Un Etat d’esprit d’agent secret pour le nouvel album de S.Pri Noir

Des prouesses tout aussi unique que futuristes pour la promotion d’un album special où “tout peut se passer”

2 ans après son premier album Masque Blanc qui a été certifié disque d’or, S.Pri Noir revient avec un deuxième album : Etat d’esprit. Ce projet est marqué par une forte identité visuelle, un univers d’espionnage, une stratégie de communication hors du commun et de nombreux invités tel que Dadju, Alpha Wann, 4keus ou Laylow.

La couverture du nouvel album de S.Pri Noir : “Etat d’esprit”, réalisé par Fifou

L’artiste

S.Pri Noir s’appelle en réalité Malick Mendosa, il est né en 1985 d’une mère sénégalaise et d’un père guinéen. Il vit dans le 18ème arrondissement de Paris jusqu’à ses 12 ans, et passe ensuite son adolescence dans le 20ème arrondissement. Pendant son adolescence il joue au football américain et est sacré deux fois champion de France, il se met aussi à écrire ses premiers textes de rap. Après un BTS technico-commercial et une licence de marketing, il lance son propre label chez Sony, notamment avec le rappeur Still Fresh. En 2018, il part en tournée avec son ami et rappeur Sneazzy du groupe 1995. Ce n’est qu’à partir des années 2015-2016 qu’il commence réellement à se faire connaître avec ses premiers vrais singles. S.Pri soigne ses réseaux sociaux tout autant que son style vestimentaire.

Les mondes de la mode et du luxe l’intéressent énormément, il est souvent présent à la fashion week ou à d’autres défilés. Dans le domaine de la mode S.Pri Noir est une icône, créateur en collaboration avec quelques marques renommés, modèle photo ou égérie de marque, il a fait la une de plusieurs magazines spécialisés notamment Shoes Up ou Modzik. Il se décrit “expert en sapologie” (dans le morceau Skywalker) et est ambassadeur pour la marque Adidas, et notamment égérie de Dior, Hugo Boss, Kenzo et Cartier

Aujourd’hui ce n’est peut être pas le plus connu des rappeurs, ni le plus productif, ni le plus technique, mais c’est un artiste qui a su durer (il fait du rap depuis plus de 10 ans) et innover au fur et à mesure de l’évolution de la musique urbaine en France. Ses clips sont recherchés et représentent bien le morceau en vidéo, à l’image du clip Middle Finger ou Skywalker qui sont aussi énergique que la musique : vifs et bourrés d’effets bien placés, comme des distorsions et des “glitch”(sortes d’effets similaires à des bug de l’écran). C’est un artiste prisé par ses collègue et amis du “rap game” pour des collaborations, il a fait de nombreux featurings (environ 30) avec plusieurs rappeurs, notamment avec Sneazzy, Nekfeu, Still Fresh et Alpha Wann. Le 22 janvier il sort le morceau clippé Dystopia, dans un Paris désert et post-apocalyptique, ce morceau est en réalité un extrait de l’album Etat d’esprit et annonce la couleur du projet à venir.

L’un des derniers post Instagram de S.Pri Noir

La promotion de l’album 

“Ouais ouais ouais, c’est S.Pri, choisi bien les questions que tu veux me poser” nous dit S.Pri Noir reconstitué en images 3D, quand on clique sur le lien qu’il a partagé 48 heures avant la sortie de son album, prévu le 17 mars. S.Pri Noir et son équipe ont fait preuve d’une créativité hors du commun pour cet album, notamment dans les techniques de communications. 

Le rappeur a annoncé la date de sortie de son album Etat d’esprit le 18 mars sur ses réseaux sociaux, sous la forme d’une courte vidéo où il incarne le héros d’un jeu vidéo d’agents secrets, à l’image d’un James Bond moderne. Deux jours plus tard il dévoile la pochette de l’album, les clairs-obscures et contrastes présents représente bien la personnalité de S.Pri Noir. Cette cover est réalisé par Fifou, photographe et graphiste très réputé dans le monde de la musique urbaine en France.

Le 24 et 26 mars il fait deviner ses collaborations à son public par le biais d’extraits sonore. Le 27 il dévoile la deuxième partie de la vidéo sous forme de jeu vidéo, on y découvre les featurings de son album quand le personnage de S.Pri Noir dérobe des dossiers “secrets” avec les noms et photos de chaque artiste. Le 31 il « tease » un freestyle à première vue “pas prévu” qui sort le lendemain. Le freestyle 4 litres 2 annonce réellement l’univers de l’album, le clip a des allures de film d’espionnage, ou S.Pri dans le rôle d’un agent secret pénètre dans un bâtiment pour y voler un CD avant que tout n’explose. Le même jour la précommande de son album est disponible sous le format d’une box avec un CD et un T-shirt. Le 8 avril il annonce la sortie du clip de son premier single en featuring avec Sneazzy et Alpha Wann :  T’as capté. Le clip sort deux jours plus tard. Il est filmé dans les montagnes enneigés toujours dans le même délire d’espions avec beaucoup d’action, on y voit des forces spéciales à ski, des scènes en hélicoptères, et certains paysages peuvent même nous faire penser au troisième strate de rêve du film Inception (lors de l’attaque de la base dans les montagnes pour les connaisseurs). 

La consécration de fin de promotion : des missions pour le public sur un site web créer pour l’occasion

J-2 avant la sortie de l’album : S.Pri Noir et son équipe ont préparés une surprise exclusive et unique pour la fanbase de l’artiste, c’est du jamais vu dans l’univers du rap français. Il met le lien du site web “sprinoir-etatdesprit.fr” dans toutes les story de ses réseaux sociaux. C’est un site internet conçu exclusivement pour l’occasion, où l’on aperçoit S.Pri Noir reconstitué en image 3D proposant de “commencer la mission” et de “rentrer dans son état d’esprit”, avec comme musique de fond l’instrumentale de son nouveau morceau Rio Paris – Vol 447 et toujours dans un univers d’agents secrets. Les missions, respectivement numérotés de 1 à 4, s’appellent “S.PRI_NOIR”, “ETAT_D_ESPRIT”,“FEATURINGS” et “ECRITURE”. C’est en réalité des thèmes sur lesquels il est possible de lui poser 4 questions pour en apprendre davantage sur sa personnalité et son identité musicale. Il y explique pourquoi l’album se nomme ainsi, “pour moi l’état d’esprit premier c’est vraiment un partage, entre les artistes le public et tout. C’était le bon moment pour l’appeler Etat d’esprit.” S.Pri Noir raconte également que l’univers des agents secrets est un monde qui le fascine, et parallèlement la mission en tant qu’artiste est “de faire kiffer le public”. On y apprend que le texte du projet qu’il préfère est 100 regrets, un morceau très introspectif qui raconte “sa vie d’hier et de maintenant, et ce qu’il entrevoit pour son futur”. Il annonce aussi que ce ne serait pas son dernier projet, puisque sa première mixtape s’appelle En attendant Etat d’esprit il était possible de penser que la boucle était bouclé et qu’il s’arrêterait là.  Avant même que son projet ne “drop”, il annonce qu’il y aurait plusieurs autres volumes, et quand on lui demande pourquoi Still Fresh, Nekfeu et Da Uzi ne sont pas dans le projet il dit que c’est “un projet spécial qui réserve beaucoup de surprises”, “qu’il ne faut pas se fier aux apparences” et que “tout peut se passer”; ce qui pourrait déjà sous entendre une réédition de l’album (qui, rappelons-le, n’était toujours pas sortie à ce moment).

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La sortie de l’album

Jour-J (17 mars), quelques heures avant la sortie de l’album, S.Pri Noir fait un live sur Youtube d’une durée totale de 3 heures 44, où sont présents à tour de rôle tous les artistes ayant collaborés avec lui sur son album. C’était tout simplement un appel vidéo entre eux et en interactivité avec le public qui posait des questions, en plus de cela des extraits inédits de l’album étaient dévoilés. La promotion de l’album s’est faite à l’image d’une série, épisode par épisode. C’est un des rares album teaser d’une telle manière et dans un univers aussi bien construit, où chaque annonce était prévu d’une manière aussi précise. C’est une belle stratégie de communication, puisque non seulement les clips et les morceaux de l’album sont plongés dans cet univers cinématographique d’agents secrets, mais toute la promotion autour l’est aussi. La stratégie paye, puisque son album comptabilise 4082 ventes (dont 162 en physique) dès la première semaine. 

L’album est très complet, avec une tracklist de 16 morceaux dont 9 featurings avec Leto, Alpha Wann et Sneazzy, 4keus, Alonzo, Lefa, Laylow, Lyna Mahyem et Dadju. Des instrumentales sombres, simples mais futuristes, avec des sons digitaux (faisant référence au piratage utilisés pour dérober des informations top-secrètes) et une voix auto-tuné à la perfection, ce projet est presque cinématographique tellement l’imagerie est travaillée, et qu’il est possible de ressentir l’univers et l’ambiance du monde de l’espionnages dans les sons. En partageant son Etat d’esprit le rappeur aborde les thèmes suivant : l’argent et la richesse, la nécessité du travail (d’où la punchline “[…] partir d’esclave, finir roi, c’est l’objectif”), son ascension (sans jamais oublier “qu’il vient du ghetto”), le sexe, l’amour et la haine, les problèmes personnels qu’il a rencontré, l’importance de la famille ainsi que celle de sa mère dans sa vie et la douleur liée à son  décès, les erreurs du passé; son côté mauvais tel un gangster, son pessimisme, les amitiés perdues, ses rêves d’autrefois, la drogue, l’alcool, la violence et les armes à feu. Tout cela avec énormément de références aux missions secrètes des espions, à des séries et des films tel que Game of Thrones ou Scarface, au football, à l’Histoire,… S.Pri rend même hommage au vol 447 d’Air France qui a causé la mort de plus de 200 personnes en se crashant dans l’Atlantique en 2009 dans le son Rio Paris – Vol 447. Il n’a bien sûr pas clippé tous les morceaux du projet, mais contrairement à beaucoup d’artistes, S.Pri a des visuels très esthétiques pour chaque son disponible sur Youtube (il précise à chaque fois dans le titre que ce n’est pas un clip). Ce sont des animations numériques avec des apparences technologiques et très futuristes qui sont évidemment en lien avec le thème des morceaux. Comme l’image du jeu de la roulette qui fait penser aux films d’espions tel James Bond, et notamment Casino Royal. C’est un album très conceptuel, finalisé et tellement bien achevé qu’il pourrait se rapprocher de la perfection, tant musicalement que dans l’univers artistique qui l’entoure.

Samuel Burel