En Guinée, une réélection qui ne passe pas

Les tensions dans la capitale guinéenne s’intensifient après les élections suite au troisième mandat consécutif du président sortant, Alpha Condé.

Affrontements violents entre forces de l’ordre et partisans de Cellou Dalein Diallo. Crédit photo : Reuters

C’est officiel, le président sortant Alpha Condé remporte les élections présidentielles de Guinée. Âgé de 82 ans, il entame donc son troisième mandat d’affilé, avec presque 60 % des suffrages. Face à lui Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée. Il recueille 33,5 % de voix. Depuis mardi 20 octobre, les résultats des 15 000 bureaux de votes étaient publiés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), circonscription par circonscription, au fur et à mesure du dépouillement.


« Nous allons protester contre ce hold-up électoral »

Dès lundi 19 octobre, Cellou Dalein Diallo avait annoncé sa victoire aux élections présidentielles guinéennes, sans attendre le verdict de la CENI. Alors autoproclamé nouveau président, il se retrouve bloqué par les forces de l’ordre à son domicile de Conakry. « Nous allons protester contre ce hold-up électoral par la rue » a-t-il déclaré à l’AFP. L’opposant dénonce une « fraude à grande échelle » dans le but de le priver, une fois de plus, d’une victoire à la présidentielle. Cellou Dalein Diallo et son parti estiment en effet que leurs défaites aux élections de 2010 et 2015 avaient déjà été falsifiées. De plus, Alpha Condé a fait modifier la Constitution en mars dernier pour se représenter à un troisième mandat.

Pour Cellou Dalein Diallo et ses partisans, la victoire d’Alpha Condé ravive les tensions dans le pays. Elles s’étaient pourtant apaisées durant le mois précédant les élections. Avant de finalement s’intensifier dès le lendemain du premier tour du scrutin. Des barricades, des pneus brûlés, des magasins incendiés, des violences… la capitale et plusieurs villes frôlent la guerre civile. Des affrontements meurtriers ont lieux entre forces de l’ordre et partisans de Cellou Dalein Diallo. Le 23 octobre ils ont causé la mort de cinq personnes, trois gendarmes, un civil et un soldat. Selon la BBC, Il y a eu au moins trente morts depuis le 18 octobre, jour du vote.

Désormais place à la bataille juridique : Cellou Dalein Diallo, accusant l’opposition de fraude, va « saisir la Cour Constitutionnelle, sans se faire trop d’illusion » a-t-il déclaré à France 24. Une mission de diplomatie préventive va être mené par l’ONU dans le but d’apaiser les tensions. Elle est attendue avant mardi 27 octobre à Conakry.

Samuel Burel