novembre 03

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Collages: du féminisme à l’art

Les collages, un mouvement porté par des femmes, qui “s’exposent mais qui exposent” un nouvel art urbain militant.  

En février 2019, le mouvement des collages voit le jour : des slogans féministes peints en lettres noirs sur des feuilles A4, la signature des militantes, appelées les « colleuses ». Le but : « sensibiliser et dénoncer l’inaction des pouvoirs publics à agir efficacement contre les violences faites aux femmes ».  

Confrontées aux conséquences que les collages impliquent, les « colleuses », ces militantes qui s’approprient les rues, ont toujours fait face à des remarques, mais qui souvent « engageaient à la discussion », confie l’une d’entre elles. Cependant depuis quelques semaines, les colleuses sont confrontées à une intensification des agressions, et même à des créations de mouvements anti-collages. Ces mouvements détournent le message des colleuses par la déformation du slogan incitant souvent à l’agression des femmes, comme par exemple « si elle dort ce n’est pas du consentement ». D’autres, sur les réseaux sociaux, appellent au décollage des slogans féministes : « Si tu veux nous aider, un seau d’eau et un balai ça marche de ouf » peut-on lire dans la description d’un compte de décollages féministes sur Instagram – l’opposé de collages féministes -. « Nous voulons médiatiser l’opposition, non pas dans la vision de blocage, mais celle d’un questionnement : les messages haineux que les collages peuvent transmettre, l’écriture inclusive qui constitue une aberration linguistique pour quiconque ayant étudié le latin, l’appropriation du mouvement féministes par les politiques et les médias, la détérioration du paysage urbain... » explique Adrien, administrateur d’un compte de décollages féministes. D’autres comptent parodient le mouvement de collages de slogans féministes, sur Instagram ou Twitter. Sur la description on lit « à prendre au deuxième degré ».  

Les colleuses considèrent ces mouvements comme des agressions. Cependant, elles sont confrontées à des attaques physiques violentes lorsqu’elles sont dans la rue.  

“Les colleuses” agressées dans la rue 

Les dernières agressions subies par les colleuses ont été qualifiés de tentatives de féminicides par les différents collectifs de Collages Féminicides, dont celui de Paris est la référence (https://www.instagram.com/collages_feminicides_paris/). Le 30 aout un automobiliste percute trois jeunes colleuses, puis un groupe de jeunes colleuses est menacé à l’arme à feu, quelques jours plus tard une autre colleuse transsexuelle est violemment frappée. Cela « prouve à quel point les collages et le féminisme sont encore indispensables » précise le compte des Collages Féminicides de Montpellier. Des risques d’agression qu’elles prennent lorsqu’elles décident de coller. Il en existe d’autres, notamment du point de vue législatif où elles risquent la verbalisation. 

Législation  

En effet, les collages sont considérés comme une “dégradation légère d’un bien public : « Les collages ne sont pas des dégradations permanentes, ils bénéficient d’un flou juridique » explique le compte Instagram Collages Féminicides Paris. L’amende est passible de 68 euros, si elle est réglée dans un délai de 45 jours, et de 180 euros au-delà de ce délai. En cas de non-paiement ou de contestation, le juge du tribunal de police peut décider du montant, pouvant aller jusqu’à 450 euros. La peine maximum est de « 3 750 euros d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général lorsqu’il n’en résulte qu’un dommage léger », selon l’article 322-1 du Code Pénal. (Source : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006418260 

Néanmoins, certaines mairies à Paris et proches banlieues autorisent les collages. C’est le cas du 11eme, 13eme et du 20eme arrondissement, ainsi que la ville de Montreuil. Dans un communiqué du 17 octobre 2019, cette mairie déclare son vœu de soutien à la campagne d’affichage du groupe “Collage féminicides Montreuil” sur les murs de la ville : « Considérant que les messages diffusés sur les murs comme “On ne frappe pas par amour” sont d’intérêt général et en adéquation avec les valeurs et les engagements portés par les élu.e.s de la ville et ses services, Montreuil s’engage à ne pas verbaliser les militant.e.s et à ne pas effacer les affichages destinés à sensibiliser aux féminicides »(Source : https://www.montreuil.fr/fil-infos/detail/voeu-de-soutien-a-la-campagne-daffichage-du-groupe-collage-feminicides-montreuil-sur-les-murs-de-la-ville-1) 

Démarche de sensibilisation artistique 

Cet engagement de sensibilisation prend parfois des formes plus artistiques. Pauline Makoveitchoux, artiste photographe féministe, réalise des photos des colleuses, durant leurs actions, ou des portraits. Elle a récemment réalisé une exposition « sauvage » en collant, « à la manière des colleuses » ses photos dans un parc en périphérie de Paris. Une exposition libre nommée “Women are not afraid”. L’objectif étant de mener le spectateur à une réflexion sur le harcèlement de rue et les agressions sexuelles dont les femmes sont victimes dans l’espace public : « Signaler aux témoins silencieux et inactifs, qu’ils sont complices des agresseurs tant qu’ils ne s’opposent pas ». (A retrouver sur : https://www.instagram.com/women_arenotafraid/

©Pauline Makoveitchoux / Exposition libre “Women are not afraid 

Laura Bouaricha