octobre 27

Travelling, un tour du monde sans avion : une œuvre terre-à-terre

Le livre des deux écrivains Christian Garcin et Tanguy Viel raconte leur tour du monde en 2018 effectué en cents jours, sans avion.

Première de couverture de l’ouvrage de Christian Garcin et Tanguy Viel, édition Aventure Points paru le 11 juin 2020

Quel meilleur moment que cette période pour rêver de voyage ? À nos heures de restrictions sanitaires et de questionnement sur un possible deuxième confinement, il est légitime de se mettre à penser à tous les lieux où l’on voudrait être plutôt qu’ici . Lors du premier confinement nous avons aussi appris à prendre notre temps. En en ayant eu à ne savoir qu’en faire, notre rapport à celui-ci a pu changer. Un livre en particulier fait résonner ces propos : Travelling, un tour du monde sans avion.

« Sentir le changement de densité »

Écrit par deux écrivains français, ce récit conte le tour du monde fait par ces deux amis en 2018. À l’opposé d’une course contre la montre et à l’air de la fibre, Christian Garcin et Tanguy Viel ont choisi la lenteur, cent jour pour faire le tour de la planète bleue. Le but était alors de prendre le temps de ressentir la géographie. Pour réaliser leur projet ils ont voyagé en cargo, en train, en bus, en voiture et à pieds. Toujours dans cette optique de sentir le « changement de densité » selon leurs mots, c’est-à-dire celle de l’eau, des rails, du bitume, de la terre mais aussi de chaque fuseau horaire…

L’idée de cette heureuse aventure vient d’une prise de conscience de Christian Garcin qui un jour, s’est rendu compte qu’en trois mois il avait effectué « 19 décollages et autant d’atterrissages heureusement ». Pour rectifier son bilan carbone il s’est mis l’idée en tête que pour son prochain voyage il se déplacerait sans avion. Il ne se rendit compte que plus tard que le cargo était aussi lui un très gros pollueur, bien que pour différentes raisons. Le cargo transporte des tonnes de marchandises alors que la plus part des avions ne transportent que des personnes.

Une conquête de l’Ouest

Travelling : le titre du livre fait référence à l’anglais du verbe voyager. Mais ce qu’il dénote réellement c’est la référence au plan cinématographique, comme un lent déplacement rectiligne. Un travelling vers l’ouest et uniquement vers l’ouest voilà en résumé l’aventure. En partant de Marseille ils arrivent après 14 jours de navigation en Amérique. Ils traversent le pays d’une côte à l’autre, de New York à la Californie, en passant par « ce grand vide, territoires d’électeur de Trump », comme disent les deux écrivains. Après un petit arrêt au Mexique ils repartent en cargo vers l’ouest. Voici maintenant le Japon puis la Chine, qu’ils visitent de la grande muraille à Hiroshima. La Russie et ces statues de Lénine, un train vers l’ouest et voici cette fois l’Europe et son « homogénéité lassante ». Les auteurs expliquent qu’arrivés en Pologne ils observent les mêmes enseignes partout comme Leroy Merlin.  L’arrêt européen marquant est celui d’Auschwitz, puis retour en France pile 100 jours plus tard. 100 jours pour se rendre compte qu’on a traversé l’histoire contemporaine.

Tout au long des continents qui délimitent les chapitres, les écrivains s’accompagnent de lectures, d’où ils tirent des citations. Ainsi les mots de Proust, Stevenson, Thoreau, Kafka, Ortiz, Tchekhov, Bachelard et Giono s’entremêlent à ceux de Christian Garcin et Tanguy Viel. Perturbant parfois la lecture, ils apportent aussi une vision complémentaire du voyage, les auteurs en discutent, les critiques. Le voyage n’est pas forcément une aventure pour les deux hommes mais plutôt, d’une certaine manière, « un long retour chez soi » comme ils le témoignent arrivant en Europe. Leur aventure n’est pas romancée, bien qu’écrite par des auteurs. Entre passage littéraire sur la perception du monde, fausse relation épistolaire à un ami en France, proverbes du jour et liste de la faune rencontrée, ce livre partage une perception du monde.

Les idées reçues, les stéréotypes et l’histoire sont confrontés par les auteurs au réel et au présent. En découvrant par eux même le monde, ils se rendent compte de la réalité des choses et déconstruisent un certain nombre de  mythes. Une manière de découvrir le monde autrement… avant que l’on puisse de nouveau le faire par nous-même !

MELIE LAVAUD