Épidémie, confinement, comment l’Église a-t-elle gardé la foi ?

Concours de circonstances, le Covid-19 a frappé l’Europe au début des quarante jours du carême, compromettant les célébrations religieuses, notamment celles de la semaine sainte.

Image incroyable, habituellement noire de monde la place Saint Pierre de Rome entièrement vide lors la bénédiction du Pape François ( Photo EPA/MAXPPP)

Alors, comment l’Église catholique a-t-elle réussi à garder la foi et faire vivre aux fidèles, le plus normalement possible, les semaines précédant la fête de Pâcques ?
Revenons quelque peu en arrière. Nous sommes le mercredi 26 février 2020 et seule l’Italie, frappée la première, a pris des mesures contres ce virus nouveau. Les Français, les Espagnoles ou les Allemands prennent trop encore la menace à la légère sans jamais imaginer une situation telle que celle que nous traversons en ce moment. Le carême commence à peine et pour l’ensemble de la chrétienté, toutes les célébrations auront lieu jusqu’à la semaine sainte. Puis en quelques semaines tout a basculé. Les mentalités, les peurs et les réactions. La France se décide à fermer toutes les écoles et universités puis les lieux recevant du public, puis l’Espagne, annonce un confinement général de tout le pays. Les messes étant interdites en Italie déjà depuis une semaine, c’est au tour de la France de les proscrire.
Puis le 14 mars, ce qu’on pensait inimaginable arrive, sont annulées les festivités de la semaine sainte de Séville. Une des plus grandes fêtes espagnoles, qui rassemble chaque année 60 000 touristes et fidèles. Notamment des Français, qui traversent la frontière pour admirer les soixante confréries retraçant la Passion et la mort de Jésus au rythme des Saeta. C’est un immense coup dur pour tous les chrétiens d’Europe, qui devront s’adapter coûte que coûte. Et c’est exactement ce qu’ils ont fait. Premier exemple, les cloches des églises de France ont sonné le mercredi 25 mars à 19 heures 30, les évêques ont invité aussi tous les Français à déposer une bougie à leurs fenêtres. Cela pour « manifester notre fraternité et notre espoir commun » face à l’épidémie de Covid-19. Puis, 3 jours plus tard, image inédite le pape François s’est avancé seul sur la place Saint-Pierre de Rome, désertée et sous la pluie, pour donner une bénédiction « Urbi et Orbi ». 
Le pape François a rendu un hommage solennel à tous les héros de la lutte face à l’épidémie : les soignants, les employés de supermarchés, les transporteurs ou les agents d’entretien. Une cérémonie disponible en plusieurs langues sur Internet, à la télévision et à la radio grâce au Vatican.

 
Mais ce n’est pas tout, après une messe des rameaux en direct à la télévision la France a été émue de voir renaître Notre-Dame de Paris lors de la célébration du vendredi Saint. Une sublime célébration de la Passion du Christ derrière l’autel de la cathédrale encore meurtrie. En comité extrêmement réduit, accompagné par le génie du violon de Renaud Capuçon et les talents de Judith Chemla et de Philippe Torreton, la cérémonie était retransmise en direct à la télévision. Offrir aux fidèles la possibilité de communier tout en respectant le confinement établi par les gouvernements européens. «  La vie est toujours là » affirme archevêque de Paris Michel Aupetit.


Et c’est quand, la voix de Judith Chemla, interprétant a capella l’Ave Maria de Schubert, a fait vaciller les cœurs des téléspectateurs, que l’Église a réellement gagné son pari. Maintenir allumée la flamme de la solidarité, de l’espoir et de l’amour qui caractérise ce temps de carême. Cela malgré toutes les épreuves et les malheurs que traverse notre monde.

Pierluca Leandri