février 11

Covid 19 : l’interdiction des locations saisonnières à Nice, pèse pour les propriétaires

Le tribunal administratif de Nice a rejeté l’arrêté du maire Christian Estrosi interdisant les locations saisonnières au mois de février dans la Métropole. Bien que retoqué, cela a engendré une perte financière pour les propriétaires.

Sur la plateforme de location de logement Airbnb, la ville de Nice compte + de 300 annonces. (Capture d’écran)

Pas de traditionnel carnaval mais bien des vacanciers autorisés à venir à Nice en février. Pour « éviter une augmentation des cas de COVID-19 due aux vacances scolaires », le maire, Christian Estrosi (LR), avait pris un arrêté municipal interdisant les locations saisonnières dans sa ville du 6 au 20 février. Un arrêté qui a été retoqué ce lundi soir par le tribunal administratif de Nice, à la demande de l’Union des Professionnels de la Location Touristique (UPLT), car il le jugeait « discriminatoire » et avec de graves conséquences pour le secteur.

Laurence, propriétaire d’un appartement loué en Airbnb, quartier Libération, a été contrainte d’annuler deux semaines de réservations. « Je ne voulais pas être en dehors de la loi donc j’ai dû rembourser les gens qui avaient réservé du 6 au 20 février ». À 100 euros la nuit, cette propriétaire a perdu 1 400 euros à cause de l’arrêté.

Nice est la ville la plus touchée par l’épidémie en France, avec un taux d’incidence de 500 pour 100.000 habitants, selon les données de Santé Publique France. Christian Estrosi avançait l’argument sanitaire pour justifier son arrêté, l’UPLT répond « une absence de discernement » de la part du maire puisqu’ « il y a très peu d’intention de réservation pour cette période ». Et, que les réservations de location saisonnière restent autorisées sur les communes aux alentours de la Métropole niçoise.

Nice, troisième plus grosse taxe de séjour reversée par Airbnb en France

En 2019, Nice comptait plus de 12 000 logements inscrits sur Airbnb. La principale plateforme de location en ligne avait reversé cette année-là, 1,8 million d’euros de taxe de séjour à la Métropole Nice Côte d’Azur, d’après . La troisième plus grosse taxe de séjour en France après Paris et Marseille. Si on se base sur les chiffres de 2019, cet arrêté aurait donc engendré un manque à gagner d’environ 60 millions d’euros pour les loueurs.

Ces derniers, déjà très affaibli par le contexte sanitaire et la basse saison touristique ont apporté leur soutien à l’UPLT. Avec trois annulations de réservations et ses trois locations saisonnières en gérance vides, la société de conciergerie Niçoise Rent’In Nice ne s’est pas sentie soutenue par la mairie. « Déjà que c’était calme en ce moment, là ça nous a tué », déplore son gérant. Les annulations pour des logements saisonniers situés quartier Libération, dans le centre-ville et dans le Vieux-Nice ont fait perdre 2 000 euros à la conciergerie et ont réduit à néant le chiffre d’affaires. « Même si l’arrêté est rejeté, cela ne va pas faire revenir les touristes du jour au lendemain », s’inquiète-t-on à Rent’In Nice.

Christian Estrosi va présenter son arrêté au conseil d’Etat

Malgré la publication de l’arrêté municipal, des annonces de locations saisonnières à Nice restaient disponibles sur les sites de réservation. « Les gens pouvaient toujours réserver un logement en ce moment pour motif impérieux ou professionnel. Mais cela se basait sur la co-responsabilité du voyageur et du loueur, explique Frédérick Seidita. On avait aucune idée de comment la mairie comptait faire des contrôles ou quelles étaient les modalités de sanction ». Sollicitée sur la question des contrôles et des sanctions en cas de non-respect de l’arrêté, la mairie de Nice n’avait pas souhaité répondre.

Et les craintes des professionnels du secteur ne se sont pas toutes évaporés avec la décision administrative de ce jour. Appelé à réagir au micro de RTL, le maire, Christian Estrosi, ne compte pas renoncer à son projet. « Nous allons tout de suite devant le conseil d’Etat, dès cette semaine, donc une mesure rapide, j’ai toute confiance », déclarait-il.

Juliette Halliez