avril 25

La fin du marchand de sable ?

Le sable est la matière marchande la plus utilisée au monde et pourtant son usage a de graves conséquences écologiques et économiques

L’écrasante majorité des ressources terrestres en sable sont inexploitables, comme le sable de désert c: Pixabay

Matière la plus utilisée au monde après l’eau et l’air, le sable est au cœur de notre quotidien. Pour combien de temps encore ? Utilisé pour la verrerie, dans le numérique et surtout dans la maçonnerie, le sable fait partie des nouvelles routes de la soie qui le rendent indispensable dans nos sociétés de plus en plus modernes et connaissant une perpétuelle croissance urbaine. Disposant de 120 000 000 000 000 tonnes de sable pour 40 000 000 000 de consommées, la Terre semble pouvoir offrir des quantités inépuisables de sable. Pourtant, l’écrasante majorité des ressources terrestres en sable sont inexploitables, comme le sable de désert. En quelques décennies, une véritable géopolitique autour de cette matière première s’est organisée, qui, à termes, risque d’être lourde de conséquences environnementales et économiques. 

Un marché planétaire colossal : 

Avec l’industrialisation progressive de nombreux pays et la croissance démographique, l’essor urbain ne cesse de croître provoquant toujours plus de constructions, entrainant des demandes en sables de plus en plus importantes. Le sable marin faisant partie des rares ressources exportées de certains pays moins développés comme le Cap-Vert ou les Maldives, ces pays se sont mis en 20 ans à exploiter le sable de leurs plages en toute insouciance. Mais c’est surtout l’exploitation de masse effectuée par des pays comme les États-Unis, l’Australie ou la France, qui cause une exploitation abusive de cette ressource. Vendue pour environ 3 $ la tonne, le faible prix du sable renforce même davantage la volonté de pays importateurs comme le Canada, le Qatar ou Singapour à consommer. Deuxième consommateur mondial, la cité-État de Singapour ne cesse de s’étendre en construisant des terres sur la mer. Exemple de réussite économique, « la Cité du Lion » connaît une impressionnante croissance démographique, expliquant une étendue de 22 % depuis son indépendance en 1965. Ce petit pays d’Asie loin d’être un cas isolé fait en effet partie de ces nombreux pays ultradéveloppés, surexploitant toujours plus cette ressource si précieuse. 

Des conséquences écologiques et économiques : 

Récupéré au bord des plages ou au fond de la mer, les pénuries de sable marin commencent à se faire ressentir. En Floride ou aux Maldives, territoires où le tourisme est la première activité économique, 9 plages sur 10 sont menacées et soupçonnées de disparaître au cours des 20 prochaines années. En outre, la disparition du sable au bord des littoraux est en train de provoquer une disparition massive d’espèces endémiques et d’écosystèmes entiers, entrainant une baisse de la fréquentation touristique. En plus de la baisse des recettes provenant du tourisme, la perte massive de sable génère également un frein aux activités liées à la pêche. Mais bien au-delà des conséquences économiques négatives, cette pénurie crée de graves incidents écologiques. Le sable ralentissant la progression de la mer, son absence en certains endroits renforce la montée des eaux. Concernée par la montée des eaux suite au réchauffement climatique, des villes comme Miami sont plus que jamais exposées à des catastrophes naturelles fatales. Selon l’ONU, Miami et d’autres villes de la côte Est des États-Unis pourraient être entièrement englouties en moins de 15 ans. 

Juteux marché à court terme, le sable marin fait néanmoins partie de ces nombreuses ressources indispensables au quotidien, sur le point de disparaître. Irremplaçable pour le moment, la ressource tant convoitée s’épuise sans qu’aucune alternative ne soit encore envisageable. Les Nations Unies, impuissantes ne sont toujours pas parvenues à trouver une solution pour imposer une réglementation respectée à des pays peu soucieux de l’épuisement de cette ressource. Une timide prise de conscience apparaît néanmoins, notamment en Indonésie où le prix de la tonne de sable est passé de 3 à 196 $ pour limiter sa consommation. Des ONG telles que WWF ont également débuté des campagnes de sensibilisation sans réel succès à l’heure actuelle.

Mélie Lavaud