La communication controversée du gouvernement sur le stock et le port du masque

Depuis le début du confinement, le gouvernement est revenu plusieurs fois sur ses positions concernant le stock et le port du masque.


Emmanuel Macron portant un masque chirurgical lors d’une visite d’une maison de santé en Seine-Saint Denis le mardi 7 avril.
Photo AFP

Une pénurie de masques pour le personnel soignant ?

Depuis le début de l’épidémie, les personnels de santé « voyaient leurs stocks de matériels se réduire ». Le 16 mars déjà, les hôpitaux lançaient un appel à l’aide aux bénévoles et aux entreprises spécialisées dans le textile et le coton pour produire plus de masques.

Invité au 20h de France 2 le 20 mars, Laurent Nunez a pourtant affirmé que le personnel soignant, notamment celui des Ehpads était réapprovisionné en masques.

Pourtant le même jour sur un plateau de France 3, le journaliste François Beaudonnet évoquait la lettre de représentants des Ehpads alertant sur le manque de matériel mis à leur disposition. Ce document, adressé au ministre de la santé Olivier Véran avait pour but d’alerter sur les risques liés à l’exposition des résidents des maisons de retraite face au personnel soignant manquant de masques. Les signataires de la lettre ont estimé alors que le bilan des victimes pourrait s’élever à 100 000 morts. Pour preuve, de nombreuses personnes âgées résidant dans des Ehpads sont décédées. Comme à la maison de retraite La Riviera située à Mougins par exemple. On a appris ce lundi 20 avril qu’un tiers des résidents (37 personnes décédées) ont perdu la vie depuis le début de l’épidémie (France 3 Régions).

Le 20 avril Sibeth Nidaye était revenue sur la question du manque de masques pour le service de santé. Au « 8h30 » de France Info, la porte-parole du gouvernement rectifiait : « On a dit, depuis un certain temps déjà, que notamment en termes de logistique nous avions eu des difficultés pour (achalander l’ensemble des 20 000 pharmacies de France et) faire en sorte que tout le monde en temps et en heure dans le secteur de la santé puisse avoir les masques dont il a besoin ».

Vers un port du masque obligatoire ?

Le 3 mars, le ministre de la santé Olivier Véran rappelait que les masques étaient jugés « inutiles » à porter pour les personnes n’étant pas malades.

Un mois après, le 2 avril l’Académie Nationale de médecine  stipulait déjà dans un communiqué que le port d’un masque dit « grand public » devrait être « rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ». L’Académie prend pour exemple des pays comme la Corée du Sud où le port massif de masque grand public aurait freiné la propagation du virus : « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque antiprojections par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire (notamment dans les pays les plus frappés par le virus du SRAS en 2003). Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. ».

Questionné à ce sujet le 9 avril sur France Info, Sibeth Nidaye estimait que la décision d’un port obligatoire serait prise « quand il y aura un consensus scientifique ». En réponse, la porte-parole du gouvernement s’appuie sur les recommandations de l’OMS : « Il y a des scientifiques qui disent, c’est le cas de l’Académie de médecine, que l’utilisation du masque pour tous les Français peut être recommandée, d’autres qui ne le disent pas. C’est encore le cas à l’heure où je vous parle de l’Organisation mondiale de la santé. ».

Le 20 avril, sur le même média, La porte-parole du gouvernement répétait qu’une décision serait prise, sans pour autant en préciser sa nature. Sibeth Nidaye explique encore une « attente d’un consensus scientifique » pour trancher sur la question du port d’un masque obligatoire.

Les directives du président de la République envers les maires à propos des masques

Emmanuel Macron s’est entretenu avec des maires jeudi 23 avril. À la suite d’une réunion en visioconférence, le président les a « fortement conseillés » à l’achat de masques pour grand public. Les maires devront faire parvenir des masques pour leurs communes, mais seulement dans une « logique de recommandation » et non dans une logique d’obligation. Aussi, le chef de l’État a rendu obligatoire le port du masque dans les transports en commun, mais ne l’a pas élargi à tous les espaces publics.

Dans un communiqué du 22 avril, l’Académie Nationale de médecine préconise le port du masque obligatoire : « Pour être efficace, le port du masque antiprojections doit être généralisé dans l’espace public. Cette mesure ne peut avoir un impact épidémiologique sur la circulation du virus que si tout individu s’astreint à l’appliquer dès qu’il sort de son domicile. Une simple recommandation ne peut suffire, chacun devant se considérer comme potentiellement porteur du virus et contagieux, même quand il se sent en bonne santé ».

Selon eux, le gouvernement ne doit pas se contenter d’imposer le masque seulement dans les transports en commun : « Restreindre le port du masque dans les seuls transports en commun, c’est négliger tous les espaces publics où le risque demeure. »

En cette fin de mois d’avril et début de déconfinement, le gouvernement n’a pas encore annoncé aux citoyens une disposition unilatérale sur le port du masque.

Benferhat-Caste Jalil