février 12

“Paranges”, un nouveau mot pour les parents qui ont perdu leur enfant

Des députés ont proposés la reconnaissance du mot-valise “parange”, une contraction de parent et d’ange, pour désigner les parents en deuil d’un enfant.

Jeudi 11 février 2021, l’Assemblée nationale proposait la résolution n°3883 visant à la reconnaissance du mot “parange” pour désigner les parents endeuillés après la perte d’un enfant, quel que soit son âge.

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Portée par la députée Mathilde Panot, députée LFI du Val de Marne, la proposition de résolution parlementaire vise à combler un vide linguistique. On dit orphelin pour un enfant ayant perdu un parent, veuf ou veuve pour une personne perdant son conjoint. Mais aucun mot n’existe, dans le dictionnaire, pour désigner des parents qui perdent un enfant. 

Ce combat, c’est aussi celui de 60.381 personnes qui ont déjà signé la pétition de Nadia Bergougnoux. Avec son collectif “Un nom dans le dictionnaire pour les paranges”, elle se bat pour que l’Académie Française reconnaisse le terme, bien qu’il soit déjà utilisé sur les forums depuis des années. « Je me suis rendue compte, en créant un groupe de soutien, que je n’étais pas seule à souffrir en silence de ce drame. Aujourd’hui nous sommes 1460 et il en arrive tous les jours » explique-t-elle.

Le terme parange est celui qu’elle préfère. En Belgique, il en existe d’autres comme « désenfanté », qu’elle refuse catégoriquement : « j’ai perdu un enfant, mais j’ai trois autres filles, je ne suis pas désenfantée ! » répond Nadia.

« On parle avec notre cœur. Ce mot convient à beaucoup de monde. Vous verrez qu’il y a beaucoup d’associations de soutien pour les parents où ce mot circule« , a-t-elle assuré. C’est le cas du site créé par Danielle Schroder, La passerelle des Par’anges, qui offre un soutien aux parents endeuillés. 

Toutefois le terme dérange certains car jugé non laïque à cause du mot “ange”. D’autres « paranges » soulignent, eux, que le mot “ange” fait référence au terme d’affection. 

Le terme parange est utilisé pour qualifier les parents après la perte d’un enfant c : Korrig’anne

« Les mots permettent de marquer une modification identitaire »

Pour Catherine Ruchon, docteure en Sciences du langage et spécialisée dans la souffrance comme le deuil périnatal, la recherche d’une reconnaissance du mot vient d’une question identitaire. « L’absence d’un mot dans le langage peut créer une souffrance et augmente la douleur du deuil. L’identité se construit par les mots et est quelque chose de mouvant. Ce sont les mots qui permettent de marquer une modification identitaire. La mort peut donc entrainer un brusque changement dans nos identités profondes ».

Reste à donc à déterminer quel mot occupera cette fonction. « Un mot qui n’a pas été choisi et approuvé par les concernés peut être blessant » indique Catherine Ruchon. « Certain parent s’offusquent puisque outre l’aspect religieux du mot ‘ange’ ils ne voient pas forcément leurs enfant comme un ange » elle ajoute alors « vouloir imposer un terme sans consultation citoyenne peut poser problème ». Quant à l’utilisation grandissante du terme Catherine Ruchon explique : « le mot valise obtenu dit beaucoup plus que la simple addition de sens des deux mots d’origine. Parange signifie ‘le parent d’un ange’. Mais on trouve aussi les formes ‘tatange’, c’est tout un paradigme lexical qui s’est ainsi crée sur l’internet » explique la linguiste.

En réalité « orphelin dans le grec ancien désignait quelqu’un qui avait perdu un être cher », le terme de parent orphelin pourrait alors être une solution. « Il y a un vrai tabou sur la perte d’un enfant. C’est plus qu’une lacune lexicale, c’est une disparition lexicale » résume la linguiste. « Les parents ont besoin de retrouver un statut avec la reconnaissance qui va avec ».

Du côté politique reprendre le terme « parange » satisfait puisqu’il donne un mot concret et est déjà lexicalisé sur les forum. Seulement il n’y aura pas de réflexion quant à une redéfinition du terme.

Le projet de résolution parlementaire s’est fait grâce à une maman qui, le 24 décembre, anniversaire de la disparition de son fils, a envoyé un message à la député pour lui faire part de cette problématique. “Elle nous a fait réfléchir à un sujet auquel on n’avait pas forcément pensé” explique Mathilde Panot, députée LFI. “C’est un appui sémantique pour les parents, pour qu’ils puissent mettre un mot sur la douleur” ajoute-t-elle. 

Le but est clair : faire entrer le mot parange dans le dictionnaire français en 2022. 

Mélie Lavaud