massif de policiers aux abords des terrains.

Mathéo GIRARD et les membres du Douzième Homme : Théo SIVAZLIAN, Loic BESSIERE, Corentin SACHET et Dorian VIDAL.