octobre 27

Le Mamac de Nice met les créatrices de pop art à l’honneur

Inaugurée il y a deux semaines, l’exposition « Les Amazones du Pop » rend hommage aux artistes féminines pionnières du mouvement pop art des années 1960

Des Nanas Ballons de la plasticienne Niki de Saint Phalle tapissent le plafond de la dernière pièce de l’exposition « Les Amazones du Pop ». Photo Adrien Pain

  Couleurs éclatantes, œuvres à la fois égayantes et minimalistes, néons, échos des voix de France Gall et de Brigitte Bardot… Au travers de l’exposition « Les Amazones du Pop », le Musée d’art moderne et d’art contemporain (Mamac) de Nice propose une véritable immersion au cœur de l’esthétique pop des années 1960. Lancé le 3 octobre à l’occasion du 30e anniversaire du musée niçois, l’événement culturel se tient jusqu’au 28 mars 2021.

  Son objectif : mettre la lumière sur les femmes qui ont contribué au développement du mouvement pop, surnommées les « Amazones » pour l’occasion, telles que l’artiste franco-américaine Niki de Saint Phalle. C’est la première fois qu’une exposition de cette envergure est consacrée à des créatrices féminines de pop art. Un projet reconnu d’intérêt national par le Ministère de la Culture et qui a reçu un soutien financier de l’Etat.

Des œuvres polychromes et provocantes

  Les célèbres onomatopées « She-bam, pow, pop, wizz ! » – caractéristiques du genre de la bande-dessinée – de la chanson « Comic Strip » de Serge Gainsbourg rythment l’arrivée au sein de l’exposition. Et pour cause : l’expressivité et la légèreté des BD s’inscrivent pleinement dans la mouvance stylistique du pop art. Les femmes apparaissent dans les œuvres comme des héroïnes proactives et sensuelles. Les moyens de locomotions modernes voire les armes attribuent un symbolisme d’indépendance et de réussite sociale à la figure féminine, dont Brigitte Bardot est le parangon avec sa Harley Davidson. Toutes les parties du corps sont exhibés par le biais de l’art. En témoignent les sculptures L’œil et Siège pied de Nicola L, Girl With Open Mouth de Marjorie Strider ou les créations plus érotiques à l’instar d’Ice Cream de la peintre belge Evelyne Axell.

La diffusion de publicités et de chansons des années 1960 sur des télévisions accompagne l’exposition. Photo Adrien Pain

  En guise de fond sonore, la candeur des chansons de France Gall s’entremêle au vacarme des publicités de maquillage presque oppressantes des sixties. L’exposition recèle aussi d’œuvres plus ironiques représentant, avec toujours autant de couleurs et de gaité visuelle, l’accumulation d’objets banals attribués par les plus conservateurs à la femme, comme les ustensiles de cuisine et les produits de beauté.

Le pop art comme vecteur de l’émancipation des femmes

  Un langage artistique multicolore qui est le fruit d’une recherche de moyens d’acquérir davantage d’égalité. « Cette exposition est une bulle temporelle assez joyeuse sur cet univers des années 60’s où on se prend à rêver d’un monde meilleur et où ces femmes vont chercher à se faire une place aussi en tant qu’artistes »,explique Hélène Guenin, la directrice du Mamac. Elle ajoute que « c’est tout ce rapport un peu doux-amer, un peu ironique, très conscient et lucide sur l’esprit du temps ». En participant au mouvement pop art, les « Amazones » véhiculent une volonté d’affirmation du désir féminin, toujours d’actualité.

C’est un contrepied à l’image de femme passive de l’après-guerre forgée notamment par Hollywood ainsi que la publicité et symbolisée par la pin-up ou l’épouse docile. Des codes que reprennent pourtant parfois ces créatrices de pop art, avec impertinence et d’un œil critique, ou auxquelles elles opposent des figures insouciantes et libératrices. À travers leurs œuvres, elles content un récit d’émancipation sexuelle et de rébellion contre la domesticité de la femme au foyer.

Les portraits d’artistes féminines avant-gardistes

  Au-delà d’un large panel d’œuvres pop art réalisées par des femmes, l’événement « Les Amazones du Pop » affichent au sein de trois couloirs une multitude de biographies d’artistes féminines influentes dans la culture pop, de la sœur Corita Kent à la musicienne Yoko Ono, en passant par l’actrice Jane Fonda et son mythique rôle de Barbarella. Les « Amazones » s’inscrivent dans une contre-culture qui les a même mises à l’écart de la mouvance féministe de l’époque, les jugeant trop caricaturales !

Demain sera meilleur (1972) de Martine Canneel. Photo Adrien Pain

Conséquence : la postérité de la représentation des femmes dans le pop art a en partie été monopolisée par des artistes masculins comme Andy Warhol et son Dyptique Marylin. C’est une des raisons pour lesquelles, selon Hélène Guenin, il s’agit une exposition engagée et ancrée dans les problématiques contemporaines. « On essaye d’imaginer un monde meilleur. Aujourd’hui, avec tout ce qu’on traverse, on a tous et toutes envie d’imaginer d’autres façons d’être au monde et avec les gens, ça me semble être un message plein d’optimisme. » confie-t-elle.

ADRIEN PAIN