avril 27

Nice-Matin, entre passé et avenir

23h00, ce mardi 10 mars. L’effervescence gagne tout doucement l’imprimerie du quotidien régional Nice-Matin. L’édition du lendemain enfin bouclée, les rotatives peuvent commencer à tourner. Et permettre ainsi à 120 000 personnes potentielles, édition varoise incluse, de retrouver en kiosque leur journal préféré. Un véritable vecteur de lien social… qui cache, derrière ses locaux, une longue histoire.

Bavastro, une main de fer… dans un gant de fer

L’histoire de Nice-Matin, dont la première édition date du 15 septembre 1945, est intimement liée au destin d’un homme : Michel Bavastro. Ce nissart pur souche fut nommé PDG de l’entreprise en 1949. Bavastro est alors âgé de 41 ans : il ne le sait pas encore à cet instant, mais l’homme va passer presque un demi-siècle (47 ans) à ce poste. Une éternité… Catherine Rainero, salariée du journal qui a connu les années Bavastro, raconte. « C’était un patron qui aimait l’ordre, la discipline, le travail bien fait. Vous ne risquiez pas de voir un papier traîner par terre… Tout était soigné, à sa place. Ce n’était pas pour rien qu’il était surnommé ici Le Cobra ! ». En 1947, sous l’impulsion de son PDG, Nice-Matin était alors une société à participation ouvrière qui octroyait, à chaque salarié, le droit de percevoir une partie des bénéfices. L’entreprise, florissante, pouvait même se permettre de doubler le montant perçu pour les salariés les plus anciens ! Chose impensable de nos jours. Le règne de Bavastro est donc couronné de succès : profitant d’une conjoncture positive (époque des Trente Glorieuses), le PDG, visionnaire, achète même à la fin des années 1970 un terrain dans la plaine du Var pour y abriter une rotative. Son emplacement stratégique, entre le Var et la Corse pour l’acheminement des journaux, en fait un pari gagnant. En 1996, Michel Bavastro passe la main à son fils, Gérard : sauf que deux ans plus tard, celui-ci décède des suites d’une maladie grave. L’empire Bavastro vacille et Nice-Matin finit par être racheté en 1998 par Hachette. Le début d’un long fleuve tout sauf tranquille.

Incertitudes chroniques

Après 47 ans passés sous le règne d’un seul et même homme, Nice-Matin devient instable. Perd de sa superbe. Et le rachat du groupe en 2007 par Hersant ne fait qu’accroître cette tendance, comme l’explique toujours Catherine Rainero. « Le groupe Hersant avait une gestion très mauvaise, en faisant notamment remonter les bénéfices réalisés par Nice-Matin dans leurs propres filiales. Et si en plus, vous rajoutez à ça les fortes difficultés d’adaptation liées à l’arrivée d’internet… ». Cela devient presque mission impossible, serait-on tentés de conclure. En 2014, Nice-Matin se retrouve ainsi placé en redressement judiciaire. Le personnel lui-même décide alors de monter un dossier de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Avec pour but, de sauver le journal et leurs emplois. « Ce fut une formidable aventure commune, se remémore Rainero, mais ce n’était pas viable sur long terme. Nous avions besoin d’un investisseur ». C’est désormais chose faite, avec l’arrivée aux commandes de Xavier Niel.

Niel comme sauveur ?

Alors qu’il était en concurrence avec l’homme d’affaires franco-libanais Iskandar Safa, Xavier Niel vient de racheter Nice-Matin en février dernier. L’homme n’en est pas à son coup d’essai, lui qui possède déjà Le Monde, Le Nouvel Observateur ou encore France-Antilles. Mais pour l’heure, peu de choses ont filtré de ce rachat : si ce n’est « une restructuration de la rédaction et un organigramme bien plus précis dans les semaines à venir », comme l’indique Rainero. Une chose est sûre : les rotatives du 214 boulevard du Mercantour continueront elles chaque soir de tourner à plein régime… Perpétuant, pour le bonheur de ses lecteurs, une tradition vieille de 75 ans.

Théo Sivazlian.