mars 30

Elections municipales de Nice : ce qu’ont proposé les candidats au sujet de la musique

Un débat entre des étudiants et les candidats aux élections municipales niçoises a été organisé le 5 mars à la maison de l’Etudiant de Nice par l’association FACE 06. L’occasion d’évoquer la place de la musique au sein de leurs programmes pour la ville.

Christian Estrosi était le premier candidat à intervenir, à 17 heures, pour l’événement « Face aux jeunes » ce 5 mars sur la scène de la maison de l’Etudiant. Photo Adrien Pain

Logement, immigration, écologie, précarité… Des thématiques récurrentes occupent l’imaginaire collectif au cœur de la période des élections municipales. Et qu’en est-il de sujets en apparence plus légers – mais pas pour autant négligeables – comme la culture ?  Nice semble d’ailleurs avoir déjà une vie musicale avec par exemple l’accueil d’événements comme la Fête de la musique de France 2. La Fédération des associations et corporations étudiantes des Alpes-Maritimes (FACE 06) a permis, le soir du 5 mars, une rencontre entre les étudiants et les candidats aux élections municipales de Nice à la maison de l’Etudiant de la ville. A ce jour, les candidats restants sont Christian Estrosi et Philippe Vardon, qui seront départagés au second tour, reporté en réponse à la crise du COVID-19.

Le nom de l’événement était « Face aux jeunes ». Les échanges étaient concentrés sur les propositions pour la jeunesse des prétendants à la mairie niçoise. Amaury Baudoux, président de la FACE 06, considère que la musique constitue un centre d’intérêt majeur pour les jeunes et une arme de séduction. « Depuis que j’organise des événements pour les étudiants, je fais en sorte que la musique ait une place importante. La musique, c’est directement rassembleur. » exprime-t-il.

Entre aide à la création musicale et vision de la musique comme vecteur de l’identité niçoise

Les candidats passent tour à tour sur la scène. Un temps de parole de 25 minutes leur est accordé, divisé en une moitié de discours libre et une moitié de réponse aux questions des étudiants. Il a rapidement été prolongé à 35 minutes par la bavardise des candidats. Voici ce que l’on peut retenir à propos de leurs différents projets en lien avec la musique.

Le maire sortant Christian Estrosi propose le développement de l’apprentissage d’un instrument de musique pour chaque enfant. Il souhaite également poursuivre la restauration de l’Opéra de Nice et ouvrir un kiosque culture permettant l’information et l’achat de billets pour tous les événements culturels de la ville.

« Des lieux d’échange pour faire de la musique »

La liste de gauche « ViVA! » de Mireille Damiano propose l’ouverture de Maisons des Cultures et du Citoyen dans chaque quartier. Arnaud Linard, 50e représentant de la liste, confie : « Ce qu’on veut, c’est créer des lieux insonorisés, des lieux d’échange pour faire de la musique. Aujourd’hui, il n’y a plus de lieu pour la musique, pour que de petits groupes se fassent, alors qu’il y a une tradition musical incroyable »

Quant au candidat socialiste Patrick Allemand, il déclare aux étudiants vouloir « développer l’expression des jeunes des cités, des cultures urbaines à la fois par la musique et par la mise en avant du street art à l’Ariane ».

La mesure culturelle phare du programme culturel de Benoît Kandel pour « Nice pour tous » est la création d’une Maison de l’art, de la musique et de la création. L’objectif : « aider les artistes niçois à se développer » explique Jean-Marc Chipot, qui représentait lors du débat cette liste ralliée à « Debout la France ! ».

La liste « Nice écologique » menée Jean-Marc Governatori promet la création du festival musical « Green is Nice » et de l’aménagement de l’hôpital Saint-Roch en MJC. Il est intéressant d’observer que la culture est le deuxième point qui figure sur leur programme et que l’auteur-compositeur-interprète Mehdi Parisot, dont le nom de scène est Medi, fait partie de la liste.

La conférence était retransmise en live sur Facebook et gratuite pour les étudiants appartenant aux universités de l’académie de Nice. Photo Benjamin Wolf / FACE 06

« Je veux que les enfants ne connaissent pas juste « Nissa la bella » mais aussi « Cant de Villafranca » »

L’intervention de Philippe Vardon, candidat du Rassemblement National, n’a pas manqué de provoquer des réactions déchainées. Lorsque l’on coupe le débat interminable et passionné sur l’immigration pour l’interroger sur la culture, c’est presque un soulagement dans la salle. Selon lui, la culture niçoise doit être mise en avant pour conserver « l’âme de ville » et « rassembler des générations et des quartiers aujourd’hui fracturées ». Il affirme : « Je veux que les enfants ne connaissent pas juste « Nissa la bella«  mais aussi « Cant de Villafranca« . Il n’y a plus de commun créé. La culture sert à ça. »

Une position partagée par Christian Estrosi, qui veut développer un service municipal en charge des traditions et de l’identité niçoises. Sur le réseau social Instagram, il déclare d’ailleurs : « Merci à la musique des sapeurs-pompiers de la Ville de Nice d’animer nos marchés avec talent ! »

Clivage autour du projet de destruction du TNN de Christian Estrosi

Le Théâtre national de Nice (TNN) constitue un centre culturel majeur de la ville, accueillant des représentations théâtrales mais aussi musicales. Un réel débat de fond lors de la conférence du sujet du projet de la destruction du TNN par le maire sortant Christian Estrosi, promesse phare de sa campagne. Pour le candidat Benoit Kandel du CNIP-DVD (Centre National des Indépendants et paysans – Divers Droite), le TNN et Acropolis sont indispensables à la vie culturelle niçoise. Pour lui, l’initiative est d’autant moins compréhensible que « le complexe Acropolis a été primé en 2015 comme meilleur centre international des congrès ».

Le parvis de l’Acropolis, avant et après la réalisation du projet de Christian Estrosi. Photo DR

La question mérite effectivement d’être soulevée de par le prix conséquent du projet s’élevant à plus de 300 millions d’euros. Une joute verbale à laquelle se sont mêlés d’autres candidats comme Philipe Vardon ou encore Jean-Marc Governatori pour qui le projet n’est pas une priorité de vie des Niçois. Le socialiste Patrick Allemand a quant à lui déclaré qu’il fallait « sauver le théâtre national de Nice de la démolition et du gaspillage d’argent public ».

Nice, une ville déjà portée sur la musique ?

Une chose est sure, la plupart des candidats semblent vouloir faire de Nice une ville culturel. Souvent assimilée à son tourisme, la ville de Nice à une identité forte, ce que n’ont pas manqué de rappeler certain candidat comme Philippe Vardon ou Christian Estrosi avec leur projets grandement contestés. Depuis trois ans, Nice est au cœur de la culture en France avec les deux dernières éditions de la fête de la musique diffusé sur France 2 organisées sur la place Masséna. Cette année encore, les festivités auront lieu sur la place emblématique niçoise. Un fait intéressant est à souligner : la culture est grandement mise en avant dans cette campagne par rapport aux élections municipales de 2014.

Des événements se sont d’ailleurs multipliés dans toute la ville avec le premier carnaval étudiant organisé par la FACE 06 et des concerts de rap organisés pour la première fois au MAMAC (Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain) de Nice grâce au média indépendant Kult. Les candidats l’ont compris, les préoccupations des jeunes Niçois changent et les stratégies de campagne, par conséquent, aussi. Les étudiants sont souvent mobilisés notamment dans le cadre de protestations à propos du changement climatique, du mouvement des « gilets jaunes », des réformes du baccalauréat et de l’admission dans le supérieur… Une jeunesse qui paraît en somme davantage impliquée dans la vie politique française. Peut-être contribuera-t-elle dans ses prochains votes à faire de Nice une importante capitale culturelle.

Adrien Pain et Juan Tendero