Coronavirus : le nombre de bénéficiaires d’aides alimentaires a drastiquement augmenté en France

Alors que peu de données sont disponibles sur le second confinement, de récents rapports de l’Ipsos, du Secours populaire ou de l’Ifop témoignent déjà d’une hausse significative de la demande d’aides alimentaires dans l’hexagone depuis mars

Durant le premier confinement, du 17 mars au 11 mai, jusqu’à environ 6,7 millions de Français ont eu recours aux aides alimentaires. Photo FLOURISH/Adrien Pain

    Une augmentation de la pauvreté « sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale ». C’est ce qu’a constaté le Secours populaire le 30 septembre au travers de son baromètre de la pauvreté annuel réalisé avec l’Ipsos. Selon l’association et l’entreprise d’études marketing, 1,27 millions de bénéficiaires de distributions alimentaires sont apparus pendant les deux mois de confinement. Au Secours populaire, près d’une personne sur deux n’avait jamais sollicité d’aide auparavant.

    Des chiffres qui s’ajoutent aux 5,5 millions de bénéficiaires français d’aides alimentaires début mars, comptés par Dominique Paturel, professeur en sciences de gestion et membre du collectif Démocratie alimentaire, pour le Laboratoire d’innovation sociale par la recherche-action (LISRA). L’association Bras ouverts de Vallauris, parmi les près de 1500 bénéficiaires de ses distributions alimentaires accueillis depuis la fin du premier confinement, enregistre 96 nouveaux foyers, soit 216 personnes.

Des profils inédits de bénéficiaires

    La raison : l’apparition d’une population issue des secteurs affectés économiquement par les mesures de confinement. « Au-delà des restaurateurs, on a même eu une vendeuse de prêt-à-porter de luxe ! », s’étonne Claire Anjou, la responsable de Bras ouverts. Reynald Parsons, un bénéficiaire des aides alimentaires de la banque alimentaire, ajoute : « Je ne viens pas normalement mais, en ce moment, c’est difficile. Cela fait 3 semaines que je suis inscrit. »

    Le Collectif de lutte contre la dénutrition a relevé le 18 novembre que 16 % des Français ont perdu au moins 3 kilogrammes durant le printemps. Des résultats inhabituels observés par une enquête conduite en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès et l’Ifop.

Des déficits budgétaires pour les banques alimentaires

    Hausse des subventions du Fonds d’aide européen aux plus démunis, réduction d’impôts accordée aux entreprises pour leurs dons alimentaires (rapport de l’IGAS de décembre 2019 sur la lutte contre la précarité alimentaire)… Ces mesures ne suffisent pas à subvenir aux besoins de toutes les associations.

Le budget annuel de l’association Bras ouverts s’approche habituellement des 150 000 €. Photo Loïc Bessière

    Pour la première fois, Bras ouverts connaît un déficit annuel de 33 000 €. Afin d’essayer de compenser, les bénévoles proposent notamment des vêtements à bas prix. À plus grande échelle, au sein d’une lettre adressée à Jean Castex, une dizaine d’élus ont demandé le 20 novembre au gouvernement une « sécurité sociale de l’alimentation ». La crainte d’une aggravation de cette précarité en raison du second confinement en vigueur depuis le 30 octobre.

ADRIEN PAIN