mars 17

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« Le Cas Richard Jewell » : un nouveau portrait signé Clint Eastwood

Dans son nouveau film intitulé « Le Cas Richard Jewell », Clint Eastwood revient sur l’histoire vraie d’un agent de sécurité américain suspecté d’être à l’origine de l’attentat des Jeux Olympiques d’Atlanta de 1996.

Richard Jewell (au premier plan à gauche) a été victime d’un acharnement médiatique durant la période d’enquête le concernant. © Warner Bros 

Pour Clint Eastwood, cela devient une habitude de s’appuyer sur une histoire vraie pour guider ses films, tout en laissant le spectateur en pleine réflexion morale. C’était déjà le cas avec Invictus (2008), Sully (2016) ou encore plus récemment Le 15h17 pour Paris (2018).  Le Cas Richard Jewell (2020) n’échappe pas à ce qui commence donc à devenir une règle : l’ancrage dans le réel. 

Ce film dramatique et biographique revient sur l’histoire de Richard Jewell. Agent de sécurité aux Jeux Olympiques d’Atlanta de 1996, cet honnête citoyen américain semble embrasser un rôle de héros lorsqu’il alerte les autorités sur la présence d’une bombe lors d’un concert, permettant de sauver de nombreuses vies. Car « c’est en prenant des décisions que l’on protège des gens quand on est flic ». Mais le personnage ici interprété par Paul Walter Hauser est vite suspecté par le FBI. Une enquête est ouverte et ne tarde pas à fuiter dans la presse par le biais d’une journaliste arriviste du nom de Kathy Scruggs, jouée par Olivia Wilde. Très vite, l’expérimenté Clint Eastwood (qui fêtera ses 90 ans en mai prochain) s’attache à nous exposer les faits de manière brute, optant pour une mise en scène claire, efficace, et sans fioritures. 

Un film qui colle au réel 

L’autre choix du réalisateur, c’est l’introduction d’images d’archives. Authentiques et marquantes, elles permettent de se rendre compte de la ressemblance frappante entre Paul Walter Hauser et le véritable Richard Jewell. On note aussi l’introduction d’éléments de la culture populaire de l’époque : la danse de la Macarena ou l’athlète Michael Johnson sont des références récurrentes au sein du long-métrage de 129 minutes estampillé Warner Bros. C’est par cet aspect documentaire qu’Eastwood place le spectateur à distance, seul face à cette histoire, libre de juger. Car jugé, Richard Jewell l’est continuellement au cours du film. Par les autorités fédérales, d’abord, à l’instar de l’agent Tom Shaw (Jon Hamm) dont le point de vue est fréquemment adopté. Puis par le grand public, trompé par une presse en perte de vitesse  qui doit à tout prix vendre afin de survivre à la concurrence qu’impose la télévision. 

Bien que majoritaire, le point de vue de Richard Jewell et de ses proches (ici sa mère au centre et son avocat à gauche) n’est pas le seul a être représenté. 
© Warner Bros 

Tous les points de vue apparaissent donc à l’écran. Quand bien même on assiste, spectateurs, à l’action héroïque de cet agent de sécurité en début de film, la remise en cause de l’innocence de Jewell est rendue compréhensible par des éléments de scénario.En témoigne sa passion pour les armes à feu : les exercices au stand de tir et la présentation de la collection d’armes du personnage éponyme en font le suspect idéal. Une collection d’armes qui, comme son propriétaire, a élu domicile chez Bobi Jewell, la mère du « héros d’un jour ».

Interprétée par l’excellente Kathy Bates (nommée aux oscars pour ce rôle), Bobi Jewell est par son comportement, inévitablement associée à celui de la plupart des mères qui vivraient la même situation. Elle apparaît comme étouffée; dépassée par les accusations qui visent son fils ainsi que par une armée de journalistes campant devant son modeste appartement. Car oui, Eastwood en vient à noyer sa caméra dans une masse de reporters. Et cela à un tel point qu’est parfois donné au film des allures de reportages. 

« L’autorité va vous bouffer tout cru » 

Lors d’autres passages, c’est même à une conférence de presse que le film peut faire penser. Toujours plus ancré dans les faits donc. Comme si à la manière de l’avocat de Richard Jewell (dont le rôle est revenu à Sam Rockwell), le réalisateur cherchait à reconstituer une chronologie des événements de manière quasi-documentaire. Même si dans cette oeuvre, le cinéaste ne dresse pas simplement le portrait d’un personnage en particulier, il dresse le portrait d’une affaire symptomatique de la mentalité d’une époque. A savoir, toujours trouver un responsable pour expliquer une défaillance systémique. Distant, Eastwood préfère la retranscription à l’adaptation. Car nul besoin de prendre directement parti quand les faits exposés, se suffisent à eux mêmes. 

Dorian Vidal