février 12

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Le hip-hop underground mis à l’honneur à Nice lors de la troisième soirée Jump Around

Des concerts de musique urbaine ont été organisés le 11 janvier au C’Factory, bar situé au sein du MAMAC de Nice

  Le calme ordinaire du Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice semble avoir disparu le temps de cette soirée. Le samedi 11 janvier, le bar-restaurant C’Factory a accueillé, en intérieur, les concerts de la troisième édition des soirées Jump Around. Elle était consacrée à la culture urbaine. Cette soirée était en collaboration avec le média musical Kult, focalisé sur le hip-hop underground et l’organisation d’événements. « C’est notre deuxième partenariat, il n’est pas exclu qu’on le renouvelle » explique Christophe, le responsable du bar. Des rappeurs niçois étaient présents comme Bosko. L’artiste parisien Moyà mais aussi Captaine Roshi la « tête d’affiche » selon les fondateurs de Kult, était aussi convié à partir de 23h.

Un lieu de rassemblement pour les adeptes de la culture urbaine

  Ici, impossible de ne pas trouver de casquettes Ralph Lauren, de capuches fixées sur les têtes ou de vêtements hype – c’est-à-dire à la pointe de la mode pour s’exprimer dans un langage plus universel. Le code stylistique du public de ce type de soirée est facilement identifiable. «Notre établissement est habitué aux musiques électroniques. La clientèle est totalement différente par rapport aux autres soirs » affirme le responsable du C’Factory. Les gestuelles nonchalantes remplacent les danses électriques qui animent habituellement le bar. Les artistes de l’événement représentent pour la plupart une nouvelle vague au sein de la trap française. La trap est un courant du hip-hop provenant d’Atlanta, reconnaissable par ses divisions temporelles rapides, ses basses proéminentes et des paroles souvent crues. On est loin d’un rap fédérateur et « mainstream ». Les participants sont écoutés par un public restreint. C’est un hip-hop underground, presque communautaire. Il suscite un vif intérêt pour les auditeurs, à l’instar de la musique du rappeur Freeze Corleone, un des représentants actuels de cette mouvance.

  Les basses profondes caractéristiques de la trap font trembler la salle. Les refrains entêtants et les gimmicks – ces expressions et onomatopées souvent amusantes qui rythment un morceau – sont criés par les spectateurs. De violents pogos secouent la partie du public qui a eu le courage de se placer devant la scène. La superficie et la disposition du bar semble inadaptée à des concerts suscitant un tel engouement. En témoigne Captaine Roshi, lors de sa représentation, qui voit son backeur chuter à la suite d’un mouvement de foule. Le membre du groupe Ultimate Boyz déclare : « Ma musique c’est avant tout kiffer l’instant. Mon style c’est un mélange de folie et de joie. Je voulais vraiment quelque chose avec beaucoup d’énergie. » C’est sûrement la raison du nom de sa première mixtape, Attaque, sortie en novembre 2019.

Un message derrière le divertissement

  Les chansons contiennent des paroles volontairement désinvoltes au profit d’une musicalité dansante. La musique n’en est pas dénuée de message pour autant. « Je voterai jamais pour Marine Le Pen » chante le rappeur niçois Bosko. Les artistes de cette troisième édition de Jump Around font l’éloge d’une diversité propre à la culture urbaine et évoquent les difficultés et injustices qu’ils ont pu rencontrer. « Etre derrière le micro, c’est aussi une façon pour moi d’extérioriser. » confie Moyà au magazine musical Views. Des titres de chansons issues de sa dernière mixtape Tapis Persan comme « Blues » ou « R.E.B » sont représentatives des thématiques du désintérêt vis-à-vis de la routine du milieu du travail.

Une occasion pour le rap d’être valorisé dans la région

  Le Niçois Bosko voit cette soirée comme une opportunité : « La région ne propose que rarement des événements liés aux musiques actuelles ». Il ajoute qu’il est selon lui « indispensable de développer la scène locale et de donner de la visibilité aux jeunes artistes ». Malgré l’accueil d’événements musicaux comme, depuis deux ans, la fête de la musique diffusée sur France 2, la ville de Nice ne connaît pas une implémentation importante de la culture hip-hop. Une relation compliquée avec le rap comme l’illustre la dénonciation ferme en novembre 2018 par le maire Christian Estrosi et la municipalité de Nice des clips du rappeur niçois AK, jugés violents.

  Alexandre et Sharley, respectivement vidéaste et technicien à Kult, ont pour but de changer la vision du rap dans la capitale azuréenne : « Il faudrait que les gens comprennent que le hip-hop n’est pas quelque chose de mauvais ». Leur objectif est de mener à bien un événement mensuel pour s’imposer sur le territoire niçois. La réception d’une centaine de spectateurs était espérée par le responsable du C’Factory. 318 personnes ont été comptées dans le public. Un rendez-vous qui permet déjà de rassembler les amateurs de musique urbaine.

Ailvin Tourtelier et Adrien Pain