octobre 30

Au Chili, « le triomphe du peuple pour le peuple » après le référendum pour voter une nouvelle Constitution.

30 ans après la destitution d’Augusto Pinochet, le Chili a voté ce dimanche 25 octobre une réforme complète de sa constitution. Les chiffres dépassent toutes les espérances : 78% des votants ont dit oui en faveur d’une réécriture des textes de lois, réclamé depuis un an par le mouvement social qui s’était emparé du pays.

C’est une première pour l’histoire de ce pays, marqué depuis octobre 2019 par des manifestations sociales contre la Constitution actuelle. « Apruebo » ou « Rechazo » (soit « J’approuve » ou « Je refuse »), c’est finalement le camp des réformateurs qui l’a emporté ce dimanche, lors d’un référendum national concédé par le gouvernement actuel. Ce référendum, très attendu depuis les premières manifestations d’octobre 2019 – et initialement prévu en avril puis reporté à cause de la pandémie – est une véritable victoire pour les chiliens, qui avaient durement souffert de ce système et auquel l’arrivée de la crise sanitaire n’a rien arrangé. La COVID-19 a peut-être aidé à mettre fin à cette Constitution : la crise sanitaire a été très mal gérée, et a agrandi encore plus le fossé entre riches et pauvres. Valita, photojournaliste de 27 ans, en a fait le constat pour Le Monde : « Beaucoup de personnes ont perdu leur emploi, car ceux-ci ne sont pas suffisamment protégés, la pauvreté a beaucoup augmenté. » Les textes actuels hérités de la dictature promouvaient une économie entièrement libérale, où l’État n’avait pas sa place, faisant du Chili un des pays les plus inégalitaires du monde.

Une nouvelle constitution écrite par le peuple

A l’aube d’une nouvelle constitution, les 14,7 millions de Chiliens appelés à voter ont souhaité que ce nouveau texte soit rédigé entièrement par des citoyens. Une initiative qui a, elle aussi été votée lors de ce référendum, où deux questions ont été posées : « Souhaitez-vous une nouvelle constitution ? » et « Quel organe devra rédiger la nouvelle constitution ? ». Deux réponses étaient possibles : celle d’une convention constituante, c’est-à-dire uniquement formée de citoyens, ou celle d’une convention mixte, composée de citoyens et de parlementaires. Le peuple a ainsi décidé d’écrire son futur seul : car ce qui était reproché aux gouvernants était leur déconnexion des réalités économiques.  Pour le politologue chilien Marcelo Mella, la victoire de l’ « apruebo » est pour lui :  « le triomphe du peuple pour le peuple dans une démocratie (…) qui, depuis trois décennies, s’est construite sur un discours de stabilité au prix d’un retrait de la souveraineté au peuple ».

A l’annonce de ce « oui », des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Santiago pour fêter leur victoire, sous les cris de joie et les klaxons. Un an auparavant, 1 million de manifestant étaient descendus même lieu, même jour pour contester contre l’augmentation du prix du ticket de métro… soit le début de ce mouvement social, qui ne demandait qu’une chose : que le Chili se réveille. Aujourd’hui, Valita est fière de le dire. « Chile desperto », le Chili s’est réveillé. La nouvelle constitution tant désirée sera elle, votée en 2022 lors d’un nouveau référendum. 

LYDIA MAACHI