Accès gratuit aux protections hygiéniques : état des lieux

L’Ecosse devient le premier pays au monde à voter l’accès gratuit aux protections hygiéniques.

Source AFP

Le Parlement autonome d’Ecosse devient le premier corps gouvernemental à voter l’accès gratuit aux tampons et serviettes hygiéniques. La proposition amendée le mardi 25 février 2020 par 112 députées va permettre aux écossaises d’obtenir sans aucun frais, des protections hygiéniques dans certains lieux tels que les pharmacies et les centres communautaires. La députée Monica Lennon, à l’origine de la proposition de loi, considère que ce texte “marque un tournant en normalisant la menstruation en Écosse et en envoyant le signal tangible du sérieux avec lequel notre parlement prend en compte les questions de genre”. L’Ecosse était déjà pionnière, la nation du Royaume-Uni avait voté en 2018 le libre accès aux protections périodiques dans les écoles et les universités.

Et en France ?

En France, selon l’association de lutte contre la précarité menstruelle Règles Elémentaires, 1,7 millions de françaises seraient concernées faute de ressources financières.« En France, pays développé, on disait « ça ne nous concerne plus » mais en réalité, il y a de plus en plus de femmes qui ne sont pas en mesure d’acheter des protections hygiéniques et c’est très préoccupant », dénonce Tara Heuzé, la présidente et fondatrice de l’association. Selon une étude Ifop réalisée en 2019 par l’association Dons solidaires une femme sur dix ne renouvelle pas sa protection périodique aussi souvent que nécessaire par manque d’argent. Cette fragilité pécuniaire peut se révéler très nocive. Garder un tampon plus de huit heures peut entraîner un syndrome de choc toxique dû au staphylocoque doré. Cette maladie infectieuse libère des toxines dans la circulation sanguine et entraîne une lésion de certains organes vitaux ( foie, poumons, reins), elle peut conduire à une septicémie et donc à la mort. Afin de faciliter l’accès parfois trop coûteux à ces produits pourtant indispensables à la santé, les universités de Lille, Rennes 2 et la Sorbonne distribuent gratuitement à ses étudiantes les protections hygiéniques de leur choix ( serviettes et/ou tampons). Les françaises membres de la mutuelle étudiante LMDE peuvent aussi bénéficier depuis le 1er avril 2018 d’un remboursement sur leur protections hygiéniques d’un montant de 25euros par an sur démonstration du ticket d’achat. Selon une étude du Monde, révélée en 2019, le montant des protections et antidouleur s’élève à 7,50 euros par cycle soit environ 90 euros par an pour une femme ayant des règles d’une durée et d’un flux « moyens ». On est bien loin des 25euros alloué par la mutuelle LMDE. Mis à part ces aménagements dans quelques universités, la France reste frileuse quant à l’introduction de la gratuité des protections périodiques. La sénatrice LREM Patricia Schillinger propose à Marlène Schiappa le 17 octobre 2019, un rapport au sujet de la précarité menstruelle. Elle estime que « La gestion de l’hygiène féminine et l’accès à des protections périodiques relèvent des droits humains : de la dignité, de l’égalité entre les femmes et les hommes, de l’accès à l’éducation, de la santé des femmes ».Suite au rapport de la sénatrice LREM, un communiqué de presse du ministère des Solidarités et de la santé, daté du 13 février 2020, annonce l’expérimentation en 2020 de la gratuité des protections hygiéniques dans des lieux fréquentés par des femmes précaires (centres d’accueil de jour, hôtels sociaux, centres communaux d’actions sociales) mais aussi dans les établissements scolaires (écoles, collèges, lycées).

Et dans le reste du monde ?

Aux Etats-Unis, l’accès gratuit aux protections périodiques est inégalitaire selon les Etats. En Californie, dans l’Illinois et l’Etat de New York, les établissements scolaires publics ont l’impératif de munir les toilettes de produits d’hygiénique féminine. En Allemagne, ce sont certains lieux publics comme des cafés et des musées et même certaines mairies qui sont équipés de protections périodiques. Depuis 2017, en Corée du Sud, les jeunes filles mineures issues des milieux les plus défavorisées bénéficient d’une carte qui leur permet de commander le produit d’hygiène de leur choix en magasin ou sur internet. A Séoul, dans la capital Sud-Coréenne, nul besoin de provenir d’un milieu modeste pour tirer profit de ce système.

L’accès gratuit aux protections périodiques reste très largement insuffisant. Des millions de jeunes filles et femmes manquent des jours d’école ou sont absentes à leur travail à cause du manque de ces produits sanitaires cruciaux. Ces millions de femmes attendent que les politiques gouvernementales soient plus attentives à ce facteur d’exclusion sociale.

                                                                                                Alienor Ruel