février 11

Football : la Ligue 1, un championnat pas si ennuyeux

Le championnat de France de Ligue 1 fait l’objet de nombreuses critiques depuis quelques années. Manque de qualité technique, tactiques trop défensives… Ces critiques sont-elles fondées ? Les statistiques laissent place au doute.

Le championnat de France de Ligue 1 n’est pas si éloigné des autres grands championnats européens en terme de spectacle. (Crédit photo : Sports.fr)

Chaque week-end, c’est le même refrain. « On s’ennuie. » « Le football anglais, c’est mieux. » « On devrait s’inspirer des Allemands. » Samedi soir, d’ailleurs, le RC Lens (6ème) recevait le Stade Rennais (5ème). Une rencontre qui s’est terminée sur un score nul et vierge (0-0), au bout de l’ennui.

Pour de nombreux observateurs du football français, notre championnat est bien moins spectaculaire que celui de nos voisins italiens, espagnols, anglais et allemands.

S’il reste difficile d’établir des critères clairs permettant de juger un match sur la passion qu’il génère, la notion de « spectaculaire » étant subjective, les statistiques peuvent aider à y voir plus clair. Elles montrent que la Ligue 1, bien que moins passionnante sur certains points que les autres championnats, n’est pas aussi ennuyeuse que certains le laissent entendre.

En matière de buts inscrits, de 2010 à 2017, la Ligue 1 était assez largement en dessous de la Premier League anglaise, de la Liga espagnole, de la Série A italienne, et surtout de la Bundesliga allemande. Mais, depuis 2018, le championnat français se rapproche de la Liga. Cette saison d’ailleurs, à mi-parcours, plus de buts ont été inscrits en Ligue 1 (2,74 buts par match) qu’en Liga (2,52 buts par match) ou qu’en Premier League (2,72 buts par match).

Pour nombre de suiveurs, seuls les clubs « puissants » de Ligue 1 sont spectaculaires. Le Paris Saint-Germain ferait partie de ces puissants puisqu’il dispose d’un budget quinze fois supérieur à celui du Nîmes Olympique, actuelle lanterne rouge du championnat. Paris et ses concurrents seraient donc, pour certains, l’arbre qui cache la forêt. Ces équipes masqueraient les faiblesses des plus petites formations. À l’inverse, selon ces mêmes suiveurs, les petites équipes des quatre autres championnats seraient plus agréables à regarder.

Pourtant, les chiffres montrent le contraire. En Ligue 1, 37% des buts inscrits sont l’oeuvre des cinq premières équipes du championnat. Et c’est sensiblement la même chose pour les quatre autres ligues.

En Ligue 1, des dribbles à tout-va

Mais il n’y a pas que les buts dans un match. Une rencontre peut se terminer sur un score de 0-0 tout en ayant été le théâtre de multiples occasions.

Les statistiques avancées montrent ainsi que les équipes françaises tentent plus de tirs que les équipes espagnoles. Pas assez en revanche pour atteindre le nombre de tirs des écuries allemandes, anglaises et italiennes.

Mais il est en revanche un domaine où le championnat de France fait plus que concurrencer ses voisins européens : les dribbles. C’est dans l’hexagone que les joueurs réussissent le plus ce type d’action éliminant un ou plusieurs adversaires.

41 500 supporters par match dans les stades en Allemagne, presque deux fois moins en France

Le nombre plus important de dribbles en Ligue fait-il pour autant plus lever les foules qu’ailleurs ? En réalité, les supporters français ne manifestent pas un intérêt débordant pour leur championnat national. Preuve, certainement, qu’ils ne prennent pas un plaisir fou devant les matchs.

En moyenne, pour une rencontre de Ligue 1, on comptait 22 200 spectateurs lors de la saison 2019/2020, avant le début de la crise du Covid-19. Un chiffre loin de celui enregistré en Allemagne avec près de 41 500 spectateurs en moyenne par match.

Peut-être parce que nos joueurs ne sont pas assez bons? La qualité d’un joueur étant souvent représentée par sa valeur marchande, plus un joueur vaudrait cher, et plus un championnat aurait la chance d’obtenir une qualité de jeu importante en accumulant les joueurs les plus chers.

Or, selon le site spécialisé Transfermarkt, la valeur marchande de l’ensemble des joueurs de Ligue 1 approche les 3,5 milliards d’euros. C’est bien moins qu’en Bundesliga, qu’en Liga ou qu’en Série A. En Premier League, la valeur cumulée des joueurs frôle même les 9 milliards d’euros.

Difficile alors de considérer la Ligue 1 comme le championnat le plus attrayant d’Europe, tant l’écart de niveau entre les joueurs des cinq grands championnats européens semble important. Sévère en revanche de la cantonner à un simple spectacle soporifique.

Dorian VIDAL et Mathéo GIRARD