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Des porteurs de cercueils stars d’internet en pleine pandémie de covid-19

Les vidéos des danseurs ghanéens ont fait le tour de planète. Crédit photo : capture d’écran BBC YouTube

Depuis le début du confinement, ces ghanéens font le buzz. Mais d’où vient le mouvement de la « coffin dance » devenu viral sur les réseaux sociaux ?

Si vous avez un compte Twitter, Instagram ou Tik Tok il est fort probable que leurs visages vous soient familiers. Les vidéos de ces hommes qui dansent en portant un cercueil ont été vues des millions de fois dans le monde. Elles suivent toutes le même schéma. Cela commence par une vidéo montrant une situation de « mort imminente » au propre ou au figuré. Le moment du choc est remplacé par une danse des ghanéens qui apparaissent sur la musique « Astronomia » de Tony Igy. Reprises, copiées et détournées, leurs chorégraphies sont en train de devenir l’un des mèmes (courte vidéo appuyant un propos) les plus populaires de l’année.

Un succès inattendu

Benjamin Aidoo est le meneur de cette troupe de danseurs. C’est lui qui a fondé le salon funéraire EA Hearse Services & Funeral Agreement d’où sont issus les membres visibles sur les vidéos. Au Ghana, quand une personne de soixante-ans ou plus décède, l’enterrement est une fête où l’on célèbre la vie du défunt. Dans le but d’assurer une bonne ambiance, le croque-mort a eu l’idée de rajouter aux cérémonies ces chorégraphies, comme il l’a expliqué à la journaliste argentine Noelia Antonelli : « J’ai créé cette entreprise en 2003, 2004. J’ai commencé à emmener le défunt au cimetière et après un certain temps, j’ai décidé d’amener quelque chose en plus et j’ai ajouté la chorégraphie, ce que je fais depuis 18 ans ». Six personnes portent le cercueil et dansent, accompagnées à la flûte par une septième, le tout moyennant 140€. Très vite, leur renommée s’accroit à Accra, ville d’où ils sont issus et capitale du pays, ainsi que dans tout le Ghana. En 2017, cela arrive même aux oreilles de la BBC et d’Associated Press qui dépêchent sur place des équipes de tournages. C’est d’ailleurs de ces reportages que sont issues les extraits présents dans les vidéos circulant sur les réseaux sociaux.

Les « dancing pallbearers » (les porteurs de cercueils qui dansent) sont eux-mêmes les premiers surpris de leur succès comme l’a expliqué Benjamin Aidoo au Washington Post : « C’est un peu effrayant, mais c’est drôle. En quelque sorte, les gens disent : « Je préfère rester chez moi plutôt qu’être enterré par cette bande de types. » » La « coffin dance » (danse du cercueil) est plus qu’un simple mouvement humoristique sur les réseaux sociaux. En cette période de pandémie mondiale de covid-19, c’est aussi un message de prévention pour inciter la population à rester chez elle : « Restez chez vous ou dansez avec nous ». Ce slogan est si fort que dans certains pays, comme en Colombie, la police s’en sert pour persuader les gens de respecter le confinement.

Une portée mondiale due à un jeune Français

Yanis Chakib, 20 ans, est étudiant en communication à Lille. Début avril, confiné, il découvre comme tout le monde les vidéos avec les porteurs de cercueils ghanéens qu’il trouve très drôles. Il décide alors d’importer le concept sur Twitter et il crée le compte « Out of Context RIP » où il publie des mèmes avec les danseurs. Afin de se faire connaître, il publie une vingtaine de contenus par jours « afin de faire évoluer le compte le plus vite possible » raconte le nordiste. Le succès est tout de suite au rendez-vous. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En un mois, le compte fait le tour de la planète et obtient pas moins de 564 000 abonnés sur Twitter et 94 000 sur Instagram. Le nombre de visionnage des vidéos se compte en centaine de milliers, voire en millions, à chaque vidéo. « Cela m’a énormément surpris » concède Yanis. Pourtant, il sait que ses productions ont tout pour fonctionner sur Twitter. Quelle est la recette magique selon lui ? « Des vidéos courtes, de l’humour noir et surtout, il n’y a pas de barrières de langages dans les vidéos, donc cela peut plaire à tous le monde. » Plus qu’une célébration de la mort, ces vidéos incitent à rester en vie.

Loïc Bessière