octobre 27

Richard Powers : renouer avec la Nature pour un mode de vie plus durable

L’écrivain américain R. Powers délivre une pensée novatrice éclairant la relation que l’humanité entretient avec la Nature.

La pandémie de coronavirus, et le confinement plus particulièrement, ont permis à chacun de prendre conscience des actes que nous infligeons constamment à la planète : la surconsommation par exemple. Certains ont saisi cette période, ce temps, cette pause, pour constater les dégâts de nos sociétés dont la course au développement est toujours plus effrénée. Mais il y en a qui n’ont pas attendu le virus pour partager leur pensée. Comme Richard Powers. Dans une interview pour le média America, il développe l’idée que l’humanité n’est pas seule sur Terre et que le rôle de la Nature est plus fondamental que l’on peut le croire.

Les arbres : véritables sujets au service des Hommes

L’écrivain se considère comme un outsider, un étranger. Né à Chicago il a vécu en Thaïlande durant son adolescence. Il n’a jamais ressenti cet attachement particulier que l’on peut éprouver lorsque l’on naît et grandi dans une région du monde. C’est son expérience dans la Silicon Valley qui a radicalement changé son rapport à la Nature. Ce lieu presque surnaturel, hors du temps, regroupe les sièges sociaux de Google, Facebook, HP ou encore de Netflix. Il explique lors de l’interview menée par François Busnel : « Dans la Silicon Valley, on vous apprend que la technologie est la solution ».

Richard Powers, écrivain américain, auteur de l’Arbre-Monde

Mais une découverte déconcertante va bouleverser sa façon de penser : une forêt entière de séquoias a été détruite et par la suite reforestée juste à côté de la Silicon Valley. Parmi ces nouvelles pousses vieilles de cent ans, des séquoias millénaires vivent encore. Ils sont toutefois voués à disparaitre. En effet, l’écrivain remarque des marquages sur leur tronc indiquant une future déforestation. Cet événement est un tournant dans la vie de Richard Powers. Ce dernier s’est rendu compte, en voyant cette destruction massive des arbres, que la Nature était devenue un simple objet au service de l’Homme. Autrement dit, une véritable « marchandise au service de l’expansion humaine ». Les arbres ne sont destinés qu’à être exploité pour son bois par exemple. Richard Powers décide finalement d’entreprendre un nouveau mode de vie, plus marginal, afin de comprendre quel lien particulier les Hommes entretiennent avec les arbres sur cette planète.

L’Homme croit qu’il est capable de tout réaliser seul. Est-il plus fort que tout ? Une chose est sûre : « nous sommes dépendants des arbres ». En effet, les arbres existent depuis plus de 400 millions d’années et l’Homme depuis seulement 200 000 ans. « Les arbres étaient et seront là après les humains. L’humanité fait donc ainsi partie d’une communauté que nous ne pouvons détruire sans nous détruire avec elle. Nous avons besoin des arbres pour respirer, mais eux, n’ont pas besoin de nous pour vivre. Les arbres ont survécu à plusieurs extinctions de masse comme celle des dinosaures. » Richard Powers conclut que si l’on veut que l’humanité soit encore présente dans le futur, l’Homme doit admettre cette réalité.

Raconter des histoires pour changer les mentalités

Il ne suffit pas, pour l’américain progressiste, de donner des leçons aux plus grands pollueurs et consommateurs du monde. Il est convaincu que l’on peut changer de mentalité en racontant des histoires. C’est pourquoi ses romans, imprégnés de cette mentalité, mettent en scène des tentatives de réconciliation avec le monde qui nous entoure. Dans son ouvrage l’Arbre monde de nombreux personnages nous rappelle les personnalités publiques actuelles : Greta Thunberg et Kelsey Juliana, qui a intenté un procès contre les USA. A l’origine, ces 21 jeunes ont accusé le gouvernement de ne pas leur laisser le droit de vivre dans un lieu habitable. Soulevant un vaste engouement des associations protectrices de l’environnement, cette action n’a toutefois pas abouti.

Greta Thunberg et Kelsey Juliana : deux figures du militantisme écologique chez les jeunes
(Source : Photo Laerke Posselt. Vu pour Libération. & AP photo)

« Je ne crois pas une seule seconde que l’on puisse faire changer d’avis quelqu’un avec des arguments ». Les capacités cognitives -ensemble des processus mentaux qui se rapportent à la fonction de connaissance- de l’être humain évoluent en prêtant attention à ce qui se déroule à l’échelle de nos vies. Nous peinons à identifier les processus lents et graduels ; qu’ils soient à une échelle bien plus petite ou bien plus grande que la nôtre. Les enjeux qui excèdent notre propre durée de vie nous touchent moins que les enjeux immédiats. C’est pourquoi les discours politiques comme celui de Donald Trump attirent plus de personnes. Le président américain mise sur un discours proche des préoccupations d’une partie des citoyens américains. La cible du président Trump est la classe rurale moyenne où la question de l’argent et de la reconnaissance de leurs métiers est au centre du débat notamment.

Vous l’aurez compris, pour Richard Powers, le système capitaliste défini « la Nature comme une marchandise, un moyen pour les humains d’étendre leur pouvoir à l’échelle planétaire. » Il souhaite que l’on prenne conscience que ce modèle n’est plus viable. Cette pandémie est l’occasion pour nous de nous tourner vers un mode de vie et de consommation alternatif, plus respectueux de l’environnement. Bien entendu, nous ne pourrons pas tourner le dos au capitalisme d’un claquement de doigts. Mais prendre conscience de son impact négatif et de son fonctionnement obsolète est la première étape vers un monde nouveau. Enfin, l’auteur suggère l’intégration d’un nouvel élément au système capitaliste. « Les mécanismes économiques du capitalisme pourraient intégrer des externalités environnementales et sociales ». Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui car le but premier des entreprises est de générer du profit. « Mais changer radicalement le rapport qu’entretiennent les Hommes avec la Nature et les autres espèces vivantes est la solution pour survivre. »

Elodie Radenac