février 12

Les sages-femmes réclament plus de visibilité et de considération

Les maïeuticiennes et maïeuticiens étaient en grève ce mercredi 10 février. Les sages-femmes font part d’un manque de visibilité et dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail. Mais aussi un manque de considération de la part de l’État.

«L’ambiance est compliquée depuis quelques années» comme le montre cette manifestation des sages-femmes en novembre 2006
ALAIN BACHELIER/FLICKR (Image d’archive)

«Une journée de mobilisation particulière». C’est ainsi que Caroline Combot, secrétaire générale adjointe de l’ONSSF, l’organisation nationale du syndicat des sages-femmes, résume la journée de grève des sages-femmes ce mercredi 10 février. Particulière, déjà, parce qu’il n’y a «pas de rassemblement».

Les sages-femmes ont fait grève «au sein des établissements et des cabinets» en raison des conditions sanitaires et de la nécessité de leur présence. «On est essentiel au fonctionnement des maternités» rappelle Isabelle Patot, sage-femme à l’hôpital de la Conception à Marseille. Laurence Crespi, sage-femme libérale à Cannes ajoute que «même gréviste» et par «conscience professionnelle», les maïeuticiens sont «toujours là pour les femmes quelques soit le moment : la nuit, le jour ou pendant une grève».

«Certains services comptaient 100% de grévistes» ajoute l’ONSSF. À Cannes, la mobilisation à l’hôpital Simone Veil représentait 98% des sages-femmes selon Nice-Matin. «Les retours qu’on a sont très satisfaisants» ajoute Caroline Combot. La date du 10 février n’a pas été choisie au hasard. Un rendez-vous était prévu ce mercredi avec le ministère de la Santé, «mais ce dernier l’a reporté» explique l’ONSSF.

Manque de visibilité 

Aurélie Rochette, présidente PACA de l’URPS Sages-femmes et coordonnatrice régionale de l’ONSFF affirme que «cette journée d’actions était nécessaire» face à «l’urgence» pour les sages-femmes. Elle parle d’une «profession qui a beaucoup évolué sur les dernières années, des compétences qui se sont élargies pour offrir des soins optimaux».

Laurence Crespi rappelle «les compétences en matière de gynécologie et de prévention» des sages-femmes : dépistage du cancer du sein ou du col de l’utérus.

«C’est bien dommage qu’on ne communique pas plus sur ce qu’est une sage-femme» et pas seulement «sur les accouchements» car «la profession est plus vaste» ajoute la maïeuticienne libérale. Selon Aurélie Rochette, «les pouvoir publics communiquent assez peu sur notre profession» qui ajoute que «la faible visibilité des sages-femmes» empêche «l’accès aux meilleurs soins».

Même constat pour la secrétaire générale adjointe de l’ONSSF, Caroline Combot : «quand on dépeint notre champ de compétence, tout le monde est étonné». À Cannes, Laurence Crespi parle d’une «problème de reconnaissance, parce qu’on n’est pas visible». «Nous sommes méprisées» regrette-t-elle, en raison du «faible nombre de sages-femmes en France», un peu plus de 23 000.

«En priorité», Isabelle Patot, sage-femme dans un hôpital marseillais, demande «la reconnaissance [du] statut médical» mais aussi «du niveau Master» pour les formations en maïeutique. «Ce qui en découle, ce sont les grilles salariales» ajoute-elle. À l’hôpital, une sage-femme débute avec 1600 euros environ. «C’est peu» après cinq d’études et pour «les importantes responsabilités» regrette la sage-femme. «Il faut absolument que le ministère se penche sur les grilles salariales» résume Isabelle Patot. Sage-femme libérale, Isabelle Crespi n’aura aucune revalorisation et se sent «méprisée» par ce manque de reconnaissance. 

Le Covid n’arrange rien

Caroline Combot, sage-femme et secrétaire générale adjointe de l’ONSFF résume les difficultés supplémentaires avec la pandémie : «Du jour au lendemain, il était recommandé que les femmes restent moins longtemps à la maternité mais le retour à domicile n’était pas organisé».

Elle évoque ensuite le Ségur de la santé : «le volet de la naissance n’a absolument pas été évoqué dans le cadre du Ségur» et seule une revalorisation salariale de 183 euros a été accordée aux sages-femmes soit celle de la catégorie des professions non-médicales. Caroline Combot s’en agace : «on fait un boulot médical, avec des responsabilités, des compétences médicales».

Les sages-femmes évoquent un salaire qui n’est pas à la hauteur des responsabilités, avec de lourdes conséquences en cas d’erreur. Mais «cela fait longtemps que c’est comme ça» soupirent-elles. «L’ambiance est compliquée depuis quelques années. Cela a été accentué par la crise Covid» s’inquiète la sage-femme Isabelle Patot.

Une crise de la profession

«Il y a beaucoup de soignants qui veulent changer de voie. Certaines sages-femmes ont lancé des bilans de compétences pour voir si elles peuvent faire autre chose» lâche madame Patot. Une grève de plus d’un an avait déjà eu lieu entre 2013/2014, dans ce secteur.

Selon une enquête menée par le Collège national des sages-femmes de France en juin 2020, 42,3 % des maïeuticiennes salariées et 31 % des libérales disent souffrir de burn-out, ou syndrome d’épuisement au travail.

Isabelle Patot avoue aller parfois au travail «avec la boule au ventre» mais toujours «l’envie d’aider les autres». La maïeutique se caractérise par le temps accordé aux patientes. Mais il est de plus en plus réduit. «Ce temps on ne l’a pas toujours, on nous rajoute des tâches, des papiers à remplir, des réunions» mentionne la sage-femme hospitalière.

Ce temps est aussi une des revendications des maïeuticiens lors de la journée de grève du 10 février. Une reconnaissance nécessaire pour les sages-femmes, avant un nouveau rendez-vous le 24 février.

Joseph Grosjean