juin 09

Mort d’un médecin jurassien : La colère de sa famille

La femme du docteur Éric Loupiac veut porter plainte contre Olivier Véran et Agnès Buzyn, ainsi que contre l’ARS de Bourgogne-Franche-Comté et le directeur de l’hôpital de Lons-le-Saunier, où exerçait son mari.

L’hôpital de Lons-le-Saunier

Cela fait à présent plus d’une semaine qu’Éric Loupiac, médecin urgentiste à l’hôpital de Lons-le-Saunier est mort du Covid-19 à l’âge 60 ans. Son épouse Claire Loupiac ne l’accepte pas. Veuve, d’un médecin touché par le coronavirus, celle-ci est prête à tout. « J’irai très loin. » Madame Loupiac est une figure locale, qui était « délégué syndical de l’Association des médecins urgentistes de France » indique au Monde « qu’elle va porter plainte, à plusieurs niveaux, pour négligence et mise en danger de la santé d’autrui ».

Déterminée, ce n’est que le début d’un long combat. Cette mère de trois enfants veut déposer plainte contre « le directeur de l’établissement où exerçait son époux, Guillaume Ducolomb, contre l’Agence régionale de santé (ARS) de Bourgogne-Franche-Comté, dirigée par Pierre Pribile, et enfin contre le ministre de la santé, Olivier Véran, et sa prédécesseure Agnès Buzyn ». Elle insiste sur le fait que si les mesures nécessaires avaient été prises, son mari défunt serait toujours à ses côtés : « S’il y avait eu des masques FFP2, mon mari serait encore là ».

Claire Loupiac assure qu’elle va entamer une procédure dès la semaine prochaine. « J’attends que justice soit rendue, que les coupables soient trouvés et qu’ils s’expliquent pour cette négligence qui a causé la mort de mon mari, confie-t-elle. Dès décembre [2019], il m’avait dit qu’on ne serait pas prêt à l’hôpital s’il y avait une catastrophe. On a sous-estimé le manque d’équipements, notamment en masques. J’en veux à ceux qui ont mal géré la crise au niveau national. Depuis le 26 février, on vivait confinés. Mon mari avait anticipé la vague. Le gouvernement a mis trois semaines à confiner la population, le 17 mars, après les élections municipales. »

Elle tient à rappeler les faits exacts et ne veut rater aucun détail. Selon elle, c’est le jour de « sa garde du week-end du 6-8 mars au cours duquel il n’y avait que des masques chirurgicaux » qu’Éric Loupiac aurait été contaminé. « Il y a eu un vol de masques aux urgences de Lons-le-Saunier, lors de sa deuxième garde de week-end le 15 mars. S’il y avait eu des masques FFP2, mon mari serait encore là » estime-t-elle. « Il avait réclamé un sas d’entrée pour trier les patients “suspects Covid” ou non. La direction a refusé et a mis quinze jours à le mettre en place. »

Guillaume Ducolomb, directeur de l’hôpital est par la suite contacté suite à ces accusations. Celui-ci dément tout ce qui lui est reproché et affirme « n’avoir pris le moindre retard ». « J’ai eu une prise de conscience précoce qui a permis d’organiser très tôt l’achat et la diffusion de matériels de protection, ainsi que la mise en place de cette filière dédiée aux patients “suspects Covid” dès leur arrivée aux urgences ». Pour autant, il ne souhaite pas accabler la veuve du médecin et semble touché par cette situation. « Nous partageons tous l’immense tristesse de son épouse et de ses enfants, Nous l’accompagnerons et concourrons bien sûr au bon déroulement de la procédure judiciaire, il est normal que sa famille ait toute la lumière. »

LISA LORENZELLI