États Unis : La population Afro-Américaine est plus touchée par le Covid-19

Aux Etats-Unis, la population noire est victime d’un taux de décès très élevé, aggravé par la précarité et un système de santé défaillant.

Une patiente est amenée à l’hôpital Wyckoff, à New York, le 6 avril 2020. (BRYAN R. SMITH / AFP)

Les États-Unis sont devenus, depuis la fin du mois de mars, le nouvel épicentre de la pandémie mondiale. Le pays a atteint vendredi 10 avril la barre des 500 000 cas et est devenu selon l’université Johns Hopkins, le premier État à recenser plus de 2000 décès en 24h. Parmi les milliers de contaminés, un net constat : la population noire est plus touchée par le virus. New-York, rebaptisée «l’épicentre de l’épicentre » compte à elle seule plus de 5000 morts. C’est près d’un tiers des décès liés au COVID-19 aux Etats-Unis. La ville a cependant refusé de publier ses statistiques ethniques. Certaines villes ont quant à elles dévoilé le nombre de morts selon des données ethniques, pour mettre en lumière le très élevé taux de mortalité chez les noirs. C’est le choix qu’à fait Chicago. Sur les 5000 cas recensés, 52 % sont des Africains-Américains. Ils représentent aussi 68% des décès, alors qu’ils ne composent pourtant qu’un tiers de la population. La maire de Chicago, Lori Lightfoot, elle même noire, s’est exprimée sur ces chiffres alarmants « Ces chiffres nous laissent sans voix. Quand on voit ces statistiques et cette disparité, la ville doit avancer sur cette voie. On doit connaître la magnitude de l’impact qu’a ce virus sur la communauté noire. » En Louisiane, même résultats inquiétants, selon Washington Post 70 % des morts sont noirs alors qu’ils ne représentent que 32% de la population.

Accès moindre aux soins

« Nous voulons trouver la raison, c’est disproportionné, ils sont très durement touchés ». Ce sont les propos de Donald Trump mardi 7 avril, lors de son briefing quotidien. Si le président américain feint d’ignorer les raisons pour lesquelles la population noire est plus touchée, elles sont pourtant évidentes. Tout d’abord, le système de santé américain, très inégalitaire, accentue le fléau de la précarité. 27,5 millions d’Américains soit 9% de la population, n’ont pas de couverture social et ne bénéficient donc d’aucun remboursement de frais de santé. Cette inaccessibilité aux soins affecte la population noire Américaine, déjà affaiblie par des pathologies tel que l’obésité, le diabète, l’hypertension. Ces pathologies ont été reconnues comme des facteurs aggravants du Covid-19. De plus, les noirs américains subissent une ségrégation socio-spatiale. Les médecins et hôpitaux sont moins nombreux dans les quartiers plus pauvres, ils ont donc plus de difficulté pour accéder à un diagnostic médical et une prise en charge des soins .« Nous savons qu’il existe une importante disparité en matière de santé raciale dans l’État« , estime le Dr. Alex Billioux, du Bureau de santé publique de Louisiane, un des Etats les plus touché par la pandémie. Cependant les statistiques publiées de manière disparate selon les Etats ne permettent pas des études rigoureuses chiffrées concernant le manque de structures dédiées aux soins.

Une population plus exposée aux risques de contamination

Cette impossibilité d’accéder aux soins pour les plus pauvres est exacerbée par les professions à risques. La population noire américaine est plus exposée au virus car elle exerce des métiers plus « modestes » tel que chauffeurs de bus, aides soignant(e)s,  caissier(e)s dans les grandes surfaces, livreurs … autant d’activité professionnelles qui ne permettent pas le télétravail. Celle ci emprunte d’avantage les transports en commun pour se rendre au travail, faute de posséder un véhicule. Un rapport de l’Institut des politiques économiques américain publié le mois dernier indique que moins d’un travailleur noir sur cinq était en mesure de travailler chez lui. La précarité se manifeste jusque dans les logements. Les Africains-Américains sont plus susceptibles de vivre dans des quartiers indigents, denses et des espaces exigus qui favorisent la promiscuité. Les cages d’escaliers ou d’ascenseur dans les immeubles sont par exemple des lieux de propagation du virus.

La population Afro-Américaine est plus touchée pour des raisons apparentes de précarité. Cette crise sanitaire est plus que jamais révélatrice des inégalités socio-ethniques et du déséquilibre du système de santé américain.

 Alienor Ruel