novembre 13

Avec les nouvelles annonces ministérielles, la captivité des cétacés à Marineland, relance les controverses

Parc Marin et associations avancent leurs arguments

La ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, présentait mardi 29 septembre une série de mesures sur le « bien-être de la faune sauvage captive », dont la fin progressive de la présence d’orques et de dauphins dans les delphinariums. Une annonce soutenue par plusieurs associations mais critiquée par la direction de Marineland, à Antibes.

Dès le lendemain, le parc marin publie sur son site un communiqué pour répondre aux déclarations de la ministre : « Marineland regrette profondément l’annonce portée hier par la Ministre de la Transition écologique et solidaire Barbara Pompili qui, en l’absence de tout fondement scientifique, met en péril l’avenir des parcs marins […] ». Pour défendre son parc, Marineland soutient avoir un rôle pédagogique, scientifique et économique : « Marineland est un lieu irremplaçable, qui a permis à d’innombrables visiteurs, enfants comme adultes, de s’ouvrir au monde marin et d’apprendre à aimer et à protéger la biodiversité marine. Aujourd’hui, c’est cette initiation au vivant qui est vouée à disparaître », regrette Pascal Picot, directeur général de Marineland. Le communiqué du parc défend aussi son utilité dans l’économie locale : « Cette décision menace la viabilité financière et les emplois de l’un des principaux piliers économiques de la Côte d’Azur ». Marineland affirme générer 942 emplois par an en équivalent temps plein et avoir selon la Chambre de Commerce et de l’Industrie de la Côte d’Azur une retombée économique estimée à 97,9 millions d’euros.

Plusieurs associations revendiquent depuis des années la fin de la captivité des cétacés dans les parcs marins. Ainsi cet été, les associations C’est assez, One Voice et le Groupe Anti-Captivité manifestaient devant Marineland à Antibes. Elles condamnaient le dressage des animaux dans le but de divertir les visiteurs et leurs conditions de captivité : « La captivité fait chuter dramatiquement leurs défenses immunitaires, menant à des maladies en chaîne et causant souvent leur mort » témoigne Ingrid Visser, biologiste marine. L’espérance de vie des orques clamée par Marineleand est de 30 à 40 ans, or ces animaux sont capables de vivre bien plus longtemps dans leur milieu naturel. Jusqu’à 50 ans pour les mâles, et 60 à 90 ans pour les femelles.

En 2019, Ingrid Visser lançait avec One Voice une pétition pour placer Inouk, un orque de Marineland, dans un sanctuaire marin et portait plainte contre le parc pour actes de cruauté sur le cétacé. L’orque souffre notamment « d’un déchaussement des dents, des dents cassées et des dents dont la pulpe est exposée ». La plainte, si elle n’a pas encore abouti à un procès a fait réagir la direction du parc, qui dément toujours ces accusations : « Inouk est en bonne santé, le problème des dents est propre aux orques même en milieu naturel, on le constate sur les orques échoués, c’est leur talon d’Achille » assure le directeur général du parc. Une étude réalisée en 2017, publiée dans la revue scientifique Archives of Oral Biology est souvent utilisée pour montrer le contraire. Selon l’étude, 24 % des cétacés en captivité étudiés présentent une usure sévère des dents et plus de 60 % ont les dents cassées à l’avant de la gueule. Les chercheurs insistent sur le fait que la dentition des orques à l’état sauvage peut présenter également des signes d’usure, mais ces dernières sont symétriques et se produisent progressivement au fil des décennies. Dans les parcs les dommages dont souffrent les orques sont aigus et irréguliers.

L’un des co-auteurs de l’étude[CD1], Jeffrey Ventre (diplômé en biologie, ancien dresseur à SeaWorld, parc marin américain) insiste : « Les dommages dentaires sont les conséquences les plus tragiques de la captivité car cela ne cause pas seulement la mort (en cas d’infection) des orques mais cela conduit également bien souvent à des thérapies antibiotiques chroniques qui à terme compromettent le système immunitaire du cétacé […] ».

Face à ces critiques de maltraitances, le parc marin affirme répondre aux normes les plus sévères du secteur. En février 2018, Marineland obtient la certification pour le bien-être et le traitement humain de ses animaux du programme international de l’association American Humane (http://americanhumane.org/). Une association qui ne remet pas en cause la captivité des animaux à des fins de divertissement : « C’est une réalité que les animaux sont et continueront d’être utilisés dans ces lieux de divertissement. En tant que tel, nous soutenons les améliorations de la législation sur le bien-être des animaux concernant ces lieux et sommes d’avis que lorsque des animaux sont utilisés dans des lieux de divertissement légaux, un niveau élevé de soins doit être mis en place ».


 [CD1: https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0003996917303138?via%3Dihub]

Auriana Castro