novembre 10

Élections présidentielles en Côte d’Ivoire : La crise politique continue

Alassane Ouattara, le 31 octobre, jour des élections présidentielles Ivoiriennes

Samedi 31 octobre, les Ivoiriens votaient pour le premier tour des élections présidentielle.  Depuis l’annonce du président sortant, Alassane Ouattara, de briguer un troisième mandat, en août dernier, plus d’une trentaine de personnes ont perdu la vie en marge de manifestations contre cette candidature et durant des affrontements intercommunautaires. Dans ce pays où les crises et les soulèvements éclatent souvent pour cause de désaccords politiques, ce vote représente un enjeu capital. La crise préélectorale rappelle celle qui avait eu lieu après les élections de 2010 et qui avait débouché sur une guerre civile.

« Une élection à deux visages, symbole d’un pays divisé » titre le 1er novembre le magazine Jeune Afrique pour qualifier le vote qui se déroulait la veille en Côte d’Ivoire. La division du pays est, en effet, un problème que beaucoup soulèvent quand ils font allusion à la politique ivoirienne. Entre le nord et le sud, entre les pro-Ouattara et les anti-Ouattara, entre les communautés… Le pays est divisé en deux depuis 2002, alors que des opposants tentent un coup d’État contre l’ancien président Laurent Gbagbo. À l’époque, Bouaké, ville située dans le centre du pays, devient alors la frontière entre rebelles et armée régulière.

Laurent Gbagbo est élu en 2000 lors d’un scrutin qui fait déjà débat. Au cours de son mandat, la situation politique se dégrade et de nouvelles élections en paraissent être la seule issus. Le scrutin ne se fait pourtant qu’en 2010 avec un deuxième tour qui oppose Laurent Gbagbo, leader du Front populaire ivoirien (FPI) et de la Majorité présidentielle (LMP), à Alassane Ouattara, président du Rassemblement des républicains (RDR) et candidat de la coalition du Rassemblement des Houphouétistes pour la paix (RHDP). La victoire d’Alassane Outarra avec 54,1 % des suffrages est annoncé par Commission électorale indépendante (CEI, composée à majorité par les membres de l’opposition). Ces résultats ne sont pas acceptés par le Conseil constitutionnel présidé par un proche de Laurent Gbagbo. Ce sont finalement aux Nations Unis de trancher : « Il ne devrait pas y avoir de confusion. Pourquoi ? Parce que le gouvernement ivoirien a invité le Conseil de Sécurité à me donner le mandat de certifier le résultat des élections en Côte d’Ivoire » explique, à l’époque, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Côte d’Ivoire Choi Young-jin. Il confirme alors la victoire de l’opposition représentée par Alassane Outtara.

Laurent Gbagbo n’accepte pas la nomination de son opposant et un conflit éclate qui coutera la vie à 3000 personnes. Gbagbo est finalement arrêté pour être jugé à la Cour Pénale Internationale (CPI) à La Haye, il est accusé de crime contre l’humanité pour s’être accroché au pouvoir. L’ancien président sera ensuite acquitté de toutes ces charges en janvier 2019. Sa libération donne lieu à des manifestations de ses partisans dans beaucoup de ville de la Côte d’Ivoire. Ces regroupements mettent alors en lumière la division politique qui subsiste dans ce pays. Il voit s’y disputer les mêmes hommes politiques depuis la mort du premier président Félix Houphouët-Boigny en 1993.

Au cœur de ces tensions politiques toujours palpables en Côte d’Ivoire, la candidature à un troisième mandat du président Alassane Ouattara est jugée anticonstitutionnelle par l’opposition. Alors que le président actuel avait répété vouloir laisser la place aux jeunes pour ce nouveau scrutin et que la constitution ne lui permettait pas de se présenter pour un troisième mandat. Il prend finalement la décision de se représenter suite à la mort à 61 ans du candidat de son parti Amadou Gon Coulibaly, des suites d’un infarctus. Un geste que Ouattara qualifie de « sacrifice ». Cette décision n’est pas au gout de ses opposants, parmi eux : l’ancien allié du chef de l’État et ex-président Henri Konan Bédié, leader du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Les partisans des autres candidats contestent depuis la confirmation des ambitions présidentielles d’Alassane Ouattara. Un mouvement de « désobéissance civile », « un boycott actif » pour obtenir « une transition politique » est lancé par l’opposition unie le 11 octobre. Ils exigent, en plus du retrait de la candidature de Ouattara, « la réforme de la CEI et du Conseil constitutionnel, l’audit international de la liste électorale, le retour des exilés et la libération des prisonniers politiques. » Les partis politiques d’opposition ont également proposé un report de élections pour qu’un dialogue puisse se mettre en place. C’est aussi ce que préconise Laurent Gbagbo au micro de la chaine francophone TV5 : « ce qui nous attend, c’est la catastrophe (…) Il faut discuter. » Le but est d’éviter que la situation se désagrège comme en 2010.

De nombreux incidents ont marqué ces nouvelles élections, 5 personnes sont mortes samedi, elles viennent s’ajouter à la trentaine de sinistrés comptés depuis le début de la crise préélectorale. Le vote a été boycotté par les candidats Henri Konan Bédié et Pascal Affi Nguessan, président et candidat du Front populaire ivoirien (FPI).  À ce jour les résultats ne sont pas encore tombés. La victoire au premier tour d’Alassane Outtara a été annoncée dimanche. Sa validation par le Conseil Constitutionnel pourrait ramener la Côte d’Ivoire 10 ans en arrière.

Justine Segui