octobre 28

Catherine Nay : les femmes et le journalisme

Journaliste politique, Catherine Nay est influencée par les femmes dans son parcours professionnel, y compris dans ce choix de devenir journaliste. Dans sa trajectoire elle fera partie de la génération à connaitre les débuts de la féminisation du métier de journalisme.  

Un épisode “romanesque”, telle est la rencontre de Catherine Nay avec le journalisme. Lors d’un voyage familial durant son enfance, une jeune femme sort du compartiment voisin fumer à la fenêtre du couloir, indifférente au va-et-vient des voyageurs : « Je l’admirais. Elle avait l’air de maîtriser sa vie. Je percevais son contentement paisible, un bien-être. Elle était libre ! ». À son tour Catherine Nay a voulu être libre : « J’ignore pourquoi, d’emblée, je me suis dit : elle est journaliste et moi aussi je veux être journaliste »

Lors de sa conférence dans l’espace Miramar, à Cannes, elle se confie : « pour faire plus sérieux je pourrais raconter que ma grand-mère était féministe, qu’elle m’avait parlé de Louise Weissqu’elle était allée écouter à Tours, et aussi d’Alexandra David-Néel, « des femmes capables » [journalistes], disait-elle. Mais non, en réalité, c’est bien l’inconnue du train qui a suscité mon envie de faire ce métier ». 

À part les histoires de sa grand-mère qui lui faisaient découvrir le journalisme par des grandes figures féminines, Catherine n’avait aucune ouverture sur la presse, « mais je n’ai jamais douté que je serais journaliste » raconte-t-elle.  

La rencontre avec Françoise Giroud 

Catherine May est engagée en 1968, à 25 ans, au service politique de L’Express de Jean-Jacques Servan-Schreiber, chargée du parti politique de droite. Durant son passage au journal l’Express, le chemin de Françoise Giroud, actionnaire du journal, et celui de Catherine Nay se croise, elles viendront à créer une relation de maitre et élève : « Françoise, pour moi, était le summum du professionnalisme. J’ai appris le métier avec elle »

Au sein de la rédaction, Françoise Giroud avait “une notoriété naturelle”. Elle donnait des leçons d’écriture, elle apprenait aux journalistes à écrire : « Les plus grands du journal passaient sous sa coupe ». Lors de la rédaction d’un article, elle disait : « Cela sert à quoi d’avoir du talent à la quatrième ligne si le lecteur est déjà parti à la troisième »

Processus de féminisation du journalisme 

À cette époque les femmes ne sont pas nombreuses dans le milieu journalistique. C’est dès le début des années 1960 que le processus de féminisation du journalisme s’entame en France (Source : Institut National de l’Audiovisuel “INA”). Françoise Giroud entre dans ce processus puisqu’elle fonde avec Jean-Jacques Servan-Schreiber le journal L’Express en 1953. Au sein du journal, Catherine Nay fait donc partie des premières femmes à arriver selon le souhait du cofondateur de l’Express « qui était pour la féminisation de la presse et qui a joué un rôle […] Il a toujours aimé travailler avec les femmes. Il faut rendre à César ce qui est à César ». Après, « dans les six mois, presque tous les journaux envoyaient des femmes [sur le terrain] ».  

Ce processus de féminisation s’amplifie jusqu’aux années 2008, année où on constate une quasi-parité. Selon une étude sur ce processus dans le journalisme politique, cette féminisation s’explique en partie par l’augmentation des contraintes économiques et commerciales dans le journalisme qui impose de gagner un nouveau public, et en particulier féminin. Ainsi, l’idée d’inclure les femmes dans le journalisme. Leur perception féminine de l’information séduirait le public du même genre.   

Malgré la féminisation du journalisme, l’égalité homme-femme dans sa trajectoire professionnelle n’est pas atteinte : Les femmes journalistes se concentrent dans les métiers les moins valoriséstandis que les postes les plus mobiles et prestigieux ou liés à l’image sont très nettement masculins, selon l’INA. Dans les médias, les postes à responsabilité sont ainsi occupées majoritairement par des hommes. On note que l’égalité homme-femme dans le journalisme est atteinte quantitativement et non qualitativement.  La profession se féminise mais il reste du progrès à faire.