février 11

Covid-19 – Confiner les « vieux » : les principaux concernés sont divisés

C’est une idée qui peut déranger mais que certains érigent comme la solution pour que la vie reprenne son cours : Confiner les plus sensibles, et donc souvent les plus âgés. Les séniors cannois y réfléchissent et les avis restent disparates.

Un confinement réservé aux plus âgés, une idée qui séduit autant qu’elle déplait

Des voix s’élèvent pour demander un confinement des personnes à risque et des plus âgées. Dans les rues de Cannes, les 60-90 ans se promènent, avec ou sans masques, et leurs avis divergent sur la question.

« Il ne faut pas sacrifier la jeunesse pour la vieillesse, et pourtant, je suis à risque » clame George.

« J’accepte de prendre des risques pour voir les autres, on a besoin des autres, on ne peut pas vivre tous seules » réplique Françoise.

Tous deux ont 76 ans et pourtant, ils ne se mettent pas d’accord. C’est le débat qui fait surface, dans les rues, quand l’idée de confiner seulement les personnes sensibles est évoquée.

« Plutôt que de mettre la faute sur les personnes à risque, il faudrait plus mettre la faute sur ceux qui ne font pas attention. » explique Jean-Paul, 63 ans.

Et pour beaucoup d’entre eux, ceux qui ne font pas attention, ce sont les plus jeunes. Finalement, le débat tourne en rond et la discussion donne l’impression d’un conflit entre générations. Faut-il protéger les jeunes et confiner les vieux ou protéger les vieux et confiner les jeunes ?

Pour Rosa, 78 ans, ce n’est pas un problème d’âge : « On est tous dans le même bateau, je ne vois pas pourquoi certains s’excluent. Là, il faut être raisonnable, peut-être pas pour longtemps, mais pour l’humanité entière. »

Un débat animé dans les rues comme dans la presse

Si le gouvernement a toujours écarté la perspective de ne confiner que les anciens, des personnalités jeunes comme âgées la considère comme la meilleure solution.

Ainsi le philosophe de 38 ans, Gaspard Koeing a publié dans les Échos la chronique : «Vies prolongées contre vies gâchées ». Il y donne un chiffre surprenant : seules 60 personnes de 15 à 44 ans seraient mortes du covid en France depuis le début de l’épidémie.

Sur RTL, au micro d’Yves Calvi, le journaliste et écrivain de 87 ans, François de Closets s’insurge : « Nous avons fait une politique au service des vieux en prenant les jeunes comme variables d’ajustement. »

Avec 93% des décès du coronavirus concernant les plus de 65 ans et une moyenne d’âge de 85 ans, l’âge est le premier facteur aggravant du Covid.

Les jeunes sont, tout-de-même, touchés par l’épidémie, ils ont un risque sur 200 d’aller à l’hôpital et peuvent développer des formes de Covid-19 longues.

Selon la virologue Christine Rouzioux, interrogée par le journal Le 1, ce confinement réservé aux ainés ne serait pas une bonne réponse à l’épidémie. Elle explique : « c’est la branche de la population qui fait déjà le plus attention, qui se masque mieux que les autres, qui a le moins d’interactions sociales, qui fréquente le moins les transports en commun, qui ne se rend pas au bureau… Alors certes, il y a des personnes âgées qui sont contaminées, mais ces contaminations se font généralement dans le cercle familial, quand les plus jeunes viennent les voir. »

De plus, Rouzioux considère un nombre bien plus important des jeunes morts de la maladie : « même chez les 15-44 ans, la maladie a causé plus de 380 morts dont environ 120 sans comorbidité. » dit-elle.

Le coronavirus est un virus récent et encore peu connu, malgré les avancées faites pour soigner et détecter la maladie. Personne ne sait quels seront les conséquences à long terme. Le débat soulevé ici renvoi à une question bien plus large : comment éviter les répercussions physiques du virus sans engendrer de répercussions mentales ?

Justine Segui