La Trilogie McCartney : 50 ans de renouveau

Paul McCartney au travail dans son studio du Sussex, pendant le premier confinement, pour son nouveau projet, McCartney III (Crédit : D.R)

J.R.R Tolkien n’est pas le seul à avoir sa trilogie… Paul McCartney aussi ! L’ancien membre des Beatles a sorti un nouvel album, le 18 décembre dernier, McCartney III, qui vient conclure une trilogie particulière, débutée il y a 50 ans. 

« Un bon moyen de passer le confinement… » Pendant que certains ont profité du premier confinement pour augmenter leur connaissance du catalogue Netflix ou ont contribué à réduire un peu la pile des livres non lus sur les étagères de leur bibliothèque, certains en ont profité pour créer. C’est le cas d’un certain Paul McCartney, qui du haut de ses 78 ans, a concocté un nouvel album, nommé McCartney III et qui renvoie directement aux deux premiers opus de cette trilogie musicale, symbole de renouveau artistique et de production minimaliste pour le compositeur vivant le plus célèbre. 

Premier confinement artistique et changement de cap

Peu après la dissolution des Beatles, enregistrement du premier album solo dans sa ferme écossaise (Crédit : Linda McCartney)

Il faut dire que Paul McCartney s’y connaît en matière de confinement. 

1970 : le monde est sous le choc. Le magazine The Daily Mirror titre sur sa une du 10 avril : « Paul quitte les Beatles ». Une surprise pour tout le monde, sauf pour les membres des Beatles eux-mêmes, qui étaient déjà séparés depuis plusieurs mois et le départ de John Lennon un 20 septembre 1969. C’est d’ailleurs peu après cette date que McCartney se retire de Londres, direction sa ferme écossaise de High Park au milieu de nulle part, avec femme et enfants. C’est le premier confinement du Beatle, qui va d’abord sombrer dans la dépression, avant de se reprendre en main et d’enregistrer de nouvelles chansons pour son premier album en solo, sobrement intitulé McCartney. Tout cela pendant que les Beatles sont officiellement toujours un groupe en activité. La particularité de cet album est qu’il est fait entièrement par lui-même, aidé seulement de sa femme pour quelques choeurs et pour le soutien psychologique, ce dernier étant caractérisé par la chanson « Maybe I’m Amazed », un de ses plus grands succès en solo. 

Un album qui sera accueilli assez froidement par un public déconcerté par la nouvelle orientation moins sophistiquée de sa musique. Une déception publique qui ne va jamais se détacher de ses prochains projets, seul ou accompagné de son nouveau groupe dès 1971, Wings. 

Deuxième confinement artistique et détachement

Enregistrement de McCartney II, peu après la dissolution des Wings, déjà dans sa maison du Sussex (Crédit : Linda McCartney)

1980 : Paul McCartney n’en a maintenant que faire de ce que l’on pense de lui. Il se sépare de Wings et tente de retrouver à nouveau une totale liberté de son travail. Il veut expérimenter, bidouiller, faire ce qu’il veut. Quoi de mieux alors que ce contexte pour donner une suite à son premier opus ? 

Il s’enferme à nouveau seul dans sa maison du Sussex et explore encore une fois de nouveaux horizons musicaux, avec notamment des titres purement électroniques, comme « Temporary Secretary » ou « Frozen Jap », qui parleront aux plus connaisseurs. Car l’album est à nouveau une déception critique, certes, mais aussi commerciale, fait plus que rare dans sa discographie. Le public étant à nouveau plus que troublé par ses nouvelles expérimentations. « Je ne suis pas quelqu’un que l’on met dans une boîte ! » se justifie-t-il dans un entretien pour The Quietus, en 2011. « Je pense parfois que je pourrais juste rester dans mon champ d’action et me reposer sur mes lauriers, mais finalement mais au final : Hors de question ! Je m’ennuierais dans la minute ». 

Ce changement de cap sera finalement d’assez courte durée. L’accueil réservé, ainsi que la mort traumatisante de son complice des Beatles, John Lennon, quelques mois plus tard, voit McCartney retourner vers un environnement plus familier. L’album suivant, Tug Of War, sorti en 1982, est d’ailleurs produit par le producteur éternel des Beatles : George Martin. 

2020 : Troisième confinement forcé et jeunesse éternelle

En 2020, Paul McCartney a 78 ans et fait partie des dinosaures du rock. Mais l’heure n’est jamais au bilan. « Tout ce que je fais est supposé être mon dernier. Quand j’avais 50 ans, les gens disaient « C’est sa dernière tournée… » et moi de me dire « Ah bon ? Je ne crois pas… » » explique-t-il à Loud And Quiet, en octobre dernier. 

Alors qu’il fait aujourd’hui partie des meubles, que cela fait 40 ans depuis ce deuxième opus expérimental et qu’il n’a plus rien à prouver, selon les dires de beaucoup, la question est de savoir : Qu’est-ce qu’on attend d’un nouvel album de Paul McCartney ? 

« Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’a plus grand chose à prouver. Je suis curieux de savoir ce qu’il a envie de dire aujourd’hui. Ce qui est délicat est le risque de se pasticher eux-mêmes… C’est dur pour eux de trouver une motivation et d’essayer de faire mieux que ce qu’il a déjà fait. Comme il n’a plus d’objectif de carrière, finalement, il n’a pas de pression donc ça donne des disques intéressants quand même. » selon Bertrand Burgalat, musicien et patron du label Tricatel. Pour Agnès Léglise, journaliste à Rock & Folk, l’enthousiasme quant à un nouvel album du plus gentil des Beatles n’est plus trop de mise :  » L’intérêt de l’album tient à son nom ». « C’est pas révolutionnaire… Et il n’y a pas le même sentiment d’urgence personnelle, j’ai peur qu’il soit devenu presque trop heureux pour le rock… », ajoute-t-elle.

Pour un projet aussi minimaliste, la campagne promotionnelle menée par sa maison de disques, Capitol, a été très importante et s’est déployée dans les quatre coins du globe. C’est d’ailleurs dans ces derniers que « Macca » donne toujours de nombreux concerts, pour le plus grand bonheur des fans, qui saluent son extraordinaire longévité. « Certaines personnes me demandent : « Après toutes ces années à tourner ? N’en as-tu pas marre ? » Et je réponds : « Non. »

Une façon de dire que, bien que la musique peut parfois se faire seul, il n’est rien de mieux que de la partager avec un public. En tout cas, Paul McCartney, doit être impatient de le retrouver…

Corentin Sachet