Pratiquer sa religion avec le coronavirus : le Ramadan sous le signe du confinement.

Les musulmans ne pourront aller à la Mosquée cette année pour fêter le mois saint du Ramadan.

Le mois de Ramadan a commencé ce jeudi 23 avril pour les millions de musulmans dans le monde. Un mois de partage et de réunion que la crise sanitaire – qui a fait déjà plus de 20 000 morts – complique. Cette année, ce mois sacré se fera confiné chez soi.

« Faire le ramadan en confinement, ce n’est pas si différent ». Mohammed, 16 ans, vit en Tunisie. Confiné lui aussi, seul une seule chose change : « La mosquée n’est pas ouverte et ça peut paraître un peu bizarre de prier chez soi. Mais on s’y habitue vite. »  Depuis le début de la crise du coronavirus, tous les lieux de cultes et les rassemblements ont été interdits pour éviter la propagation du virus. Une décision que de nombreux pays respectent, imposant parfois même, un couvre-feu. En France, le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) « appelle les responsables musulmans à maintenir les mosquées fermées » lors d’un communiqué diffusé à la mi-avril. Les musulmans prient alors chez eux, tout en se confinant la journée.

Un mois de Ramadan différent, mais plus facile

« Pour moi, le confinement facilite les choses. Les années précédentes, j’étais en cours ou je travaillais pendant la chaleur, c’était fatiguant. Là, je suis tranquille : je m’occupe pour ne pas penser à la soif et à la faim. C’est plus facile, sans le travail. » Pour Yanis*, ce mois de Ramadan est un mois de Ramadan moins complexe, qui permet de prendre « plus de temps pour soi et pour la religion ». C’est le cas de Mehdi, qui estime que le confinement est une chance en ce mois saint : « Vu que j’ai plus de temps, j’ai pu revenir à l’essentiel et me concentrer sur la lecture du Coran, que j’ai délaissé ces dernières années. La seule chose que je regrette c’est d’échanger à la mosquée et de se rassembler. » La distanciation sociale oblige, il est compliqué de se voir pour partager entre famille et amis, mais pas question de se laisser abattre : pour Yanis*, c’est une manière de passer du temps avec sa famille proche – jeux de cartes et discussions autour de la table, choses rares durant ces mois où habituellement, la vie continuait son cours.

Pas de réunion pour la rupture du jeûne (appelé le « f’tour »), c’est l’une des grandes différences du Ramadan de cette année. « Ce qui change beaucoup, c’est que notre famille ne peut pas nous rendre visite. Ramadan rime en général avec convivialité ; c’est ce qui a disparu avec le confinement ». Passer le Ramadan seul, c’est le cas de Léa*qui est la seule à le faire chez elle. Un Ramadan « solitaire », mais qui ne semble pas pour autant la déranger. « Mon père le faisait avec moi, mais il n’a pas pu m’accompagner cette année. Ma famille me soutient à distance, et lui aussi. »

Partager tout en respectant le confinement

Le confinement est aussi un frein à la solidarité mise en place durant ce mois sacré : pas de distribution de nourritures pour les plus démunis, les mosquées s’organisent tout de même afin d’aider les plus pauvres à rompre leur jeûne. Ce sont les voisins qui partagent alors leur repas : distribution de viande, de denrées, ou de courses. Il est important de partager durant ce mois consacré à l’autre. Les associations caricatives, de leur côté, tentent tant bien que mal de fêter ce « f’tour » malgré les mesures de la quarantaine.

LYDIA MAACHI