Gréolières-les-Neiges, la Belle au bois dormant

Bienvenue à Gréolières-les-Neiges, dans les Alpes-Maritimes, pour une immersion en trois étapes dans notre web-série. Revivez le voyage dans la station de ski azuréenne, pour mieux comprendre les problématiques auxquelles sont désormais confrontées les villages de moyenne montagne, avec un enneigement qui faiblit. 

Gréolières-les-Neiges, situé entre 1400 et 1800 mètres d’altitude, illustre la menace que fait peser le réchauffement global sur les stations de moyenne montagne. La hausse des températures modifie l’enneigement de ces écosystèmes à l’économie déjà fragile, les skieurs se raréfient, mais ces lieux peuvent encore espérer un bel avenir.

-Premier épisode : Gréolières-les-Neiges, station fantôme

Pour en savoir plus, nous nous sommes rendus sur place, à Gréolières-les-Neiges, dans l’arrière-pays grassois dans les Alpes-Maritimes. À notre arrivée, le front de neige de Gréolières ne ressemble en rien à ce que l’on pense trouver en plein de mois de février dans une station. Un front de neige désert, balayé par un vent assourdissant, des remontées mécaniques à l’arrêt et des loueurs de skis barricadés. Plus en arrière dans la station, les pancartes « fermés » ou « à vendre » semblent légions. On ne croise pas âme qui vive et difficile de trouver un lieu pour se restaurer. Nous nous interrogeons, nous sommes-nous trompés d’adresse ?

L’exaspération d’un ancien restaurateur nous aide à mieux comprendre la situation. Les conséquences de l’absence de chute de neige depuis deux mois se manifestent sous nos yeux. Gréolières est à l’arrêt complet. Quelques mots échangés avec des employés de la station. Privés de toute activité à cause du vent, ils se veulent tout de même rassurants. Habituellement, des groupes de scolaires remplissent les pistes alimentées par de la neige de culture. Nous sommes dépaysés, presque apeurés d’observer dans un décor pourtant à couper le souffle si peu de mouvement. Un désarroi partagé par Luc, le seul skieur croisé ce jour-là, venu, en vain, apprendre à son compagne la godille. « La station est morte », lâche-t-il désabusé. C’est un habitué des lieux et un natif de la région. Le lendemain, nous nous demanderons pourquoi la neige s’est effacée des flancs de la montagne.

-Deuxième épisode : Gréolières-sans-Neige, pourquoi ?

À Gréolières, on nous confie que ça fait trois saisons que la neige n’est pas vraiment au rendez-vous, c’est même « l’apothéose » cette année. Derrière ce constat, une réalité climatologique. Pour comprendre pourquoi la poudre blanche est capricieuse, nous avons interviewé un climatologue, Alain Mazaud, du Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement. Ce dernier nous confirme que le réchauffement climatique est bien responsable. Sur les trente dernières années, la tendance est claire, les chutes de neige sont moins nombreuses, moins intenses et la saison à tendance à se décaler avec un mois de mars sous le signe de l’or blanc, au détriment des mois de janvier et février. Pis, la France a perdu 40 jours d’enneigement par an en 50 ans ! 

Et les canons à neige ne sont pas une solution. D’abord ce n’est pas très écologique, on ne remplace pas mère nature sans utiliser de l’énergie. Ensuite il faut qu’il fasse froid si l’on veut que la neige de culture tienne. Nos différentes discussions nous amènent à une conclusion évidente : les stations à l’image de Gréolières-les-Neiges, qui vont bénéficier d’un enneigement toujours plus faible, doivent se diversifier, proposer autre chose que du ski. Mais l’absence du manteau blanc entraîne des conséquences plus profondes sur le village. Suite !  

-Troisième épisode : Un village endormi en attente d’un nouveau départ 

Dans ce spectacle presque macabre, les volets fermés trahissent un marché de l’immobilier en berne, avec des prix au plus bas. Avec Yann, on se demande même si on ne va pas repartir de la station en achetant un appartement, tellement les prix sont dérisoires (38 000 euros pour un 26 m2). Bon, nous sommes étudiants, on a préféré commander une bruschetta à la seule cafétéria ouverte. Souvenez-vous, nous avions croisé un ancien restaurateur, alors qu’il promenait ses chiens. À cette occasion, il nous a donné un numéro de téléphone… Mais pas que. Il nous fait part de sa déception, de sa colère. Le sexagénaire a des choses sur le cœur, mais ne peut pas tout dire. Il dénonce « des magouilles politiques » et fustige l’immobilisme des acteurs et élus locaux, peu préoccupés par le destin de Gréolières-les-Neiges. Le départ des skieurs affecte l’immobilier, les commerces, … Et ont laissé derrière eux une ville en sommeil.

Notre discussion avec cet homme qui promène ses chiens nous intrigue, vraiment. Il y a quelque chose à creuser ici. Le numéro de téléphone qu’il nous a communiqué, c’est celui de Stéphane Ciarka, président de l’Union des Propriétaires sur Gréolières-les-Neiges. Cette association rassemble des propriétaires en colère, qui appellent de leurs vœux au réveil de la station, convaincus de son potentiel et souvent amoureux de l’endroit. Nous rencontrons Stéphane dans un café à Villneuve-Loubet, accompagné du secrétaire de l’association, Gérard Altman. Les deux hommes nous dépeignent un village miné par un état d’esprit peu enclin à faire bouger les choses dans la station. Et en effet, les prix ont chuté : « J’ai acheté un appartement 115.000 euros en 2013, aujourd’hui dans le meilleur des cas, il en vaut 70.000 », explique Stéphane. Eux aussi dénoncent l’action ou plutôt l’inaction des décideurs, qui ont laissé la ville sombrer, sans anticiper un phénomène climatique et social loin d’être arrivé soudainement.

Pourtant, bien que ce soit les premiers concernés, ils se veulent optimistes sur l’avenir de leur station. Le manque de neige, c’est une chose, mais cela n’enlève pas le charme d’un endroit, et surtout son potentiel ! Pour Gérard, on peut décliner une activité hivernale en une multitude de loisirs pour toutes les saisons. « Prenez les chiens de traineaux », dit-il, « vous pouvez aussi mettre un chariot à roulettes derrière. Le plaisir sera le même ». Ce qu’il manque à Gréolières-les-Neiges, ce n’est pas l’or blanc, c’est un réel élan, un souffle nouveau qui lui permettra de devenir un endroit rêvé, et non plus déserté. « Si j’ai besoin de souffler, je quitte la côte, une heure après, je suis au milieu des montagnes et de l’air frais à Gréolières », confie Stéphane. La station est en effet parfaitement située ; proche de la côte, elle est à moins de trois quarts d’heure de Grasse « et avec des infrastructures irréprochables », ajoute Gérard. Gréolières-les-Neiges n’en aura peut-être bientôt plus que le nom, mais cela n’enlève rien à sa beauté. Un jour, les choses changeront, et la Belle au bois dormant sortira de sa torpeur.

Yann Deflorin

Guillaume Laclotre