octobre 24

L’hôpital et la justice au chevet des victimes qui subissent des violences conjugales et qui ne déposent pas plainte

La lutte contre les violences conjugales est un réel enjeu. 81% des victimes, en majorité des femmes, ne déposent pas plainte. En Ile-de-France, des essais sont menés pour les mettre à l’abris et préserver les preuves des victimes.

Image de campagne contre les violences conjugales @MAXPPP VALERIE VRELL

Dans le 12ème arrondissement de Paris, l’hôpital Saint-Antoine et le commissariat local ont mis à disposition un numéro de téléphone unique. Le but est de faciliter le dépôt de plainte des victimes de violences conjugales. C’est l’objectif de la convention signée ce mardi 13 septembre entre le procureur de Paris, l’APHP hôpitaux de Paris et la préfecture de police. « C’est l’officier de police judiciaire qui se rendra au chevet de la victime, sans attendre qu’elle pousse, ou pas, la porte du commissariat. Nous avons la volonté d’intervenir au plus tôt et avant que les victimes ne retournent sous l’emprise de leur agresseur, qui parfois vient même les chercher à la sortie de l’hôpital », explique Rémy Heitz, procureur de la république de Paris.

Une protection supplémentaire plus efficace et plus rapide, tel est le but de cette expérimentation parisienne, prévue pendant un an. Le centre hospitalier sud francilien, en Essonne, ou à Fontainebleau en Seine-et-Marne, annonce que ces essais vont se faire sur plusieurs hôpitaux, dans le sillage du Grenelle des violences contre les femmes. La loi du 30 juillet 2020 permet de lever le secret médical en cas de danger immédiat.

149 femmes tuées en 2019

Le défi est urgent. « 149 femmes ont été tuées en 2019, 29 victimes de plus qu’en 2018. Tandis que sur 213 000 femmes, âgées de 18 à 75 ans, victimes de violences psychiques ou sexuelles par leur conjoint au cours d’une année, seules 18% déclarent déposer plainte », rappelle l’observatoire national des violences contre les femmes.  149 femmes tuées en 2019, cela revient à un meurtre environ toutes les 58 heures sous les coups de son conjoint / ex-conjoint. Depuis, 2018, le collectif NousToutes.org publie chaque jour de nouveaux décès liés à ces violences.

Si peu de victimes osent porter plainte, il est intéressant de comprendre pourquoi. La porte du service de médecine légale de Seine-Saint-Denis, à l’hôpital Jean-Verdier de Bondy l’explique : « depuis six ans, les victimes de violences conjugales et d’agressions sexuelles sont reçues sur rendez-vous, même si elles n’ont pas déposé plainte. Alors que d’ordinaire, il faut avoir déposé plainte avant de se rendre à l’unité médico-judiciaire (UMJ) ». Lors d’une interview avec le parisien l’une de ces victimes a accepté de parler de son vécu. Elle a choisi un prénom d’emprunt, Magdala. Elle a 55 ans et commence son récit en sortant son portable.

« Il voulait me tuer »

« Regardez les photos, mon concubin m’a frappée très dur, il voulait me tuer », relate-t-elle. « Il m’avait déjà cassé un doigt trois mois avant. Cette fois, il m’a tabassée, reprend-elle d’une traite, en me frappant au sol avec des coups de pieds, il aurait fallu que je prenne un couteau pour me défendre, mais j’ai pensé aux enfants. Ils ont besoin de moi, une de mes filles est enceinte… Je suis allée au commissariat pour faire une main courante, la dame voulait que je dépose plainte mais moi je n’ai pas voulu. Et je n’ai pas tout dit aux policiers. J’avais peur qu’on l’arrête. Je ne veux pas de lui, je l’ai flanqué dehors depuis ce qui s’est passé ». « La police m’a dit de voir mon médecin et c’est lui qui m’a dit de venir ici », raconte Magdala. Huit mois après sa première rencontre avec le Parisien, celle-ci  n’a toujours pas déposé plainte.

Depuis 2014, plus de 650 personnes dont 95% de femmes —, âgées de 17 à 71 ans victimes de violences conjugales ou d’agressions sexuelles, ont été reçues dans cette unité de l’hôpital Verdier. Le ministre de la Justice veut que les victimes « soient prises en charge en milieu hospitalier ».

LISA LORENZELLI