novembre 07

Comment le prénom Karen est-il devenu un symbole du racisme ordinaire aux États-Unis ?

Le prénom Karen est devenu Outre-Atlantique un patronyme dénonçant une femme blanche d’âge mur, au caractère vindicatif et raciste.

« Tais-toi Karen » un slogan repris lors de manifestations antiracistes. Ben Perry/ Rex/Sipa

D’abord surnommée Becky dans les années 90, puis Caroline, l’archétype de la mère de famille américaine de classe moyenne, autoritaire, et qui use de son « privilège blanc » se distingue sous le nom de Karen depuis 2 ans. Si l’aspect condescendant fait partie de la caricature de Karen depuis des années, cette dernière est aussi devenue un symbole de « racisme et de suprématie blanche » selon le New York Times. Cette connotation s’inscrit à la suite des manifestations Black lives Matter, après la mort de George Floyd le 25 mai 2020. En mars 2018, le terme a fait son entrée dans le Urban Dictionary, un dictionnaire participatif en ligne contenant des mots d’argot.

L’origine du qualificatif Karen

Selon le site Internet documentant les mèmes ( élément repris et décliné en masse sur Internet ) et phénomène en ligne Know your memes l’expression proviendrait d’un sketch de l’acteur et humoriste Dave Cook, datant de 2005 sur « cette amie que personne n’aime », qu’il surnomme Karen. L’autre source plausible du sobriquet pourrait être issu du film Lolita malgré moi sorti en 2004 aux États-Unis. L’un des personnages principaux n’est autre qu’une Karen qui demande à sa copine Cady comment elle peut « venir d’Afrique si elle est blanche ».

Les vidéos virales des « Karen »

Certaines vidéos postées sur Internet mettent en scène des femmes au comportement relevant du stéréotype d’une Karen. Elles ont fortement participé au gain de popularité du surnom.

La plus célèbre d’entre elles est celle d’Amy Cooper. Christian Cooper, ornithologue amateur, capture la réaction d’Amy Cooper (aucun lien de parenté), une femme en train de promener son chien sans laisse. L’homme avait simplement demandé à la jeune femme de respecter le règlement et d’attacher son animal, celle-ci appelle alors la police par téléphone et déclare à son interlocuteur : « Je vais leur dire qu’un homme afro-américain me menace !”. Filmée à Central Park le 25 mai, jour même de la mort de George Floyd, la vidéo est postée sur Twitter quelques jours plus tard par la sœur de Christian Cooper qui désigne la propriétaire du chien comme une Karen. Les images sont visionnées 45 millions de fois en un mois et demi sur le réseau social.

Une loi contre des alertes excessives

Face aux appels à la police américaine dénués de justification valable et visant à porter préjudice aux minorités, les autorités locales de San Francisco ont présenté le 7 juillet  » le CAREN Act » , un projet de loi dont le nom fait allusion au phénomène qui l’a inspiré. L’acronyme signifie « Caution Against Racially Exploitative Non-Emergencies », que l’on pourrait traduire par «Vigilance face aux fausses alertes motivées par le racisme.»

Sans être directement une insulte, le prénom Karen est désormais une des figures du racisme systémique américain.

Aliénor Ruel